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France-Angleterre : The Last Dèche

Personne ne veut la jouer, mais il faudra s'y plier : passés à côté de leur demie, mardi contre l'Espagne, les Bleus retrouvent l'Angleterre dans une petite finale qui sent la déprime, d'un côté comme de l'autre. C'est ailleurs que l'histoire s'écrira ce samedi : après quatorze ans de service, de crispations et d'épopées, Didier Deschamps s'apprête à dire adieu au banc de l'équipe de France.
Entre nous : qui s’attarde dans la salle lorsque rebondissent les strapontins, que les lumières se rallument, et que les murmures du piano montent crescendo pour annoncer le défilé des crédits ? Le France-Angleterre de ce samedi (17 heures en Floride, 23 heures à Vaulx-en-Velin), remake d’un quart de finale qatarien mais surtout générique de fin de la déchirante Coupe du monde des Bleus, n’intéresse même pas ceux qui le disputeront. Quel drôle de concept, après tout, que ce match instauré pour départager les deux losers magnifiques du tournoi, comme s’il s’agissait des Jeux olympiques, que les Américains n’accueilleront que dans deux ans. Dans les têtes, l’Espagne a déjà mis un terme au tournoi de nos Tricolores (0-2, mardi), aux portes d’une finale où tout le monde les voyait déjà. Mais ils le savent depuis un an et demi : ce Mondial ne sera pas qu’une vulgaire épopée de plus dans le lore du football français. Ce sera la fin d’une ère.
Didier décampe
Cela faisait si longtemps, qu’on commençait presque à se dire que ce jour n’arriverait jamais. Imaginez être né à la fin des années 2000, vibrer pour les Bleus depuis près de quinze ans, et n’avoir connu qu’un seul homme à la tête de votre équipe nationale. De juillet 2012 à juillet 2026, Didier Deschamps a été tout à la fois cerveau, pare-feu, autoclave, séquestreur de l’équipe de France. Il s’était, c’est certain, pris à rêver d’une troisième Coupe du monde – une avec le brassard, deux avec le costard – avant de décamper. Il s’est enlevé ce plaisir, ses joueurs lui ont enlevé ce plaisir, dans une demie prise par le mauvais bout face à la Roja.
Je sais que l’équipe de France va me manquer, mais j’ai eu le privilège, depuis quinze ans, d’être là-haut
Les statistiques ne manquent pas, pour illustrer cette longévité à un poste qui n’en offre jamais, sa place au panthéon du football hexagonal et ce bilan qui, mine de rien, impose le respect. Mais, même pudiques, les mots du principal intéressé, ce vendredi, se suffisent à eux-mêmes : « Je sais que l’équipe de France va me manquer, mais j’ai eu le privilège, depuis quinze ans, d’être là-haut, avec ce maillot (sic), connaître des moments magnifiques, a déroulé le sélectionneur, peu avant le déjeuner, dans le vestiaire des Dolphins (NFL) transformé en conference room. Dans ma vie professionnelle, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée. Vingt-cinq ans dans la vie d’un homme, ça marque. Il y a des souvenirs inoubliables. »
Aucun membre de l’effectif convoqué pour cette Coupe du monde n’a connu, en sélection, quelqu’un d’autre que la Dèche. Pas un hasard si Ibrahima Konaté a commencé son allocution de veille de match comme on boucle un discours aux Césars, remerciant spontanément « le coach, son staff, et toutes les personnes qui l’ont accompagné durant ce long chemin. Il a apporté beaucoup de joie aux Français. Certes, il y a eu quelques moments de déception aussi, mais il ne faut pas oublier tout le bonheur qu’il a apporté. »
Just Fontaine, Hakan Şükür et Diego Forlan
Le désormais ex-joueur de Liverpool, que l’on a envoyé face aux micros malgré ses maigres quatorze minutes de jeu dans ce tournoi, s’est aussi amusé à jouer les aveugles : « Je ne sais pas pourquoi les gens se sont mis en tête qu’on allait gagner cette Coupe du monde. » Didier, lui, a dû faire face aux sujets chauds de la semaine (son bilan, Adrien Rabiot, Michael Olise, Christophe Dugarry, Iván Barton), parlé du « devoir » d’aller chercher cette troisième place, avoué que certains de ses soldats n’avaient plus la tête à rien, et refusé le terme « coiffeurs » pour qualifier les hommes à qui il offrira un peu de lumière contre les Three Lions : probablement Konaté, Malo Gusto, Rayan Cherki, Warren Zaïre-Emery, par exemple.
Ça ne leur ramènera pas leur rêve, mais il reste aussi, pour deux Bleus – et pas n’importe lesquels –, une belle carotte à aller chercher à Miami, la ville-sauna : les trophées de meilleur buteur, pour Kylian Mbappé (huit goals, à égalité avec l’extraterrestre de Rosario), et de meilleur passeur, pour Michael Olise (cinq offrandes, soit une de plus que l’extraterrestre de Rosario). Comme Lucas Digne avant la demi-finale, l’homme aux dreadlocks se retrouve en colonne mercato dans un drôle de timing, depuis quelques heures, sa volonté de rejoindre le Real Madrid ayant été rendue publique, au sortir d’une semaine compliquée pour lui et alors même que la compétition n’a pas encore – totalement – pris fin pour les Bleus. Ce match entre deux de ses quatre nations – celle où il a vu le jour, grandi, été formé et lancé dans le grand bain, face à celle dont il porte le maillot aujourd’hui – sera évidemment particulier.
N’oubliez jamais : on reviendra, on reviendra plus fort, et on reviendra surtout pour réunir tout le monde derrière le coq.
Anéantie par cette sortie de route contre une Argentine qu’elle tenait jusqu’à la 85e minute, mais surtout par la manière dont cela s’est produit – Thomas Tuchel a du sang sur les mains, mais est-il le seul ? –, la perfide Albion pourra d’ailleurs, sur la pelouse du Hard Rock Stadium, observer de près le phénomène qui aurait pu faire son bonheur pour les dix prochaines années. Quid de cette troisième place ? Jude Bellingham et Harry Kane, tout comme les hommes qui leur feront face, pourront repenser à Just Fontaine, Grzegorz Lato, Hakan Şükür, Diego Forlan, et se dire que ce match vaut la peine d’être vécu.
Voilà, c’est presque fini. Venu rentrer dans le lard de quelques journalistes mardi après l’élimination – pardon, Rayan –, Cherki nous a arraché un frisson, jeudi, quand on lui a mis dans les mains la caméra de la FFF, à l’issue d’une compétition durant laquelle il n’aura pas pesé : « Comme je l’ai toujours dit, on n’abandonnera jamais. On se battra toujours pour la patrie, pour les amis, pour la famille. Pour ceux qui viennent d’en haut, pour ceux qui viennent d’en bas. On se battra toujours. […] N’oubliez jamais : on reviendra, on reviendra plus fort, et on reviendra surtout pour réunir tout le monde derrière le coq. Parce que pendant la Coupe du monde, on a senti que toute la France était solidaire. Et ça, c’est incroyable. C’est ce qu’on devrait être, tout le temps. » Dans la nuit de samedi à dimanche, à une heure du matin (pour le lecteur), l’équipe de France n’aura pas les réponses aux questions qui la minent depuis quatre jours, mais pourra enfin débrancher. Didier, lui, s’éclipsera le coeur léger : « La vie continue. Je sais que ce sera bien aussi. »
Les Bleus auront de nouveau chaud contre l’AngleterrePar Jérémie Baron, à Miami


















































