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La Scaloneta est-elle à bout de souffle ?

Par Enzo Leanni
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La Scaloneta est-elle à bout de souffle ?

Faute de sang neuf, la France de 2002, l’Ajax des années 1970 et même le Barça de Guardiola ont fini par s’essouffler et s’éteindre plus ou moins abruptement. Avec la moyenne d’âge la plus élevée parmi les équipes encore en lice dans ce Mondial (au départ, il y en avait seulement six au-dessus), l’Argentine est confrontée à une potentielle fin de cycle. Lionel Scaloni continue pourtant de faire confiance à ses cadres, quitte à tomber avec eux.

Les entraîneurs restés dans la postérité sont relativement nombreux, ceux à avoir leur nom gravé dans le marbre beaucoup moins. Il y a bien Guardiola et sa Pep Team barcelonaise, mais Rinus Michels, Johan Cruyff, Sir Alex Ferguson ou José Mourinho n’ont pas réussi à passer au-delà de leur équipe au point d’en devenir le patronyme. Phil Jackson, Steve Hansen ou Daniel Costantini ont beau avoir révolutionné leur sport respectif, on retient davantage Michael Jordan, Dan Carter et Jackson Richardson.

La Scaloneta est un groupe d’amis qui représente la famille et le pays tout entier d’une manière unique et incomparable.

Guido Gonzalez, journaliste

Alors comment Lionel Scaloni, porteur d’une philosophie de jeu moins marquée et novatrice dans un pays qui a toujours cultivé un certain bouillon de culture sur son banc, a-t-il fait pour créer la Scaloneta ? « Avant d’être une bonne équipe, c’est un groupe. Tous les membres accomplissent leur travail à la perfection, de Scaloni aux cuisiniers. La Scaloneta est un groupe d’amis qui représente la famille et le pays tout entier d’une manière unique et incomparable », définit Guido Gonzalez, journaliste argentin.

Liés éternellement, jusqu’à la chute ?

Plus qu’un style, c’est un état d’esprit qui aurait donc permis à l’Argentine d’être la meilleure équipe de son époque, compilant deux Copas América consécutives (2021 et 2024) et une Coupe du monde (2022, faut-il le rappeler ?). Pour le cultiver sur la durée, il est nécessaire de compter sur une masse uniforme pleinement convaincue. En Argentine, elle est formée par des joueurs aux teintures approximatives prêts à partir à la guerre pour Lionel Messi et un staff rempli d’anciens internationaux qui connaissent la cause mieux que personne : Pablo Aimar, Walter Samuel et Roberto Ayala. Ces gars-là ont la particularité d’avoir joué avec les deux Lionel, Scaloni et Messi, sous le maillot de l’Albiceleste.

Au début, on n’avait pas trop confiance, mais maintenant, il peut nous emmener n’importe où.

Rodrigo De Paul à propos de Lionel Scaloni

Depuis sa prise de poste au sortir d’une Coupe du monde 2018 ratée dans les grandes largeurs où il n’était que l’adjoint de Jorge Sampaoli, le premier a bravé les vents contraires. Alors que Diego Maradona estimait que le néo-sélectionneur n’avait même pas les épaules pour « diriger la circulation », la cohésion collective est rapidement née autour de plusieurs leaders, Messi sur le terrain, Rodrigo De Paul, Nicolás Otamendi ou Emiliano Martínez dans le vestiaire. « Au début, on n’avait pas trop confiance, mais maintenant, il peut nous emmener n’importe où », clamait le milieu de terrain après la finale de la Copa 2021 et on imagine qu’après deux nouveaux titres majeurs et autant d’épopées mémorables, les sentiments sont encore plus forts.

Lionel et les garçons.
Lionel et les garçons.

Or, dans l’autre sens également. Lionel Scaloni semble lié éternellement à son groupe. Il sait qu’il n’avait aucune vocation à égaler, ce mercredi soir face à l’Angleterre, Carlos Bilardo en matière de matchs de Coupe du monde passés sur le banc de la Selección après l’avoir déjà battu comptablement en nombre de victoires dans la compétition, et que la présence d’une telle génération n’est pas étrangère à sa réussite. Ce sont pourtant les mêmes qui pourraient le mener à sa perte, comme un prisonnier enchaîné à son boulet – à moins que ce ne soit l’inverse. Malgré un rendement nettement plus faible que ces dernières années, De Paul reste l’un des Argentins les plus utilisés du Mondial, comme Enzo Fernández, moins flamboyant qu’au Qatar.

Un manque de sang neuf

Jeter un œil à la composition de l’équipe ayant battu le Brésil en finale de la Copa América 2021 permet de se rendre compte que la grande majorité des joueurs sont toujours intouchables : six étaient titulaires contre la Suisse, en quarts du Mondial 2026 (Emiliano Martínez, Cristian Romero, Nicolás Tagliafico, Leandro Paredes, Rodrigo De Paul et Lionel Messi), trois conservent un rôle important (Lautaro Martínez, Nicolás González et Nicolás Otamendi), tandis que trois autres sont déclassés, mais pas poussés vers la sortie (Gonzalo Montiel, Exequiel Palacios et Giovani Lo Celso).

« Il y a plusieurs facteurs qui expliquent que le noyau dur est toujours en place. Le principal est sans aucun doute la confiance que lui accorde l’entraîneur. Il y a aussi le calme que tout le monde apporte à Lionel Messi, ils traitent tous le capitaine, l’idole, comme n’importe quel coéquipier, ce qu’il a souligné et apprécié. Surtout, le niveau footballistique de tous les membres de l’équipe a toujours été bon, voire excellent, surtout lorsqu’ils portent le maillot de l’Albiceleste », estime le journaliste argentin. L’ossature est effectivement plus que fiable, mais ce manque de réoxygénation, terme cher à Didier Deschamps après un Euro 2024 synonyme de fin de cycle pour Antoine Griezmann ou Olivier Giroud, pourrait être préjudiciable dans une compétition où l’Argentine semble cruellement manquer de souffle.

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Plus que gênée par le Cap-Vert et la Suisse et revenue d’outre-tombe contre l’Égypte, la Selección a déjà montré des signes de faiblesse, sans affronter d’adversaire franchement réputé. En Argentine, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer davantage de confiance en la nouvelle génération, menée par Giuliano Simeone, Nico Paz et Valentín Barco. Les réseaux sociaux se sont d’ailleurs enflammés ces derniers jours, avec une série de messages humoristiques laissant à penser que Lionel Scaloni serait prêt à faire des choses insensées (attraper un morceau de nuage au sommet de l’Everest, se jeter d’un avion sans parachute, se battre à mains nues avec un ours…) pour éviter de donner du temps de jeu au milieu strasbourgeois. Il n’y a sans doute qu’en cas de petite finale sans réel enjeu que ce dernier célébrera une place de titulaire. Le début de compétition avait pourtant laissé entrevoir une évolution, avec la titularisation de Thiago Almada et de Facundo Medina, avant que le staff ne refasse confiance, dès les premières secousses, à ses cadres, Tagliafico, Paredes et Júlian Álvarez. Ils ont au moins le mérite de s’offrir un plus beau crépuscule que l’équipe de France de 2002, l’Espagne de 2014 ou les Bulls post-Michael Jordan. Et plus si affinités, pour prouver que la Scaloneta est bel et bien éternelle ?

Angleterre-Argentine : toujours plus que du foot

Par Enzo Leanni

Propos de Guido Gonzalez recueillis par EL.

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