- Mondial 2026
- Petite finale
- France-Angleterre (4-6)
Au revoir là-haut

L'équipe de France et Didier Deschamps, c'est désormais de l'histoire ancienne. Battus par l'Angleterre dans la petite finale dans un scénario imbitable, ils n'ont rien trouvé de mieux pour clôturer le bal qu'un match qui n'a ressemblé à tout sauf à un match de Didier Deschamps.
Il est 19 heures à Miami. C’est à cet instant précis que Didier Deschamps peut rendre le tablier et fendre l’armure. Ce camion bleu, ça fait quatorze ans qu’il le conduit, par monts et par vaux. Alors au moment de rentrer au dépôt, ce sont d’abord des mains et des torses qu’il croise. Son fidèle adjoint Guy Stéphan, le confrère du soir Thomas Tuchel, son capitaine Kylian Mbappé, les adversaires Bellingham, Kane ou James, les remplaçants comme Marcus Thuram : tous ont à son égard un mot, une étreinte, un sourire, un compliment. Parce qu’il inspire le respect, forcément, mais aussi parce que chacun sait ce que représente ce moment pour lui : la fin d’une ère. Pourtant, au-delà de ça, ce 19 juillet gardera forcément un goût assez particulier pour le Double D. Lui « le gagnant », a perdu. Lui qui vit pour jouer des finales, n’est pas fait pour ces petites finales.
Miami dévisse
S’il en est là, avec ses gars, c’est d’abord parce qu’il y a eu une défaillance auparavant, en l’occurrence le non match livré contre l’Espagne quatre jours plus tôt, rendant caduc le projet de finir tout en haut. Alors en plus, si c’est pour se fader un début de rencontre comme celui proposé par son équipe hybride et se retrouver mené 0-4 par l’Angleterre à la mi-temps, c’en est trop. Chaque pion est une raison de plus de s’enfoncer dans son fauteuil et creuser quelques traits supplémentaire sur ce visage. Deschamps avait annoncé dès janvier son départ de son poste de sélectionneur, mais même ainsi, il n’a pas eu le temps d’imaginer une telle fin.
J’espère que ce match ne va pas entacher la légende du coach Deschamps.
Certes la coupe de cheveux n’a jamais été sa marque de fabrique, mais rarement son équipe ne lui avait donné autant de raison de s’arracher la crinière. Une défense aux fraises, un bloc équipe inexistant, aucun duel gagné, une mélasse offensive, des individualités à contre-temps… s’il voulait nous rappeler à quoi ressemblait l’équipe de France avant qu’il ne vienne y mettre son grain de sel, il n’aurait pas pu mieux s’y prendre. « C’est dommage pour le coach, la première mi-temps donne l’impression qu’on l’a laissé tomber, traduisait Kylian Mbappé au micro de M6. J’espère que ce match ne va pas entacher la légende du coach Deschamps. »

Que le Kyks se rassure : il en faudra bien plus pour la détériorer. Par contre, il ne faudra se retenir de montrer ce match à vos petits-enfants, quand vous voudrez leur raconter cette époque dorée. C’est un coup à ce qu’ils croient que faire quatre changements à la mi-temps était dans les mœurs (alors qu’en général c’est plus un à partir de l’heure de jeu, et encore). C’est laisser penser que Deschamps avait pour habitude de s’embrouiller avec ses joueurs face caméra comme ce fut le cas ici avec Rayan Cherki, alors qu’il n’avait jamais descendu un de ses poulains en public. C’est aussi prendre le risque qu’ils pensent que les Bleus de ces années-là avaient pour habitude de perdre en laissant l’impression finale d’avoir été intrinsèquement la meilleure équipe sur le terrain. « C’est de ma faute, je n’ai pas dû faire ce qu’il fallait en première mi-temps », s’excuse le Basque, qui aura tout de même vu ses joueurs se révolter et cravacher pour finir ce rodéo avec une défaite 4-6 : « Au moins, ça ressemblé à quelque chose ». À quelque chose peut-être mais en aucun cas à un match des Bleus sous Didier Deschamps. Pas même le France-Espagne de 2025 en Ligue des nations, ponctué sur un 5-4 dans un scénario presque aussi dantesque.
Avenir et souvenirs
L’atterrissage aurait pu se faire plus en douceur. Il ne le sera pas. Avant de dérouler le tapis rouge à Zinédine Zidane, avant de se jeter à nouveau dans l’inconnu, il faudra quand même se souvenir de tout ça. De l’héritage laissé, qui ne se mesure pas qu’au nombre de breloques entassées à Clairefontaine. D’ailleurs, les derniers mots de la Dèche aux téléspectateurs français ressemblent à un commentaire sur un état des lieux : « C’est toujours mieux de finir troisième mais tout n’est pas à jeter : il y a un groupe de grande qualité footballistiques, il y a des jeunes qui vont passer un cap, il y a encore du matériel pour avoir des résultats. »
La déception est là sur le plan sportif mais on a pu fabriquer des émotions à des dizaines de millions de Français.
De cet été 2026, on pourra regretter de ne pas avoir été au bout. Il faudra se remémorer ce jeu enthousiasmant comme rarement, un vent de légèreté assez inédit et cet esprit de corps infaillible face aux agressions (racistes) de l’extérieurs. Les plus pragmatiques répondront que ce n’est pas dans ces conditions que Deschamps a signé ses meilleurs résultats, mais on n’en est plus là. « C’était une très belle aventures. Ces huit semaines passées ensemble, c’était beau, relativise-t-il. La déception est là sur le plan sportif mais on a pu fabriquer des émotions à des dizaines de millions de Français. C’est la Coupe du monde et il n’y a rien de plus beau. »
Après avoir terminé sa première vie de joueur international en septembre 2000, au cours d’un match contre l’Angleterre qui comptait pour du beurre, c’est donc dans un autre match contre l’Angleterre sans grande valeur sportive qu’il achève sa seconde vie. À 57 ans, dont 25 ans consacrés à ce maillot. Le temps d’apporter deux sacres mondiaux à la France et quatre finales de tournois majeurs, qui auront permis de rabibocher le peuple français avec sa sélection, « autant d’un point de vue taquetique que tèquenique ». On gardera donc dans notre boîte à souvenir les cheveux mouillés de Deschamps. Pas à cause de l’humidité de la Floride, pas après avoir sué toutes les eaux de son corps dans ce satané match pour la 3e place mais plutôt ces mèches collées au front par la pluie dorée de Moscou, il y a huit ans de ça.
Sondage : Didier Deschamps va-t-il vous manquer ?Par Mathieu Rollinger





































