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C’est quoi ce scandale des escorts qui secoue le football italien ?

Par Julien Faure
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C’est quoi ce scandale des escorts qui secoue le football italien ?

Alors que la presse italienne a révélé une vaste enquête autour d’un réseau d’organisation de soirées privées pouvant aller jusqu’à des relations sexuelles tarifées, le foot italien est à nouveau touché de plein fouet par une affaire extrasportive. Qu’en est-il dans le détail ?

Oubliez la non-qualification pour le Mondial, oubliez le clash Gasperini-Ranieri ou la mort du suspense dans la course au titre, la dernière affaire du foot italien ne touche ni à la sélection, ni aux clashs, ni au terrain, mais plutôt aux après-match de certains joueurs du championnat. Comme révélé par divers titres de presse transalpins, comme l’ANSA, agence de presse majeure dans la Botte, ou la Gazzetta dello sport, les noms de 70 joueurs professionnels évoluant ou ayant évolué en Serie A sont cités dans un grand scandale de soirées privées incluant prostitution et drogues. Bien plus parlant que le prochain Milan-Juve…

Divers profils dans le collimateur

Les soirées pointées du doigt sont des repas ou des soirées privées dans des clubs ou lieux prestigieux de la ville, avant de dériver vers des prestations sexuelles tarifées avec des escorts (toutes majeures jusqu’à preuve du contraire). Les principaux concernés portent ou ont porté les couleurs de l’AC Milan ou de l’Inter, mais aussi certains joueurs profitant d’un déplacement dans la capitale lombarde avec leur équipe, Torino, Juventus, Atalanta, Monza, Sassuolo, Hellas Vérone, pour s’adonner à ces pratiques, mais ils ne sont pas les seuls à avoir été épinglés par les écoutes de la police italienne. Certaines personnalités publiques ou fortunées le seraient aussi, ainsi qu’un pilote de Formule 1 dont le nom n’a pas fuité mais qui apparaît dans les dossiers : « J’ai un ami pilote de F1 qui veut une fille payante, on peut lui trouver », avant que quelqu’un ne réponde « Je lui envoie une Brésilienne ». Des documents audio où l’on entend un footballeur de Serie A réclamer du gaz hilarant, très apprécié des footeux car indétectable lors des contrôles antidopage.

L’enquête ne concerne aucunement M. Calafiori, qui n’y est absolument pas impliqué. Le nom de notre client n’apparaît dans aucun document de l’enquête en cours visant M. Buttini-Ronchi et leurs activités.

Les avocats de Riccardo Calafiori

Si lors des premières révélations sur l’enquête, aucun nom n’avait fuité, plusieurs noms sont désormais sortis, notamment par Il Giornale, parmi lesquels Dejan Stanković, Daniel Maldini, Alessandro Bastoni, Raoul Bellanova, Yann Bisseck, Achraf Hakimi, Philippe Coutinho, Milan Škriniar, Carlos Augusto, Koni De Winter, Rafael Leão, Olivier Giroud, Jérémy Ménez, Riccardo Calafiori, Dušan Vlahović, Arthur Melo, Dean Huijsen, Nuno Tavares, Gianluca Scamacca, Matteo Ruggeri. Tant de joueurs qui participent sans trembler aux journées de sensibilisation sur les violences faites aux femmes, avec une trace de rouge à lèvres sur la joue.

Parmi les joueurs nommés, Rafael Leão a déjà pris la parole pour nier les faits reprochés, alors qu’Il Giornale a publié un communiqué reçu des avocats du Portugais reprenant les mêmes arguments que ceux de Calafiori : « Bien qu’il soit précisé que l’identification de M. Calafiori résulte non pas d’une vérification documentaire mais d’une recherche par mots-clés effectuée dans le cadre du mandat de perquisition, la publication du nom de notre client est pour le moins troublante. L’enquête ne concerne aucunement M. Calafiori, qui n’y est absolument pas impliqué. Le nom de notre client n’apparaît dans aucun document de l’enquête en cours visant M. Buttini-Ronchi et leurs activités. Le seul fait objectif établi à ce jour est que M. Calafiori n’y est absolument pas impliqué. »

Une enquête loin d’être finie

Disons-le d’emblée, les joueurs concernés ne sont pas la cible principale de cette vaste enquête ni des mandats d’arrêt émis par la justice italienne. Ils ne semblent d’ailleurs pas pénalement en danger pour le moment. L’enquête doit d’ailleurs encore déterminer s’ils ont bénéficié ou non des prestations d’escorts. L’investigation se dirige à l’encontre d’une société d’événementiel, Ma.De, « made_luxury_concierge » sur Instagram, à l’origine de ces soirées. Si le nom des footballeurs fuite aujourd’hui, leur apparition dans ces dossiers peut ainsi simplement relever de contact ou d’échange indirectement liés. Par ailleurs, la prostitution n’est pas illégale en Italie, et donc ses clients pas forcément coupables, contrairement au proxénétisme.

Et c’est notamment pour ce motif que quatre responsables de la société incriminée ont déjà été appréhendés. Emanuele Buttini, Deborah Ronchi, Alessio Salamone et Luz Luan Amilton Fraga ont ainsi déjà été assignés à résidence avant de devoir répondre des chefs d’accusations à leur encontre : complicité et exploitation de la prostitution, blanchiment d’argent provenant de cette activité illégale. De fait, l’enquête a, grâce à différents documents, pu découvrir que les filles « n’étaient pas payées directement par le client, mais par les organisateurs : des enveloppes de liquide leur auraient été remises en fonction des prestations fournies et des sommes encaissées », comme l’indique la Gazzetta dello Sport. Âgées entre 18 et 30 ans, parfois même mineures, Italiennes ou étrangères, les filles, qui auraient été une centaine à être impliquées dans l’ensemble de cette organisation sans pour autant être liées à toutes les activités, semblent être la clé de voûte de cet édifice.

Car ce système, en place même durant le Covid, a chuté grâce au témoignage il y a deux ans d’une femme impliquée dans cette organisation. C’est elle qui a parlé des relations tarifées, dont le système de 50/50 mis en place par les organisateurs, ou de l’immeuble où étaient logées les filles à Cinisello Balsamo moyennant un loyer. Ce témoignage a permis à la justice d’avancer sur ce dossier. Par ailleurs, cette dernière a remarqué un décalage majeur entre les revenus déclarés par la société et les revenus des mis en cause, avec notamment plus de 1,2 million de recettes sur les deux dernières années, celles sous surveillance certainement, dont un peu moins de 200 000 euros proviendraient de footballeur.

L’enquête en est probablement encore à ses balbutiements, alors qu’après de nombreuses écoutes, les témoignages d’autres jeunes femmes victimes de ce réseau pourraient donner une autre ampleur à cette histoire, et faire tomber quelques têtes, alors que les écoutes ont déjà révélé que l’une d’entre elles est tombée enceinte d’un footballeur lors d’une soirée. Après les propos hors sol de Silvio Berlusconi époque Monza concernant « un bus de prostituées » en cas de victoire, l’infiltration des tribunes par la mafia, les scandales de paris sportifs ou de matchs truqués, voilà un nouveau scandale dont se serait bien passé le foot italien, qui surprend toujours par sa capacité à se mettre dans la mouise.

Des joueurs de Serie A liés à une affaire d’escortes et de blanchiment d’argent à Milan

Par Julien Faure

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