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- France-Espagne (0-2)
Didier s'embrouille

Plombé par l'attitude de ses hommes autant que par plusieurs erreurs de casting dans son onze de départ, Didier Deschamps n'a jamais su renverser le cours d'un match mal embarqué. Sa tentative de faire porter le chapeau à l'arbitrage, en après-match, symbolise cette impuissance.
Et Deschamps éclata le vernis qui le recouvrait depuis le 16 juin dernier. La scène se passa sous terre, où le sélectionneur français se serait terré s’il avait pu, plutôt que de présenter sa mine défaite et ses joues rougies à la presse internationale dans le bide de l’AT&T de Dallas, ville qui, décidément, aime à refroidir les hommes porteurs d’espoir. À la première question qui lui fut posée dans la conférence de presse qui suivit la sévère défaite des Bleus en demi-finale de Coupe du monde (0-2) – « Didier, diriez-vous que l’équipe de France a pris une leçon de football ce soir ? » – il répondit que oui, en un sens, et ne put s’empêcher de mettre le clignotant sur l’arbitre alors que personne ne lui avait demandé, reprenant en substance les mots qu’il avait prononcé quelques minutes plus tôt au micro de Virginie Sainsily, sur M6 : « Le quatrième et le cinquième arbitre étaient top niveau, je peux le dire parce que j’ai beaucoup discuté avec eux. Mais je vous pose une question, et je ne vais pas vous répondre, moi, parce que je ne veux pas passer pour une pleureuse parce qu’on a perdu. L’arbitre de ce soir avait-il le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde ? Répondez-y. Moi je n’y répondrai pas. » Pas mal, non ? C’est français.
Il ne s’était pas abaissé à ce genre de commentaires après le Paraguay, où les erreurs furent plus évidentes et la réalité aussi. Mais parce qu’en posant la question il y répondait un peu lui-même, tout le monde comprit ce qu’il en pensait, et ce fut étrange, au bout d’un match qui se joua sur beaucoup de choses mais finalement assez peu sur l’arbitrage, au niveau parfois et bancal à d’autres, il est vrai, comme lorsque Iván Barton laissa Michael Olise sur la pelouse alors qu’il aurait probablement mérité un rouge en début de match, pour une semelle d’assassin sur Olmo. En réalité, les critiques de Deschamps sur l’arbitrage en racontent davantage sur Deschamps que sur l’arbitrage, lui qui se rata peu en quatorze ans à la tête des Bleus, mais manqua d’un peu de lucidité, ce mardi soir, comme il l’avait peu fait durant son mandat.
Tchouaméni, Barcola et Cherki, à côté
La copie française rappela parfois celle qu’elle avait livré face à l’Argentine, en finale du Mondial 2022, mais à l’époque, ce n’était pas tant une faillite tactique qu’un problème d’hommes apeurés, que le sélectionneur français avait solutionné en en sortant deux avant même la mi-temps (Giroud pour Thuram, Dembélé pour Kolo Muani, 41e). Cette fois, les problèmes furent double, ceux dans la tête n’aidant pas à solutionner ceux sur le terrain, mais les seconds ayant sûrement entraîné les premiers. Dès le départ, il y avait un loup : « On est partis à trois contre deux au pressing, dit Mbappé en après-match. On a fauté là-dedans, face à l’Espagne, on doit presser un pour un. » La cellule vidéo des Bleus, louée depuis le début de la compétition pour sa méticulosité, était visiblement passée à côté de son affaire. Une chose étant de se tromper dans ses choix, une autre étant de les solutionner en sortant, à la fin de la première période, l’un des seuls hommes à l’endroit côté français, Adrien Rabiot (avec Jules Koundé), sous pression de son carton jaune précoce, et rester dans un milieu à deux derrière Dembélé.

Manu Koné était un pari, et Deschamps ne voulait sans doute pas prendre celui de laisser l’ancien marseillais sur la pelouse au milieu du toro de Olmo, Ruiz et Rodri. Le pari fut perdu. Les Bleus s’étirèrent comme chat au soleil, et on les vit parfois jouer sur soixante mètres, laissant plus d’espaces au milieu que l’Espagne ne l’aurait espéré. C’est simple de le dire maintenant, mais le maintien sur le terrain d’Aurélien Tchouaméni est aussi discutable au regard de son match, de même que celui jusqu’à l’heure de jeu de Bradley Barcola, muselé par Pedro Perro, qui se permit de lui montrer comment faire un une-deux, sur le but du 2-0. À ce titre, le match de Michael Olise, pas loin de l’infâme – « C’est peut-être une faillite émotionnelle, oui, c’est une demi-finale de Coupe du monde et pour beaucoup de joueurs présents, c’était la première » (Deschamps) – a peut-être à voir avec son positionnement par séquence sur le côté droit, laissant à Dembélé l’axe (cinq ballons perdus), pour des raisons qui apparaissent obscures aujourd’hui, mais dont le sélectionneur s’expliquera sûrement dans les jours à venir. Il manquait un homme au cœur du jeu et cet homme collait la ligne en se faisant tamponner par Marc Cucurella.
Un changement de structure trop tardif
Peu inspiré dans son coaching, Deschamps a longtemps changé les hommes plutôt que le système (considérant l’entrée de Cherki à la place d’Olise à un vingt minutes du gong comme le premier vrai changement de structure des Bleus), comme si s’écharner à modifier la forme allait bousculer le fond. La persistance avec laquelle il avait offert des minutes au Citizen lors de la compétition est remarquable, mais aurait aussi dû lui permettre de se rendre compte que ce dernier était une arme à blanc. La phase de poules de Cherki avait été émaillée de nuits blanches pour cause de « problèmes d’ordres personnels », et sa rentrée du soir fut égale aux autres : quelconque, pour dire le moins.
Dieu sait ce que Deschamps a dit à ses joueurs à la pause fraicheur de la seconde période, quand tout était déjà fini, mais il avait le visage des gens qui savent leur fin proche, et d’aucuns lui reprocheront de ne pas en avoir assez fait, assez vite, assez fort. Après avoir laissé, pour la première fois en quatorze ans dans de si grandes largeurs, les clefs du camion à ses individualités, le Français a été laissé tombé par ces dernières, et sa faute aura été de ne pas l’avoir vu avant ou d’avoir eu une solution pour les remettre à flots, lui, l’homme qui anticipe tout. Alors que l’on sent refaire surface, là-bas sur les plages de Miami, l’éternelle question posée par son mandat – mieux vaut-il gagner moche ou perdre beau ? – à laquelle cette compétition n’aura pas forcément aidé à répondre, le match du soir aura au moins apporté une certitude : tout est mieux que perdre moche.

Par Théo Denmat, au AT&T de Dallas






































