Quarante après la main de Dieu et le but du siècle, Lionel Messi a offert deux passes décisives, laissant ses coéquipiers terminer le boulot pour venir à bout de l’Angleterre (1-2). Comme souvent dos au mur, cette équipe d’Argentine prouve qu’elle sait jouer comme personne et que l’Espagne aura du répondant en finale du Mondial.
Angleterre 1-2 Argentine
Buts : Gordon (55e) pour les Three Lions // Fernández (85e), L. Martínez (90e+2) pour l’Albiceleste
On ne se pose pas dans une salle de cinéma sans le moindre a priori. On n’entre jamais dans un musée dénué de toute attente. On n’ouvre pas un livre sans excitation. Alors il est logique, au moment de fouler la pelouse devant près de 70 000 spectateurs, que les joueurs se soient déjà fait une idée du match à venir. Surtout si on leur en parle depuis leur plus tendre enfance. Leurs parents et leurs grands-parents n’ont eu de cesse de leur raconter l’histoire : la cruelle, meurtrière, sanglante, mais surtout celle entrée dans la mythologie footballistique par un mélange de triche et de grâce. Au coin de la cheminée, les Anglais ne parlaient que de triche. Les Argentins n’évoquaient que la grâce, quoique. Quarante ans après, pas un seul acteur de la demi-finale du Mondial 2026 n’a pu s’illustrer sans avoir dans un coin de la tête un fugace souvenir du quart de finale de l’édition 1986. Lionel Messi allait-il être à la hauteur de Diego Maradona ? Jude Bellingham vengerait-il ses aînés ? L’arbitre saurait-il résister à la pression ? Tous se savaient scrutés, comme si leur sort pouvait encore avoir une incidence pendant la Coupe du monde 2066, et les Argentins ont donc offert un nouveau sommet de dramaturgie.
Combat de rue
Les 22 titulaires ont donc commencé par se zyeuter, puis les hommes de Lionel Scaloni ont logiquement allumé la première mèche. À coups de tirages de maillots, de provocations ou de fautes beaucoup plus grossières, Enzo Fernández et ses coéquipiers n’ont pas hésité à faire monter la tension, réussissant d’ailleurs à faire entrer les Three Lions dans leur jeu : sept fautes anglaises contre douze, pour un carton jaune chacun à la pause. Combat de rue dans l’entrejeu oblige, Jordan Pickford et Emiliano Martínez ont aussi pu se regarder en chiens de faïence. Pour la première fois depuis 1966 – année où l’Angleterre chevauchait l’Argentine pour s’offrir le sacré graal à domicile –, aucun tir n’a été tenté lors de la première demi-heure d’un match de Coupe du monde.
Peut-être piqué par cette stat, John Stones a surgi au second poteau sur un coup franc de Declan Rice, mais sa tête n’a pas trouvé le cadre (33e), comme la succession de coups de casques anglais dans la défense adverse (35e). Pour donner de l’air à l’Albiceleste, l’insaisissable Lionel Messi s’est lancé dans une envolée au milieu de terrain, mettant Harry Kane sur les fesses et provoquant le carton jaune d’Elliot Anderson (37e), le premier du match étonnamment. Hormis une frappe lointaine de Fernández flirtant avec la barre (38e) et quelques relances courtes argentines pour contourner le pressing, ceux qui préfèrent le foot à la baston n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent.
Messi en sauveur
Conscient qu’il n’allait pas faire entrer ce match dans les livres d’histoire de cette manière, Julián Álvarez s’est chargé de faire le spectacle avec deux tirs en angle fermé, arrêté par Pickford, puis dans le petit filet extérieur (47e). Une étincelle suffisante pour pousser l’Angleterre à sortir de sa boîte et à Morgan Rogers, titulaire surprise de la composition de Thomas Tuchel, d’adresser un centre parfait à destination d’Anthony Gordon, qui, seul au milieu d’une défense centrale argentine particulièrement attentiste, n’a pas eu à se faire prier pour lancer une bonne fois pour toutes cette rencontre (1-0, 55e). Dans la foulée, Djed Spence venait sauver les joyaux de la couronne avec un tacle salvateur devant Giuliano Simeone (57e) avant que Pickford ne sorte une manchette réflexe sur une tête puissante de Nicolás González (68e). À chaque fois, Messi était à la passe.
L’Argentine a continué d’installer son siège devant la surface anglaise. Comme lors des trois tours précédents, la formation de Scaloni s’est retrouvée dos au mur, obligée d’abandonner la bagarre pour l’attaque. Alexis Mac Allister a réussi à se sortir de la densité, mais sa tête a heurté le poteau (76e) avant qu’une autre ne termine dans les gants du gardien britannique. Tuchel s’est mis à empiler les défenseurs pour combler les failles, mais les vagues bleues ont continué de déferler sur les côtes insulaires. Pickford a longtemps tenu la baraque jusqu’à ce qu’une énième tentative lointaine de Fernández ne fasse mouche (1-1, 85e). Certains retiendront que Messi était à la dernière passe – en retrait. La Pulga et ses troupes n’ont pas décéléré pour autant. Après un nouveau poteau heurté par Mac Allister, l’octuple Ballon d’or, exilé sur l’aile droite comme face à l’Égypte, s’est encore mué en sauveur en téléguidant un centre sur le crâne de l’entrant Lautaro Martínez (1-2, 90e+2). Encore miraculée, la Scaloneta file pour la deuxième fois consécutive en finale de Coupe du monde. L’Angleterre, elle, retourne à ses affaires et va pouvoir continuer de potasser son histoire maudite.
Angleterre (4-2-3-1) : Pickford – James (Burn, 82e), Guéhi, Stones (Toney, 90e+6), Spence (Rashford, 90e+6) – Rice (O’Reilly, 82e), Anderson – Gordon (Konsa, 72e), Bellingham, Rogers – Kane. Sélectionneur : Thomas Tuchel.
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