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La Brigade Loire : grande muette en campagne

Par Mathis Blineau-Choëmet, à la Beaujoire
6 minutes
La Brigade Loire : grande muette en campagne

Sans victoire à la Beaujoire depuis le 30 août dernier, le FC Nantes s’est une nouvelle fois tristement incliné face à Lyon ce week-end et s’enlise dans les bas-fonds du classement. Durant la rencontre, les supporters de la Brigade Loire ont mené une grève d’encouragement marquant une nouvelle étape dans leur protestation contre la famille Kita.

« Dans le Brigade News précédente, nous vous avions proposé une recette de kouign-amann, mais malheureusement, elle fut incomplète. […] Pour compléter la recette, voici les quantités : 5 g de sel de Guérande, 10 g de levure et 200 g de sucre. » Voici l’introduction gustative du tract distribué aux supporters de la Tribune Loire samedi soir avant une énième débâcle du FC Nantes à domicile en Ligue 1, cette fois contre l’Olympique lyonnais. Depuis le début de la saison, le spectacle proposé à la Beaujoire est indigeste (5 misérables points en 11 rencontres à la maison). Les membres de la Brigade Loire n’ont pas une victoire à se mettre sous la dent depuis le 30 août et préfèrent donc parler du gâteau le plus surcoté de la Bretagne – vive le far breton. La suite du tract prend ensuite un ton plus sérieux : « Nous exerçons une pause des encouragements et des animations pour 3 matchs ou 3 mois, on ne sait pas. »

Cette décision radicale remonte à la dernière humiliation vécue par les Nantais et leurs supporters fin janvier. À la mi-temps du match contre Nice, les hommes d’Ahmed Kantari sont menés 3-1. C’en est trop pour la BL. Pendant que les officiels rentrent au chaud déguster les petits fours, les ultras ferment leur clapet, retirent leurs bâches, quittent le stade et annoncent une grève d’encouragement. La semaine suivante, le groupe fondé en 1999 entame sa fronde à Lorient, avec une banderole évocatrice : « Trop d’humiliations brisent notre motivation. » Sans les chants de ses supporters, Nantes perdra à nouveau. Comme samedi soir, où la grève se déroulait cette fois au siège de l’entreprise FCN, lors du match face à Lyon.

On pense que ne plus encourager cette équipe amorphe est une étape nécessaire pour mieux faire passer nos messages.

Un membre de la Brigade Loire

À trois heures du coup d’envoi, les membres de la Brigade Loire se retrouvent, comme à leur habitude, au bar Saint Georges, situé à quelques mètres du parvis de la Beaujoire. Pinte de binouze et gobelet de Sex on the Beach dans les mains, un ultra revient sur ce choix du silence : « Depuis des années, on montre notre mécontentement envers cette direction à travers les tifos, les banderoles, les chants anti-Kita, mais on continuait à supporter les joueurs. Désormais, on pense que ne plus encourager cette équipe amorphe est une étape nécessaire pour mieux faire passer nos messages », témoigne-il anonymement entre deux pipis sur les murs. Il remonte sa braguette juste avant que le capo de la Brigade Loire Romain Gaudin ne crie dans son microphone : « Allez les gars on y va. » À l’accoutumée bruyant, le chemin jusqu’à l’entrée de leur tribune cacophonique restera muet.

