- C1
- Quarts
- Bayern Munich-Real Madrid (4-3)
Camavinga, de haut en bas

Comme à Arsenal la saison dernière en quarts de finale de Ligue des champions, Eduardo Camavinga a vu rouge à Munich après un deuxième jaune largement évitable. Le symbole des deux dernières années au Real Madrid et chez les Bleus du milieu de terrain français de 23 ans, qui doit maintenant être plus qu'un joker de luxe vanté pour sa précocité.
Il était de bon ton, tard dans la soirée de mercredi, de mettre l’élimination du Real Madrid sur le dos de l’arbitrage — sans que l’on ne sache encore s’ils imiteront leurs rivaux du Barça en portant plainte — quand on se trouvait dans le camp de la Casa Blanca. Les joueurs dès le coup de sifflet final, Álvaro Arbeloa devant la presse, les médias pro-madrilènes et les mots « arbitre infâme » (AS) et « injustice » (Marca) : tous ont décidé de se payer Slavko Vinčić après le match dingue qu’a eu le droit de vivre l’Allianz Arena. « L’expulsion d’Eduardo est inexplicable, pestait le successeur de Xabi Alonso au moment de faire le débrief. Je ressens un sentiment d’injustice. J’ai le sentiment que Vinčić ne savait pas que Camavinga avait déjà été averti. »
Je n’en veux pas à Eduardo qui ne méritait pas cette expulsion.
Le milieu de terrain français, lui, devait le savoir. Sa première biscotte, logique pour un accrochage sur Jamal Musiala, était tombée huit minutes plus tôt, à la 78e. Qu’a-t-il bien pu passer par la tête de Camavinga à ce moment-là ? Quand tout était chaud, tendu, irrespirable et que la prolongation se présentait comme une belle perspective pour ajouter de la folie à la folie. C’était la 86e minute et le numéro 6 madrilène a joué avec le feu, après une faute sur Harry Kane : il n’avait pas besoin de garder le ballon, même quelques secondes, et donc de s’exposer à un arbitre faisant le choix de respecter le règlement. Le sifflet slovène n’a pas hésité et il n’y avait plus de retour en arrière possible quand il a compris qu’il devait aussi sortir le rouge : Camavinga était invité à rejoindre la douche. Dans quelques heures, il sera l’autre coupable idéal de la défaite du Real Madrid, où son aventure a peut-être pris une autre tournure à Munich.
D’Arsenal à Munich : deux rouges qui tâchent
Arbeloa a sans doute anticipé les critiques en cours et celles à venir en faisant le choix normal de protéger son poulain après la rencontre : « La décision s’est faite sur cette action, c’est évident, mais je n’en veux pas à Eduardo qui ne méritait pas cette expulsion. C’est très dur après une telle prestation et c’est quelque chose qu’on ne peut pas contrôler. » Son équipe aurait pu ne pas craquer trois minutes seulement après s’être retrouvée à dix, avant de s’agenouiller définitivement dans le temps additionnel devant le talent de Michael Olise, mais Camavinga aurait aussi dû se souvenir de son erreur commise la saison dernière.
C’était il y a quasiment un an jour pour jour, le 8 avril, déjà dans un quart de finale de Ligue des champions (à l’aller, cette fois) : titulaire, Camavinga avait sombré avec ses copains sur la pelouse d’Arsenal (3-0) et évacué sa frustration en dégageant un ballon en tribunes dans le temps additionnel. L’arbitre bosnien, Irfan Peljto, avait sorti le rouge, le Français avait manqué le retour et s’était excusé sur Instagram. La première expulsion de sa carrière, avant la deuxième ce mercredi soir. À chaque fois dans un quart de finale de la compétition préférée du Real Madrid.
— Futbol MMajeedx (@mmtv5008) April 15, 2026
Il y a quelque chose de révélateur dans ce déjà-vu, qui symbolise peut-être les deux dernières saisons de Camavinga dans la capitale espagnole. Celui qui aura seulement eu le temps de toucher 18 ballons contre le Bayern après avoir remplacé Brahim Diaz à l’heure de jeu était un peu plus attendu après les départs successifs de Toni Kroos et Luka Modrić, irremplaçables, inimitables et incontestables, mais qu’il fallait bien laisser partir.
À 23 ans, Camavinga fait enfin son âge
À Madrid, où il a posé ses valises en 2021 à 18 piges, l’ancien Rennais n’est plus un petit nouveau : il pèse déjà 217 matchs sous le maillot merengue, compte deux Ligues des champions dans la vitrine et neuf autres trophées pour les accompagner. Il ne peut plus être le joker de luxe qu’il avait magnifiquement été lors de la campagne victorieuse de C1 en 2022, ni le joueur polyvalent capable de dépanner au poste de latéral gauche. « Chaque entraîneur lui demande des choses différentes, disait Arbeloa. Il a de grandes qualités. Je veux qu’il progresse, qu’il comprenne ce que nous attendons de lui sur le terrain. »
Les Madridistas n’ont pas encore vu le Camavinga complet.
En février dernier, le gai-luron Camavinga avait fait son auto-critique en conférence de presse, entre deux petites blagounettes : « Je dois faire beaucoup plus et je suis capable de le faire, j’en suis conscient. Les Madridistas n’ont pas encore vu le Camavinga complet parce que je pense que je peux faire beaucoup plus. » Il peine à le montrer, ces derniers mois, au Real Madrid (son contrat s’étire jusqu’en 2029) comme en équipe de France, où il ne s’impose pas de tout de suite comme une évidence pour la Coupe du monde à venir, malgré ses 29 capes et près de six ans après avoir épaté la galerie en marquant un bijou dès sa 2e sélection, contre l’Ukraine. C’était en 2020, à une époque où Fernando Redondo himself adoubait le jeune Rennais. On oublierait presque, depuis le temps, que Camavinga n’a que 23 ans, qu’il fait peut-être enfin son âge et qu’il a encore le droit d’apprendre.
Didier Deschamps au Real Madrid : la rumeur persistePar Clément Gavard



















































