Abattus et surclassés en première période, presque héroïques en deuxième, les Bleus ont failli signer une remontada de l’espace, dans une folle petite finale face à l’Angleterre (4-6), mais ont surtout offert une improbable dernière danse à Didier Deschamps.
France 4-6 Angleterre
Buts : Mbappé (48e et 66e), Barcola (54e), Dembélé (90e+6) pour les Bleus // Rice (3e), Konsa (18e), Saka (37e, 45e+1, 87e), Bellingham (90e+8) pour les Three Lions
On s’attendait à tout, sauf peut-être à ça. Après une chute du dix-huitième étage contre l’Espagne mardi (0-2), les Bleus allaient-ils laisser tomber la petite finale, pour la 187e et dernière représentation de Didier Deschamps en habit de sélectionneur ? Allaient-ils au contraire faire parler l’orgueil et la fierté face à une nation, l’Angleterre, qu’il n’est jamais mauvais de dominer ? Eh bien, ils ont fait à la fois tout l’un et tout l’autre, ce samedi à Miami, tantôt honteux de médiocrité, tantôt remarquables de volonté, face à une perfide Albion de Thomas Tuchel qui, comme dans sa demi-finale contre l’Argentine, a montré à quel point elle pouvait se liquéfier après avoir fait le travail. À l’arrivée, une partie anarchique, écœurante, mémorable, et une défaite (4-6, triplé de Bukayo Saka, doublé de Kylian Mbappé) qui offre une dernière note très bizarre à ce Mondial. Et au mandat du plus grand sélectionneur de l’histoire des Bleus.
Le grand vide
En veille de match, Ibrahima Konaté et DD avaient à peine mentionné le nom du pays qui leur ferait face 24 heures plus tard. Comme s’il n’y avait pour nos Tricolores ni adversaire, ni classement à aller chercher, sur la pelouse floridienne ; juste une page à tourner sans écornure, si possible, pour faire honneur à un pays qui les a portés très haut, au fil de l’été, et un sélectionneur qui méritait au moins ça. Une rencontre pour du beurre de cacahuètes, une équipe remaniée de moitié d’un côté comme de l’autre, un stade clairsemé – tribune de presse comprise, malgré le privilège que représente une accréditation pour cette compétition – nous rappelant qu’une petite finale a tout de petit, mais rien d’une finale : heureusement qu’il y avait les affichages de la FIFA, aux quatre coins du Hard Rock Stadium – drôle d’objet, au-delà du nom, situé à mi-chemin entre l’immondice d’un Matmut Atlantique et la corpulence d’un Stade de France – pour nous indiquer ce qui se jouait en ce jour.
Après le (si long) compte à rebours, Désiré Doué a commencé sa rencontre comme il avait négocié son entrée en jeu, quatre jours plus tôt : avec des œillères et les jambes qui tremblent. Tout ce qu’il fallait pour laisser Declan Rice se saisir du ballon, regarder ses adversaires défendre en reculant et préparer une frappe téléguidée, à peine enroulée, dans un coin inaccessible à Mike Maignan (0-1, 3e). Le début de ce qu’on aurait finalement pu voir venir : à côté de leurs pompes et des duels, avec une base arrière de coiffeurs à la rue, un collectif éteint, et un Mbappé à qui on a envoyé parpaing sur parpaing, les Bleus ont vu les Three Lions et le duo Saka-Rashford leur rouler dessus, pendant à peu près toute la première moitié de ce crunch.
Oui, Theo Hernández a amené la première étincelle française, signée Cherki, mais il a aussi rapidement laissé Bukayo Saka planter, en position de hors-jeu (11e). Et c’est en partant cette fois dans la bonne tonalité, mais toujours dans le dos du Saoudien, que le Gunner est allé chercher le coup de pied de coin sur lequel Rabiot, si valeureux mardi avant sa sortie, s’est laissé soumettre par Ezri Konsa, dont les huit centimètres de moins sous la toise ont paru d’un coup assez insignifiants (0-2, 18e). Marcus Rashford a humilié Warren Zaïre-Emery pour buter sur Maignan (33e), aucun Français n’a cru bon de sonner le clairon, et les Anglais ont foiré le coup de grâce, deux fois, mais pas trois (0-3, 37e), ni quatre, à chaque fois par Saka (0-4, 45e+1). Les vagues ont continué, inlassablement, jusqu’à la pause, et on aurait presque eu envie que les trois coups de sifflet soient déjà ceux de la fin.
L’esprit de Rolland Courbis était presque là
Puisque personne ne voulait jouer et qu’il fallait répartir le temps de jeu comme on divise les tâches ménagères, Deschamps a envoyé quatre de ses cinq derniers changements de sélectionneur dès la reprise, et c’est sur une intervention de l’entrant Dayot Upamecano, évidemment, que Mbappé a claqué son neuvième but de l’été, et Olise, enfin à l’aise dans ses bottines rouges, sa sixième assist. (1-4, 48e). L’impact du numéro 4 s’est encore fait ressentir trois minutes plus tard, Rabiot envoyant une volée bien loin de la cible (51e), et dans l’euphorie, Kyks a ouvert un espace à Bradley Barcola, jamais aussi bon que lorsqu’il lance son sprint depuis le banc de touche (2-4, 54e). Sur la tête d’Ivan Toney, Maignan a montré que le vent avait peut-être véritablement tourné (59e), ce qu’Olise a contredit dans la foulée (61e). Mais l’Angleterre, elle, continuait de se rabougrir.
Dembélé a enchaîné les pétards mouillés, mais le vrai duo star de cette Coupe du monde a remis ça, rapidement (ça fait donc dix buts pour l’un et sept offrandes pour l’autre, les trophées individuels seront au moins là, eux), et c’est encore une fois son pied gauche que le capitaine a fait parler (3-4, 66e), faisant officiellement entrer ce match dans autre chose. Toujours moins bon dans le dernier que dans l’avant-dernier geste, son passeur a encore manqué la cible, d’abord (75e) sur un service du cyclomoteur Malo Gusto – qui, en première, aurait sans doute envoyé ça dans les pieds anglais – puis (81e) à l’issue d’un mouvement de virtuoses, entre artistes finalement désireux de quitter la scène par la grande porte.
L’espoir, donc, jusqu’à Djed Spence et cette intervention de ce même Gusto, un siècle trop tard, pour le penalty et le triplé de Saka, que l’on n’avait plus vu depuis une heure (3-5, 87e). C’est seulement à ce moment-là que Dembouz a décidé de retrouver sa froideur, sur une énième prouesse d’Upamecano (4-5, 90e+6), avant que Jude Bellingham, lancé 20 minutes plus tôt, ne mette fin au chaos, avec toute la classe qu’il est capable d’offrir (4-6, 90e+8). C’était n’importe quoi, tout simplement. Et c’est une drôle de fin.
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