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L’Espagne et le règne du fútbol

Par Ulysse Llamas
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L’Espagne et le règne du fútbol

Dans la continuité de l’édition de 2010, l’Espagne a remporté sa deuxième Coupe du monde en infligeant deux défaites aux deux derniers vainqueurs de la Coupe du monde. Le signe d’un triomphe total d’un modèle de football collectif.

Le meilleur pays de foot. El mejor país de fútbol. The best football country in the world. Ils jouent si bien qu’ils pourraient en faire une pub. La placarder partout, aux côtés de leurs toros et de leurs plages. Tout le monde le sait : tout le monde se souvient d’Andrés Iniesta, de Xavi, de Sergio Busquets, de David Villa et des vainqueurs de 2010. Tout le monde se souviendra de Rodri, de Dani Olmo, de Fabián Ruiz, de Ferran Torres et des vainqueurs de 2026. L’Espagne a désarçonné Messi et les Argentins, première équipe d’une finale de Mondial à ne pas tirer avant la 117e minute. Elle avait déjà démantelé la France, la Belgique, le Portugal, l’Autriche, l’Uruguay, l’Arabie saoudite (et le Cap-Vert) : sereine et suprême. Rien à dire : ces Espagnols sont les meilleurs.

La victoire des meilleurs

Contrairement à son adversaire du soir, l’Espagne ne s’est pas déformée devant l’événement. Luis de la Fuente n’a pas changé trois titulaires. Il n’a pas délégué son talent aux pieds de Lamine Yamal (mais oui, l’enfant béni par Messi) ou aux dix dernières minutes du match le plus important de sa vie. Son Espagne a remporté sa deuxième Coupe du monde après 2010. En Afrique du Sud, elle était aussi un monstre défensif. Elle est devenue la première nation à broder deux étoiles au XXIe siècle. Et la première à être championne du monde masculine et féminine en même temps.

Cette symbolique raconte la victoire d’une façon de voir le football, par la passe plutôt que par l’individu, par la confiance à l’autre plutôt que par le geste individuel. En ajoutant un JO masculin, les Euro 2012 et 2024, et, au pif depuis 2010, six trophées d’Euro U19, trois Euro Espoirs, un JO masculin, cinq Euro U19 féminins d’affilée et d’autres titres, un modèle est sacré.

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La victoire de 2010 avait déjà sacré ce modèle, cette opinion du jeu. Celle-ci le récompense : une finale à vingt tirs à deux ne peut être gagnée que par une équipe. Tout l’été, son jeu, la domination espagnole (un seul but encaissé !), même sans toujours écraser (bravo au Cap-Vert), était un rappel de cette marche entamée au début du siècle. C’était aussi un avertissement aux autres nations. Une forme de tautologie, même : chaque rencontre la rapprochait logiquement du titre. Chaque passe verticale de Pau Cubarsí, chaque course de Pedro Porro, chaque dribble de Lamine Yamal l’éloignait un peu des autres sélections du foot.

Le défenseur barcelonais est le meilleur jeune du tournoi, Unai Simón en est le meilleur gardien. Rodri, le Ballon d’or du champion d’Europe en titre, est le meilleur joueur de cette équipe qui réussit 762 passes dans une finale de Coupe du monde, affirmant par ce chiffre un haut niveau de maîtrise et de finesse rarement accompli. Et dire que Pau Cubarsí et Lamine Yamal n’ont que 19 ans. Et dire que Gavi et Pedri n’ont pas joué un rôle majeur cet été… Et dire qu’Aymeric Laporte répondait seulement « Et pourquoi pas » sur le site de sa fédé d’adoption, quand il fallait savoir si l’Espagne pouvait être championne du monde avant la finale.

Quand le ballon parle espagnol…

Si la France post-Deschamps se demande ce qu’il reste quand douze ans s’arrêtent, cette question ne se pose pas en Espagne : après avoir chuté lors des huitièmes de finale en 2022 et en 2018, avoir terminé au premier tour en 2014, elle retrouve la gagne. Elle aura vécu quelques années de creux. C’est le temps qu’il lui a fallu pour douter, mais aussi pour fortifier sa base et faire confiance à son boulot. Luis de la Fuente, gars du sérail, est arrivé en 2022. Il a été choisi pour succéder à Luis Enrique, parti glaner d’autres trophées au PSG. Depuis quatre ans, l’entraîneur, chômeur entre 2011 et 2013, n’a perdu que trois fois en 49 matchs : la finale de la Ligue des nations (aux tirs au but), un match amical contre la Colombie et un match de qualif d’Euro bourbier en Écosse, son deuxième match, seulement. Pep Guardiola, qui a influencé le plus beau jeu du monde au pays qui l’a inventé et Unai Emery, bricoleur de Ligues Europa, auraient pu alors s’installer à sa place. Andoni Iraola et d’autres suivent derrière.

Nous avons laissé derrière nous l’adage “nous jouons comme jamais et perdons comme toujours” pour jouer et gagner comme personne.

Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol

C’est avec cette confiance que Luis de la Fuente avait remporté son premier Euro U19 en 2015 avec Unai Simón (né en 1997), Rodri et Mikel Merino (nés en 1997). Il a aussi soulevé l’Euro espoirs avec cette génération, mais aussi Mikel Oyarzabal (né en 1997) et Dani Olmo (1998). Cinq champions olympiques 2024 sont champions du monde cet été. « J’aimerais qu’on se souvienne de nous comme de la génération Del Bosque », espérait De la Fuente au début de la compétition. Avant de mesurer cette trace, mesurons l’écart : Lionel Scaloni observe son ancien prof soulever la Coupe du monde. Ailleurs sur la carte, l’Allemagne essaie de s’inspirer de ce modèle, sans réussite, le Brésil cherche son identité et l’Italie joue au tennis.

Partie d’un peu plus loin que l’Italie, le Brésil ou l’Allemagne dans la construction des grandes nations du football, avec un jeu plus proche de l’Argentine en finale dans les années 1980, une époque où ses citoyens découvraient Naranjito et un Mundial à domicile, l’Espagne a posé les bases de son style brique par brique et aujourd’hui, sa suprématie est totale. « Nous avons laissé derrière nous l’adage “nous jouons comme jamais et perdons comme toujours” pour jouer et gagner comme personne », philosophait en amont de la finale le président du gouvernement Pedro Sánchez dans El Pais.

Avant de poursuivre sur les joueurs, « héritiers de la philosophie grâce à laquelle l’Espagne a appris à gagner à l’époque. Celle du talent et de la technique. Celle de la précision dans la passe. Celle de la solidarité et de l’esprit d’équipe. C’est cette Espagne qui ne se fixe aucune limite, car elle croit en elle-même. […] C’est cette équipe nationale qui fait rêver. Avec ce jeu collectif et audacieux qui nous caractérise tant. Mais aussi avec les valeurs qui définissent notre pays. Une Espagne qui fait preuve d’humilité et de respect envers l’adversaire. Et qui mise sur le talent collectif pour gagner et se montrer au monde entier comme le pays aimé et respecté qu’elle est. » Elle l’est cet été. La Coupe du monde 2030 se jouera en Espagne. Vamos. Eux savent dans quelle direction.

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Par Ulysse Llamas

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