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Díaz l'a joué petit Brahim

François Linden
5 minutes

En finale de la CAN, Brahim Díaz s'est loupé contre le Sénégal : sur un penalty synonyme de balle de match, le joueur du Real Madrid a tenté une panenka pourrie qui coûte la couronne continentale au Maroc. Une image qui restera dans la légende, et qui rappelle que même les joueurs les plus brillants peuvent faire n'importe quoi au pire des moments.

Díaz l'a joué petit Brahim

Comme tous les gamins qui deviennent professionnels en tapant dans un ballon, Brahim Díaz voulait laisser une trace dans son sport. Pas juste gagner, mais carrément entrer dans l’histoire. Face au Sénégal ce dimanche, les planètes sont alignées pour le joueur du Real Madrid : une finale de CAN, un penalty au bout du temps additionnel provoqué par lui-même pour offrir à son pays un titre attendu depuis 50 piges… Sauf que les Dieux du stade ont décidé d’en faire des leurs : les Sénégalais contestent longtemps, très longtemps, jusqu’à pousser une gueulante et rentrer aux vestiaires.

En attendant, Brahim Díaz a tout le temps d’imaginer mille et une façons de planter ce but. De belles images du passé défilent dans sa tête : Antonín Panenka en finale de l’Euro 1976, Sebastián Abreu contre le Ghana au Mondial 2010, Zinédine Zidane face à l’Italie en 2006… Tous ceux qui ont choisi de faire un gros doigt d’honneur à la pression en tentant la provocation ultime. Alors, une fois les Sénégalais de retour sur le terrain et au moment de se présenter aux onze mètres, Brahim y va : il tente la panenka. Un tir mou, central. Édouard Mendy n’a même pas à se compliquer la vie : il capte le cuir, sans trembler. Quelques minutes plus tard, Pape Gueye plante l’unique but de cette finale en prolongation. L’ancien de l’OM offre une deuxième étoile à son pays, et inscrit à tout jamais son nom dans les livres d’histoire. Díaz aussi, d’une certaine façon, mais certainement pas de la manière qu’il espérait.

Un scénario peu propice au tireur

Que ce soit bien clair : il n’est pas question de dire que Díaz a eu raison de tenter ce penalty somme toute dégueulasse qui coûte des larmes à près des millions de Marocains. Après un scénario aussi lunaire que ce qu’il venait de se passer à Rabat, envoyer le tireur habituel de l’équipe était évidemment une mauvaise idée, et chaque minute qui s’égrenait ne pouvait que jouer en défaveur de Díaz. Tout le monde sentait qu’il y avait de bonnes chances pour qu’il se plante, que le contexte ne lui était pas propice. Aurait-il fallu changé de frappeur au dernier moment, en envoyant le capitaine Achraf Hakimi par exemple ? Certains répondront que le latéral avait lui aussi tenté une panenka lors de l’ultime tir au but face à l’Espagne au Mondial 2022… Le football est ainsi fait : la frontière demeure mince entre un génie qui réussit son geste et le roi des imbéciles qui le rate.

Quelle était la bonne manière pour Díaz de tirer ce penalty, finalement ? À pleine puissance ? Le meilleur moyen de louper le cadre. Au ras du sol, pour limiter les risques ? À moins que ce ne soit l’inverse… Il n’existe, en réalité, aucune recette miracle pour faire face à une pression aussi gigantesque. Le penalty est un exercice mental, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que près d’une tentative sur quatre est foirée en moyenne. Tous les grands joueurs – absolument tous – ont déjà craqué au moment d’en tirer un. Voir Díaz sur le banc durant la prolongation, les yeux rouges de larmes, avait d’ailleurs quelque chose de particulièrement déchirant. Car c’était bien lui la star de la CAN jusqu’ici, avec cinq buts inscrits tout au long du tournoi. Que ceux qui s’apprêtent à le clouer au pilori aient au moins la décence de s’en souvenir.

Une revanche à prendre avec l’histoire

Le plus cruel, c’est que ce penalty maudit risque de longtemps coller à la peau de Díaz. L’image qu’on se forge d’un joueur – parfois pour des décennies – dépend souvent d’un ou deux gestes, ratés ou manqués, lors d’un match crucial. Demandez à Gonzalo Higuaín si le grand public se souvient davantage de ses 366 buts en carrière ou de son raté face à Manuel Neuer lors de la Coupe du monde 2014. Autre exemple : quelle est la première photo cérébrale qui vient à l’esprit quand on pense à Asamoah Gyan ?

La meilleure manière d’effacer ce genre d’affront est de prendre sa revanche avec l’histoire. Arjen Robben en est l’exemple parfait : longtemps étiqueté comme un joueur incapable de répondre présent dans les grands rendez-vous, après ses occasions manquées face à Iker Casillas au Mondial 2010 ou son penalty raté contre Petr Čech en finale de Ligue des champions 2012, le Néerlandais a fini par réécrire son récit en crucifiant Dortmund en finale de C1 2013 et en prenant une éclatante revanche sur Casillas lors du 5-1 infligé à l’Espagne en 2014. À 26 ans, Brahim Díaz aura bien d’autres occasions de briller dans de grands moments pour effacer sa bêtise. Qu’il s’efforce toutefois de tracer sa propre histoire plutôt que de vouloir imiter les plus grands. Après tout, tout le monde sait que la panenka de Zinédine Zidane en finale du Mondial 2006 était en réalité… affreusement mal tirée.

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François Linden

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