Le silence, forme de contestation parlante

En tribune, les mines sont déconfites. Le match n’a même pas encore commencé que les fans tirent déjà la tronche. Pour rameuter les troupes, le DJ opte pour Beat It de Michael Jackson. Ce banger n’a aucun effet sur Léopold, supporter déjà résigné. « Je viens vivre tous les matchs en solitaire. D’habitude c’est déjà compliqué, mais alors ce soir, même au bout de mes rêves, je n’y crois pas. Lyon est en forme, il n’y aura pas de chants. Tout est réuni pour qu’on prenne une branlée. » Perchés au dernier rang de la TL, Yanis et son petit frère Dorian se préparent eux aussi à une séance de torture : « Sportivement c’est très compliqué et ce soir niveau ambiance ça ne risque pas d’être la fête. » Abonné depuis trois saisons, ces frangins jugent que le silence « est la meilleure solution actuellement ». « Déjà, ça vaut mieux que la violence. Et puis beaucoup de Nantais viennent au stade pour l’ambiance, donc sans chants, l’affluence peut baisser. J’espère que ce silence fera beaucoup parler pour que la direction réagisse. Je ne suis pas radicalement anti-Kita, mais leur départ me ferait plaisir. »

Plus bas dans la tribune, Olivier pense qu’il y aura des chants « si Nantes mène au score ». Supporter du FCN depuis la période dorée de Coco Suaudeau, ce père de famille s’est déplacé avec son fiston Dario. Écharpe des Canaris entre ses petites mains, le bout de chou va vivre son premier match à la Beaujoire sans encouragements. « Ça va être bizarre, on est tellement habitué à ce qu’il y ait une ambiance de feu. » La dernière fois que la Tribune Loire était restée muette, c’était en 2023 contre Nice, le soir où le membre de la BL Maxime avait été tué en marge du match par un chauffeur VTC. Déjà en colère contre la direction, les ultras s’étaient aussi mis en grève en 2009, avant d’encourager à nouveau l’équipe professionnelle du FC Nantes en… janvier 2012. Cette longue période de silence n’avait pas eu d’effet sur la politique instable du club orchestrée par les Kita depuis 2007. Une fois de trop cette saison, l’entraîneur a sauté à l’hiver, Luis Castro, la majorité des recrues ont flopé et Nantes se retrouve au fond de la charrette. « Évidemment, on espère un changement avec ce nouvel épisode de grève, mais l’issue risque d’être similaire aux autres fois », indique un autre membre de la BL avant le début de l’hymne à la Beaujoire.

Des chants anti-Kita et plus rien

Comme un symbole de la fracture entre le club et ses supporters, le chant historique des Jaune et Vert n’est pas repris par la tribune. Au grand dam du pauvre speaker Jean Charles Verdalle qui, au moment de lancer la sono, avait balancé : « Ne me laissez pas seul s’il vous plaît. » Raté. Le coup d’envoi vient seulement d’être donné que certains supporters souhaitent déjà plier bagage : « Allez Lyon, marquez, qu’on en finisse », hurle l’un d’eux. Seuls les cris du parcage lyonnais s’entendent dans les travées. Jusqu’au quart d’heure de jeu. Moment choisi par la BL pour déployer un tifo représentant le directeur général Franck Kita, accompagné d’un message ironique sur le mercato : « Et vous, vous avez pris quoi au mercato ? » En réponse, le tifo fait parler FK : « J’en sais rien, j’ai pris n’importe quoi. »

La suite : pendant dix minutes, des chants anti-Kita, les seuls de la rencontre, et une nouvelle banderole critiquant le mercato nantais : « 16 recrues, 14 points, allons-nous finir avec plus de points que de recrues ? » Ironie du sort, les deux meilleurs joueurs sur le terrain contre Lyon étaient des nouvelles coqueluches, en l’occurrence Mohamed Kaba et Ali Youssif, recrutés au cirque nantais cet hiver. Malgré les performances de ces deux joueurs, les Canaris, en supériorité numérique pendant une demi-heure à la suite de l’exclusion d’Endrick, se sont une nouvelle fois inclinés. « Le silence n’a rien changé sur le terrain, on s’en doutait. En revanche, on espère qu’il fera réagir la direction, même si c’est regrettable d’en arriver là », déplore un habitué de la Tribune Loire à la sortie du stade. En attendant la prochaine purge à domicile contre Le Havre le 22 février, les supporters nantais pourront quand même se consoler avec une part bien beurrée de kouign-amann.

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