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Bayern-Real : et à la fin, c’est le foot qui gagne

Par Théo Juvenet
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Bayern-Real : et à la fin, c’est le foot qui gagne

À part quelques adorateurs de Kings League ou de nouveaux reconvertis dans le padel, éternels aigris, chaque être humain qui était devant ce Bayern Munich - Real Madrid s’est forcément régalé. Le football, aussi magnifique que toxique, sait rappeler par intervalles complètement aléatoires qu’il est le sport le plus imprévisible et spectaculaire au monde. Au malheur de ceux qui aimeraient le démoder.

Impossible de se dire que le match aller n’allait faire office que d’amuse-gueule. Mardi dernier au Bernabéu, on se pensait déjà calé, sans savoir que Munich allait recevoir avec le combo entrée, plat, dessert. À l’arrivée, ce sont avec les dents du fond qui baignent que tout fan de football va s’endormir ce mercredi soir. Au menu de ce banquet teuton, un abondant quart de finale retour de Ligue des champions entre le Bayern Munich et le Real Madrid. Au-delà de la simple qualification des Munichois (4-3, 6-4 sur l’ensemble des deux matchs), qui affronteront Paris en demi-finales, les invités retiendront surtout les nombreuses surprises qui les ont divertis toute la soirée. 95 minutes de foot en folie, dans lesquelles ce sport a une nouvelle fois démontré l’étendue de ses scénarios irrationnels, où rien ne se passe logiquement.

Le monde à l’envers

À commencer par Manuel Neuer, réputé as de la relance et révolutionnaire à son propre poste qui, dès les premières secondes, offre tout le luxe à Arda Güler de s’offrir son premier but dans la compétition des étoiles, d’une passe offerte, dans les pieds. Le monde à l’envers. Alors que la plupart n’était pas encore bien assis confortablement dans leur canapé, l’affiche du soir a pris une direction que personne n’attendait. Ce même Güler, après une rapide réaction bavaroise et un corner laser de Joshua Kimmich déposé sur Aleksandar Pavlović, s’est incrusté au milieu des spécialistes Jude Bellingham et Trent Alexander-Arnold comme quand tout joueur de district se dit : « Je sais pas pourquoi mais je la sens bien. » Le Turc, lui, savait très bien où il voulait la mettre : sous la barre de Neuer, impuissant, qui dans tout ce métavers retrouvera très vite de sa superbe en réalisant un arrêt importantissime devant Kylian Mbappé.

En inscrivant le but du 2-3 juste avant la pause, en clôturant la folle course-poursuite du premier acte et en égalisant le record de buts de Karim Benzema en une campagne de C1 (15 buts en 11 matchs), le Kyks a cependant raté son principal objectif de croire à un titre européen avec son club de cœur pour la deuxième saison d’affilée. Joueur omnipotent du Real Madrid, c’est, dans un monde normal, sur lui qu’auraient dû s’abattre les critiques de la très sévère presse madrilène. Mais comme ce mercredi 15 avril n’avait rien de normal, c’est un autre Français qui a pris la foudre à sa place. Entré pour stabiliser le siège madrilène autour de sa propre cage, Eduardo Camavinga a tout fait foirer, et laissé les siens à un soldat de moins pour un stupide ballon gardé trop longtemps dans ses bras. Ça tient à rien, le spectacle. Dans une soirée normale, on se dit alors que le club aux 15 Ligues des champions pourrait avoir assez de bouteille pour tenir le coup le temps de quelques minutes, et d’une prolongation.

Dans une soirée pas comme les autres, Luis Díaz et Michael Olise ont fait passer un vaillant Real pour une équipe de bas de tableau qui recule dès qu’elle mène au score. Les deux réalisations des attaquants ont, comme après un bon banquet, fait couler les litres de bière partout dans le « Schlauchboot » (canot pneumatique), lieu du crime d’une soirée mémorable. Ce mercredi soir, à chaque fois qu’un événement s’est produit, un autre est arrivé sans lien avec le précédent. De Neuer à Olise en passant par Camavinga, les protagonistes d’un scénario hitchcockien, qu’ils soient tristes ou heureux à l’issue du match, ont à leur manière montré tout ce qui fait le sel du football. Avec tous les travers qu’on lui connaît, ce sport a cette faculté presque toxique d’accaparer toute l’attention d’une pièce par son incertitude et ses shoots de dopamine imprévisibles. Ce Bayern-Real en fut un très bon exemple.

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Par Théo Juvenet

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