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Bleus 2026 : vous aimez ? C'est gâché

Par Clément Gavard
5' 5 minutes
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Bleus 2026 : vous aimez ? C'est gâché

Le match contre l'Angleterre pouvait compter pour du bronze ou du beurre, l'équipe de France n'avait pas le droit de rater sa première période ainsi dans les grandes largeurs. Un naufrage presque sauvé en seconde période, mais qui laisse une mauvaise dernière image et confirme le goût d'inachevé de la Coupe du monde des Bleus.

Il était 23h51 et 23h53, heure française, quand les messages sont arrivés sur l’écran du téléphone : « La honte ce match », « trop gênant », « mais ils ont lâché la rampe ? ». Même depuis un restaurant, même à la sortie d’un train, même sans trop regarder la télé et surtout même sans s’intéresser au foot toute l’année, il était impossible d’échapper à la première période grotesque de l’équipe de France contre l’Angleterre. Alors imaginez pour ceux qui avaient choisi de consacrer leur samedi soir à ce match pour la troisième place dont tout le monde se moquait jusqu’à ce que les Bleus ne transforment, en un peu plus de 45 minutes, ce crunch avec un ballon rond en un moment de honte.

À 4-0 à la pause, une première sous Didier Deschamps pour sa dernière — on avait profité de la pause pour vérifier que sa plus large défaite était un 3-0 contre le Brésil en 2013, treize ans plus tôt —, le sélectionneur avait eu le temps de faire toutes les grimaces possibles et imaginables. Il aurait volontiers disparu du paysage, en s’enfonçant sous le pelouse du Hard Rock Stadium de Miami, s’il avait pu, lui qui n’avait encaissé quatre buts dans un match (entendez en 90 minutes) qu’à deux reprises avant ce grand bazar (contre l’Espagne l’année dernière et dans un amical perdu 4-3 contre la Belgique en 2015). Une gêne absolue que seule une remontada digne du plus beau match de la carrière du regretté Rolland Courbis aurait définitivement pu faire oublier ce camouflet français. À la fin de l’histoire de cette rencontre prolifique à souhait, cette parenthèse désenchantée raconte quelque chose de ce groupe tricolore et de sa Coupe du monde.

« On ne peut pas se permettre d’être des humains »

En bon capitaine devenu meilleur buteur de l’histoire du Mondial, avec un doublé qui a contribué à réveiller tout le monde et à faire de nouveau vibrer le portable (« cette dramaturgie », « bon ils ne sont pas restés à 0 », « l’honneur est sauf »), Kylian Mbappé présentait des explications au micro de M6 : « Je pense qu’il y a eu deux périodes différentes. Pour la première, je peux comprendre que certains pensent que c’est du foutage de gueule et qu’on n’a pas respecté le maillot. Moi, je dirais plutôt qu’on a été humains et malheureusement, on ne peut pas se permettre d’être humains. On était complètement sonnés et je pense qu’ils nous ont bien réveillé. En deuxième, on est redevenus des joueurs de haut niveau, des machines mentales qui n’ont plus de sentiments, donc on a réussi à gagner cette deuxième période. » Personne ne retiendra le 4-2 pour les Bleus après le quadruple changement de DD, mais bien le 6-4 à la fin.

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On a le droit et le devoir d’entendre Mbappé, même de lui dire que les footballeurs seraient plus humains s’ils s’autorisaient à parler plus souvent, plus librement et à se reconnecter avec le monde autour d’eux. Ils le font très bien, parfois, lui le premier. Les Français n’avaient pas envie de jouer ce match, qu’il soit pour du beurre ou du bronze, à la veille de celui dont ils auraient voulu être à l’affiche. Compris. Ce rêve brisé quatre jours plus tôt peut-il expliquer le vide ?

Sur la première période, certains comportement étaient inadmissibles.

Adrien Rabiot

Les Anglais aussi sortaient d’une demi-finale perdue, encore plus fraîchement et dans un scénario bien plus cruel que le non-match proposé par la France contre l’Espagne : ils se voyaient à New York jusqu’à la 84e minute de leur rencontre face à l’Argentine. Ils s’en sont remis (enfin, comme ils peuvent), sans Harry Kane et Jude Bellingham au coup d’envoi, et avec des remplaçants qui ont joué le jeu. « On ne peut pas faire pire, c’était catastrophique, soufflait Deschamps sur la sixième chaîne à la pause, tout en retenant ses coups. On peut prendre un but à chaque attaque. Je peux comprendre l’immense déception, on n’a pas le droit de faire ça contre un adversaire qui joue un vrai match (…) C’est surtout une question d’honneur et de fierté par rapport à ce qu’est l’équipe de France. »

Face à l’amer

Plus tard, quand tout était terminé et que les Anglais avaient ramassé leurs médailles de bronze, Adrien Rabiot est venu sans pincettes au micro de Bein Sports pour faire passer quelques messages : « On est rentré de manière assez honteuse dans cette première période. Il y a eu des comportements de certains joueurs que je n’avais jamais vu jusqu’ici… Il y avait un travail à faire jusqu’au bout, on ne peut pas se contenter de bâcler les choses comme ça. On s’est parlé à la pause, on s’est dit qu’il fallait un peu d’orgueil. Sur la première période, certains comportements étaient inadmissibles. » Mieux vaut le dire deux fois qu’une et il n’était pas question de parler de la désillusion de mardi ou des réactions humaines. L’ancien Marseillais sait que la dernière image compte, même quand il n’y a pas de 20 millions de Français devant la téloche.

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Troisième ou quatrième, cela ne change pas grand-chose au fond, mais l’équipe de France laisse derrière elle cette Coupe du monde 2026 avec un sentiment de gâché et un goût d’inachevé. Il ne sert à rien de tirer des conclusions d’un match de cour de récré aux espaces béants et aux replis défensifs facultatifs, mais cette rencontre jouée sans N’Golo Kanté et Lucas Hernandez, zéro minute au compteur, a montré les limites de certains remplaçants (Ibrahima Konaté ombre de lui-même, Malo Gusto, etc.), l’attitude douteuse de certains titulaires et le chaos tactique de cette équipe. Les Bleus n’ont pas battu personne, ce serait manquer de respect au Sénégal, au Maroc voire à la Suède ou au tombeur de l’Allemagne. Ils ont cependant glissé contre les plus « gros », une fois contre l’Espagne sans parvenir à répondre à l’ouverture du score sur penalty, une autre contre l’Angleterre dans un match certes secondaire. Ce n’était pas le Brésil 2002, encore moins celui de 1970 : c’était la France 2026.

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Par Clément Gavard

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