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Fauché dans la fleur de Sage
Quatorze mois après son arrivée sur le banc de l’OL, Pierre Sage a pris la porte, limogé par John Textor, proprio amateur des licenciements d’entraîneurs, alors que le club rhodanien reste en course pour le podium en Ligue 1. Un timing étrange qui interroge : était-ce vraiment le moment de tourner la page ?

C’est la loi du football, passer de rien à tout puis de tout à rien, ou vice versa. Pierre Sage le savait, et il en a fait les frais. L’entraîneur de l’Olympique lyonnais a été démis de ses fonctions par John Textor lundi, au lendemain d’un match nul sans saveur contre le FC Nantes à la Beaujoire (1-1). Cette contre-performance face à un club qui joue le maintien a sans doute été la goutte de trop pour le propriétaire américain, mais le vase était déjà bien rempli avant ce week-end. Les Lyonnais n’ont plus gagné toutes compétitions confondues depuis le 4 janvier et une courte victoire à l’arraché contre Montpellier, alors bon dernier. Depuis se sont enchaînés trois nuls et deux défaites, dont une humiliante aux tirs au but contre Bourgoin-Jallieu, club de National 3, en 16es de finale de Coupe de France. De quoi convaincre Textor de s’en débarrasser pour nommer, probablement, Paulo Fonseca.
Le pompier est remercié
Installé un peu par surprise pour succéder à Fabio Grosso fin novembre 2023 alors qu’il était le directeur du centre de formation rhodanien, Pierre Sage a pourtant su prouver petit à petit, qu’avec quelques idées, une personnalité attachante qui inspire le respect et un discours clair, il avait sa place sur le banc d’un club de Ligue 1. D’abord nommé provisoirement lorsque les Lyonnais étaient au fin fond du classement, lanterne rouge avec sept points, il a redressé le club, renouant avec la victoire jusqu’à être confirmé à son poste, d’abord jusqu’à la trêve hivernale, puis jusqu’à la fin de saison. Le 3 juillet dernier, il avait même prolongé jusqu’en 2026 après avoir réussi à faire une remontée spectaculaire à la sixième place, européenne, avec 37 points pris sur 51 lors de la phase retour, et à accrocher une finale de Coupe de France, perdue contre le PSG.
Le football aujourd’hui, ce sont des clubs avec des propriétaires et présidents qui ne comprennent rien au football.
Après un début de saison 2024-2025 compliqué avec deux revers consécutifs à Rennes (3-0) et contre Monaco (0-2), les hommes de Pierre Sage s’étaient remobilisés, ne perdant que trois rencontres sur les 21 matchs suivants, toutes compétitions confondues. Parmi elles, une défaite au Parc des Princes en décembre qui était venue gâcher ce qui aurait été une série de 6 victoires. Pierre Sage a même fait de meilleurs débuts avec l’OL que Pep Guardiola à Manchester City, en remportant 25 de ses 38 premiers matchs officiels. En un peu plus d’un an, il a su s’appuyer sur des cadres historiques lyonnais, avec Lacazette et Tolisso en tête de gondole, d’autres cracks formés au club comme Cherki, mais aussi sur des gros noms (Matić, Benrahma) et des bons coups (Perri, Fofana), arrivés lors d’un mercato hivernal 2024 dépensier, pour redonner une identité à un club qui avait peut-être perdu la sienne et qu’il aimait.
Textor, vireur en série
« Le football aujourd’hui, ce sont des clubs avec des propriétaires et présidents qui ne comprennent rien au football », résumait José Mourinho après le nul de l’OL face à son club de Fenerbahçe en Ligue Europa la semaine dernière. Sans le nommer, l’entraîneur portugais visait John Textor. Il faut dire que le milliardaire américain a une lubie : virer ses entraîneurs. Depuis 2021, 21 techniciens différents ont défilé dans les quatre clubs qu’il dirige, Botafogo, Crystal Palace, Molenbeek et donc Lyon. Une instabilité sportive, oui. Émotionnelle ? Peut-être aussi.
Certes, l’élimination en Coupe de France est une énorme désillusion, mais oblige-t-elle à omettre tout le reste ? Marseille, Monaco, Rennes ou surtout Montpellier ont-ils tout jeté après la leur ? Le timing de cette décision, qui a l’air d’avoir mûri depuis longtemps dans l’esprit de Textor, pousse à s’interroger. Oui, les coéquipiers d’Alexandre Lacazette peinent à gagner depuis quelques semaines, mais en Ligue 1, ils sont sixièmes, à seulement 4 points du podium, ils sont cinquièmes en Ligue Europa, assurés de jouer au mieux les barrages et joueront la qualification directe dans trois jours. Ce bilan comptable est désormais futile pour Sage, qui gardera lui son image.
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