- Mondial 2026
- Finale
- Espagne-Argentine (1-0, a.p.)
Argentine : il ne faut pas que souffrir pour être bon

La finale du Mondial 2026 a été particulièrement décevante sur le plan du jeu. La faute à des Argentins venus davantage pour faire exploser les lignes et les chevilles espagnoles que pour proposer quelques séquences balle au pied. Les dix salopards et Lionel Messi n’ont rien montré de réjouissant. Ils laissent quelques hématomes et le trophée à des Espagnols bien plus enthousiasmants.
Quelle injustice : même si elle propose le jeu le plus léché depuis de longues années, à force de maîtrise et de patience, l’Espagne va rester dans les mémoires comme l’équipe à avoir disputé les deux finales du XXIe siècle les plus moches en Coupe du monde. Même si la Roja promeut la beauté, elle s’en consolera facilement puisqu’elle a remporté les deux. Surtout qu’elle n’y est pas pour grand-chose. En 2010, Andrés Iniesta et ses coéquipiers étaient tombés sur des Néerlandais avec la bave aux lèvres, prêts à stopper toutes les longues séquences de possession par des gestes de bouchers, tandis qu’en 2026, c’est la génération Rodri qui s’est longtemps cassé les dents sur des Argentins fidèles à leurs habitudes. Ce n’est pas un hasard si John Heitinga et Enzo Fernández ont chacun écopé d’un carton rouge, emportés par une furieuse envie de casser.
Trop-plein d’énergie
Le milieu argentin a été le symbole d’une Albiceleste larguée dans tous les aspects par l’Espagne. Décisif dans les victoires aux forceps contre l’Égypte et l’Angleterre, il n’a jamais pesé face à l’Espagne, constamment dépassé par le « petit jeu » adverse dans l’entrejeu et préférant donc s’en remettre à des coups plus ou moins grossiers – pour ne pas dire méchants. D’abord averti pour un geste d’humeur, il a ensuite envoyé valser Pau Cubarsí et n’a pu regarder qu’impuissant ses coéquipiers reculer jusqu’à Buenos Aires.
La finale n’est pas si surprenante de leur part puisqu’ils ont constamment refusé le jeu tout au long du Mondial. Face au Cap-Vert et à la Suisse, l’Argentine a laissé le ballon après l’ouverture du score, ne se contentant d’accélérer qu’au moment où le tableau d’affichage indiquait un score nul. Contre l’Égypte et l’Angleterre, c’est une fois dos au mur qu’elle s’est réveillée. L’Espagne a donc eu la bonne idée d’user son adversaire jusqu’au bout, d’attendre le dernier moment pour planter sa banderille fatale et de ne lui donner aucune réelle munition dans le Messi-time.

Souffrir, le cru 2026 de la Scaloneta sait faire. Elle l’a prouvé à chaque match de phase finale du Mondial, mais lorsque le meneur de jeu n’est pas au niveau, comme ce dimanche ou face à la Suisse en quarts, les joueurs capables de renverser la table sont peu nombreux. L’écart se creuse encore davantage quand les coéquipiers ont laissé une énergie folle à défendre dans leur camp, à se jeter corps et âme sur chaque ballon (ou cheville) et à contester chaque décision arbitrale. Cette équipe fonctionne à l’influx nerveux, elle ne cache ses larmes ni dans la victoire ni dans la défaite, gueule comme des putois sur l’arbitre, les adversaires et à chaque microcoup reçu et bombe le torse quand tout va bien. Beaucoup moins sereine dans le jeu qu’en 2022, l’Albiceleste a perdu son football, mais continuait de surnager par cette énergie quasi-divine.
Paredes ou la face sombre de l’équipe
Le fluide s’en est allé en finale, face à une adversité parfaitement huilée et assez sûre d’elle pour ne jamais entrer dans le jeu de la provoc. Pire, ce sont les Argentins qui ont fini par se frustrer eux-mêmes, incapables de lancer la moindre contre-attaque face au pressing espagnol et essoufflés par les longues séquences adverses. Les 25 fautes (contre 21 sifflées en leur faveur) et six cartons (dont un rouge) ne sont même pas si révélateurs d’un match où ils ont souvent largement outrepassé la limite. Ce qui donne une image de joueurs qui prennent l’eau et donc compensent par de sales gestes : tacle par-derrière de Lisandro Martínez, coup d’épaule dans le dos de la part de Giuliano Simeone, Nicolás Tagliafico sur le râble de Lamine Yamal pour l’user psychologiquement, ou encore intervention les deux pieds décollés d’Alexis Mac Allister.
Entré à la pause, Leandro Paredes, lui, a fait la totale avec des fautes dans tous les sens, des intimidations en pagaille, mais rien, ou presque, à montrer avec le ballon dans les pieds. Pour couronner son non-match, l’ancien milieu du PSG s’est fait expulser après le coup de sifflet final pour avoir frappé et étranglé Eric García avant de vouloir charger Gavi au sol. C’est du propre. C’est surtout frustrant quand on connaît le pied droit du cinco et sa capacité à renverser un bloc par une unique transversale. Revenu dans les plans de Lionel Scaloni au fil de la compétition, il est le joueur témoin de cette sélection : capable du meilleur comme du pire. Quatre ans après avoir fait exploser le taux de testostérone tout en proposant le projet de jeu le plus cohérent de l’édition, lui et ses coéquipiers n’ont montré, cet été, que leur face sombre.
Aleksander Čeferin a boycotté la finale du MondialPar Enzo Leanni















































