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Pour les Bleus, une nouvelle leçon d'Espagnols

Sûre d'elle même, sûre de ses forces et bien plus équilibrée que l'équipe de France, l'Espagne a montré toutes les qualités que les Bleus n'ont pas été en mesure de montrer en demi-finales de Coupe du monde.
C’est pareil en basket-ball, en handball, et même parfois en fierté politique : la France perd contre l’Espagne. Le mot « perd » prend ici une valeur de présent de vérité générale : c’est comme ça, comme dit la grand-mère. On ne peut rien y faire. En foot, ça vient d’arriver pour la huitième fois sur les onze derniers matchs. Autant appeler ça un plafond de verre, même si l’arbitre en prend pour son grade. Quelques heures plus tard, un sentiment prend le dessus : cette demi-finale a affirmé une suprématie. Miroir, miroir, cachez ce jeu que ces Bleus ne sauraient faire. L’équipe de France est tombée de son nuage. Et ça fait mal.
Personne n’aime le ballon autant qu’eux
Ce lendemain de fiesta nacional, il est difficile de détester cette Espagne, difficile de vouloir tirer les cheveux de Marc Cucurella, difficile de pester contre Unai Simón. Cette Espagne n’a rien de comparable avec l’Argentine contemporaine, l’Italie des années 2000 ou l’Allemagne des années 1980. Elle est bien plus unie, bien plus belle, bien plus souveraine, de Borja Iglesias, miroir des Bleus engagés cet été, à Lamine Yamal, ado sûr de ses forces (oxymore), en passant par le complotiste Marcos Llorente.
Plus la compétition s’élève, plus l’Espagne montre qu’elle sait aussi bien défendre qu’attaquer. Son arrière-garde, autour de la charnière Aymeric Laporte – Pau Cubarsí, a réussi à neutraliser les meilleures solistes du monde. Combien de séquences de plus de dix passes les Bleus ont-ils réussi ? Peu. Combien de pressings d’Ousmane Dembélé ont-ils permis aux Bleus de récupérer la balle ?
La Roja a réussi ce que les Bleus ont raté, car si les Bleus sont passés à côté, les Espagnols ont été à la hauteur de l’enjeu. Ce n’est pas une soirée isolée : l’équipe de Luis de la Fuente n’a encaissé qu’un seul but lors de ce Mondial. Elle a aussi bénéficié de quelques coups de pouces, des blessures de Nuno Mendes contre le Portugal et Thibaut Courtois contre la Belgique à la faute de Lucas Digne contre la France, joueur expérimenté dupé par le petit Lamine Yamal à un moment où la partie était des plus serrées.
Nous affrontions l’une des meilleures sélections nationales au monde, mais elle jouait contre la meilleure équipe du monde, ce qui est une toute autre histoire.
Offensivement, comme les Bleus d’ailleurs, les Espagnols n’ont pas non plus été tranchants. Ils n’ont cadré que deux frappes à Dallas, régalant finalement surtout par séquences. Car s’il y a bien un truc que les Bleus n’ont pas montré ce mardi soir, c’est cette force dans les petits espaces, cette capacité à sortir du pressing et à combiner. Le but de Pedro Porro (58e), sur un une-deux magnifique avec Dani Olmo, en est la preuve : sur cette action, la balle a beau avoir été contrée deux fois par les Bleus, elle arrive après une séquence de passes qui aura vu huit joueurs espagnols (Oyarzabal, Yamal et Cubarsí exceptés), toucher le ballon.
Maîtrise totale
Finalement, même l’adversaire le plus dangereux du tournoi n’a pas modifié le plan de Louis de la Fontaine. Même compo que face aux Belges, signe de la confiance de ce groupe à l’environnement si particulier que l’éviction de Pedri ne change rien. L’homme clé de Barcelone ne s’intègre pas avec Rodri, pas grave : le milieu de Manchester City assume ce statut avec Fabián Ruiz. Maîtrise. Didier Deschamps, lui, a modifié son plan de bataille en cours de route, remplaçant Adrien Rabiot par Manu Koné à la pause.
L’Espagne devient un finaliste incontestable. Avec Álex Baena, déjà bourreau des Bleus aux JO 2024. Avec Mikel Oyarzabal, sorte de Stéphane Guivarc’h qui ne lâche rien et marque sur un penalty tiré comme tout joueur moyen doit tirer un penalty : simplement et volontairement. Ainsi, la France est descendue sur terre. Comme lors de l’Euro 2024. « C’est le bonheur. […] Nous affrontions l’une des meilleures sélections nationales au monde, mais elle jouait contre la meilleure équipe du monde, ce qui est une toute autre histoire », a raconté Luis de la Fuente à la fin du match.
Sa Roja est montée en puissance tout au long du tournoi depuis le 0-0 poussif face au Cap-Vert. En 2010, avant de gagner en finale, elle avait commencé par une défaite contre la Suisse. « Aujourd’hui, on a perdu contre nous-même, » a tenté d’expliquer Rayan Cherki à la fin du match. Eux-mêmes, en mieux : l’Espagne s’offre une deuxième finale de Coupe du monde depuis 2010. C’est autant que la France.
Didier s'embrouillePar Ulysse Llamas






































