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Détrompez-vous : ce France-Angleterre a un vrai intérêt

Personne n’en veut, mais pourtant il va bien falloir la jouer. L’horrible petite finale, que l’équipe de France va se fader pour la troisième fois de son histoire en Coupe du monde, ce samedi soir face à l’Angleterre (23h). Il reste tout de même quelques raisons de s’offrir une dernière veillée...
La ceinture dans l’avion, le numéro de fax ou le « L » à fusil… À l’instar de ces exemples, beaucoup considèrent comme inutile le match pour la troisième place en football, embelli en « petite finale » pour lui donner un semblant d’intérêt qui, en réalité, n’existerait même pas. Tout le monde veut sa suppression en grande partie parce que cette rencontre oppose toujours deux sélections absolument dégoûtées d’être restées aux portes de la grande finale. Et ce samedi, ni Français ni Anglais n’échapperont à ce supplice intégré par la FIFA lors de la deuxième Coupe du monde de l’histoire, en 1934. Alors comment y trouver de l’intérêt, surtout après une demi-finale où les Bleus n’ont pas vraiment joué, et ont frustré tout un pays après lui en avoir mis plein la vue jusque-là ?
Ce n’est pas France-Argentine, certes, mais les raisons sont toutes trouvées : à commencer par des « méchants » dépités mais soucieux de soigner la sortie de Didier Deschamps, après 14 ans de bons et loyaux services sur le banc des Bleus. Ce dernier deviendrait alors, en cas de bronze contre les Three Lions, le second sélectionneur avec Helmut Schön (ex-Allemagne de l’Ouest) à glaner les trois médailles : vainqueur, finaliste, meilleur troisième (2018, 2022 et potentiellement 2026 pour DD, 1974, 1966 et 1970 pour l’ex-sélectionneur de la RFA). Les deux seuls d’affilée, d’ailleurs. Vu de chez nous, une victoire serait aussi un événement, puisque Deschamps pourrait aussi devenir le premier sélectionneur français depuis Aimé Jacquet à gagner son dernier match avec les Bleus. Alors, hypé(e)s ?
Les rois du spectacle
Argument supplémentaire, l’affect généré par un tel événement n’est pas la seule raison de donner de l’intérêt à un France-Angleterre qui mobilisera tout naturellement bien moins de téléviseurs et de fûts de bières qu’une vraie finale, où qu’un Crunch au Tournoi des Six Nations. Les enjeux sont aussi footballistiques : mettre sous la dent quelques buts à 69 millions de Français restés sur leur faim lors de la demi-finale, permettre à Kylian Mbappé d’aller titiller Lionel Messi au nombre de buts inscrits en Coupe du monde (20 contre 21) avant la finale de ce dernier et montrer à ceux qui suivent le foot que Michael Olise (opposé à son pays natal) n’est pas une fraude contre les grosses équipes.
Ce serait aussi l’occasion d’offrir du temps de jeu à ceux qui n’en ont pas trop eu, à l’instar de Lucas Hernandez (seul joueur de champ n’ayant pas eu une minute de jeu) ou de Warren Zaïre-Emery, Ibrahima Konaté, Jean-Philippe Mateta, Marcus Thuram… et pourquoi pas Brice Samba ? La logique voudrait qu’il y en ait pour tout le monde, un peu comme ces barbecues d’été dont cette petite finale est aussi un bon prétexte pour en faire un de plus. D’autant que le coup d’envoi tardif (23h) promet de prolonger la fête le plus possible, et que les Bleus ont au cours de l’histoire appris à faire durer le plaisir lorsqu’ils jouent une petite finale. En 1958 d’abord, quand Just Fontaine plantait quatre de ses douze buts en Coupe du monde contre l’Allemagne de l’Ouest (3-6), puis en 1986, quand la bande de Henri Michel faisait durer le plaisir jusqu’au bout de la prolongation pour venir à bout de la Belgique dans ce qui reste l’une des plus belles petites finales. La seule à être allée au-delà des 90 minutes, d’ailleurs.

Une médaille est une médaille
Quid des Anglais ? Mine de rien, eux aussi jouent un match décisif : exit l’énorme déception de ne pas avoir retrouvé de finale de Coupe du monde depuis leur victoire de 1966, les Three Lions peuvent aller chercher leur première troisième place de toute leur histoire ! Après les immenses déceptions des petites finales perdues de 1990 et de 2018 (défaites contre l’Italie et la Belgique), c’est toute l’Angleterre qui retient son souffle… Des deux côtés, la dimension historique est sans doute ce qui ramène un peu d’intérêt à cette petite finale, où l’on espère quand même entendre du Daft Punk et du Oasis. Toujours du même avis, Monsieur Tuchel ?
Et aussi parce qu’une médaille reste une médaille ! Demandez au taekwondoïste Cyrian Ravet, qui a remporté aux JO de Paris 2024 la médaille de bronze après le forfait de son homologue italien pour le match de la troisième place, saupoudrée d’une réaction spontanée : « Let’s go ! Bah bénef ! » Réaction encore plus explicite pour Teddy Riner après les JO de Tokyo en 2021, après sa décevante médaille de bronze en judo : « La vérité, elle est kiffante ! C’est la médaille du courage et de la fierté », avait-il réagi malgré ses regrets. Apprécier cette petite finale peut aussi en dire plus sur notre personnalité, en l’occurrence notre faculté à voir le verre à moitié plein. Deux pays absents de la dernière World Cup 1994 ont l’occasion 32 ans plus tard d’aller chercher une médaille de bronze : c’est une belle évolution, en somme.
L’aveu de Didier Deschamps avant la petite finalePar Théo Juvenet














































