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L’Argentine et la disparition d’el número cinco

Figure essentielle du foot argentin, le numéro 5 - qu’on appelle dans nos contrées milieu défensif central ou sentinelle - semble avoir été délaissé dans la version de Lionel Scaloni. Alors où sont passés les héritiers de Redondo et Mascherano ?
Quand on pense à un joueur avec le numéro 5, on pense souvent à des défenseurs centraux : Carles Puyol, Fabio Cannavaro, Franz Beckenbauer. En Argentine, c’est une autre histoire. Le numéro 5 ne vit pas sur la ligne défensive, mais un cran plus haut. C’est le garde-barrière, le premier relanceur, le type qui sent le danger avant tout le monde et donne le tempo sans forcément faire lever le stade. Sauf que dans cette équipe de Scaloni, le vieux cinco semble avoir été rangé au grenier. Dans la victoire difficile face au Cap-Vert (3-2), comme depuis plusieurs mois, l’Albiceleste donne l’impression de jouer sans son vieux baromètre.
« Le dernier vrai cinq, c’était Mascherano »
Pour Renato Civelli, ancien défenseur international argentin passé par l’OM et Nice, aujourd’hui directeur sportif de Defensa y Justicia, la définition reste pourtant très claire : « Pour nous, un cinco, c’est le six en France. C’est le mec devant les deux défenseurs centraux. » En résumé : protéger les centraux, donner la première passe, garder l’équilibre. On est donc bien loin du regista classique ou du simple milieu récupérateur. « Le cinq, c’est ce type de joueur avec moins de mouvements, plus statique au centre du terrain, avec une bonne passe », poursuit Civelli. En gros, pas forcément le mec qui finit dans les highlights, mais celui qui évite que les highlights soient pour l’équipe d’en face. Sauf que ce profil est devenu plus difficile à protéger. Un milieu trop fixe devient une cible, parce qu’il donne une référence claire à l’adversaire. L’Argentine n’a pas arrêté d’aimer son cinco. Elle s’est juste rendu compte que ce poste ne pouvait plus toujours être porté par un seul homme.

Le numéro 5 argentin a vu passer quelques légendes. Fernando Redondo, par exemple : le 5 aux pieds de 10. Civelli est catégorique : « Redondo avait une qualité de passe exceptionnelle. » Il rappelle aussi que l’ancien milieu du Real Madrid n’était pas seulement un joueur fixe : « Au niveau offensif, il finissait parfois comme le meilleur des meneurs. Il avait tellement de facilité technique. » Ça, c’est la version noble du poste. Un joueur censé protéger sa défense, mais capable de jouer comme un numéro 10 qui aurait décidé de vivre dans l’ombre. Redondo, c’est l’élégance. Quelques années plus tard, l’Argentine a aussi connu son chien de garde : Javier Mascherano. Là aussi, Civelli ne tourne pas autour du pot : « Le dernier vrai cinco, c’était Mascherano. C’était le dernier. »
Un travail à la chaîne
Avant, tout le monde savait à quoi il ressemblait. Le personnage qui allait avec aussi. Aujourd’hui, on le cherche. Pas parce que personne ne sait le faire. Plutôt parce que ses missions ont été éclatées en plusieurs morceaux. Leandro Paredes est le candidat le plus sérieux pour en porter l’héritage. Il a la passe, le goût du duel, ce côté patron un peu sale, mais il n’est plus forcément le centre de gravité. Le sélectionneur Scaloni préfère le faire débuter sur le banc et répartir les tâches : un bout chez Enzo Fernández pour la première passe, un bout chez Alexis Mac Allister pour l’équilibre, un bout chez Rodrigo De Paul pour la grinta et la couverture.
Le gros problème en Argentine en ce moment, c’est la baisse du niveau de notre milieu de terrain.
Le poste n’a pas été assassiné. Il a été découpé. Et le défenseur central récupère lui aussi une part du gâteau. Contre le Cap-Vert, Civelli estime que Lisandro Martínez avait « beaucoup le rôle de ce cinco », parce qu’il prenait en charge les relances. Même s’il nuance ensuite : le joueur de Manchester United ne devient pas ce joueur-là, il en récupère simplement certaines missions. Relancer, casser une ligne, donner une première direction, jouer rugueux quand il faut. Ce n’est donc pas une révolution totale, plutôt un changement d’époque, et le replacement de Mascherano en charnière centrale à la fin de sa carrière n’y est peut-être pas étranger. L’Argentine n’a plus forcément besoin d’un seul cinq si plusieurs joueurs peuvent se partager ses outils.

Mais ce milieu morcelé offre-t-il vraiment les garanties nécessaires ? Civelli est catégorique : « Le gros problème en Argentine en ce moment, c’est la baisse du niveau de notre milieu de terrain. » Difficile de ne pas faire le lien avec l’absence de cette vieille sentinelle. « Dans notre milieu de terrain, ils donnent moins de solutions qu’avant, et ça se voit, autant offensivement que défensivement », poursuit celui qui est devenu boulanger à Buenos Aires. Contre le Cap-Vert, l’Albiceleste a survécu. Contre l’Égypte, elle devra faire plus que ça. Plusieurs questions se posent : est-ce que Scaloni remet Paredes pour redonner une vraie référence à son milieu ? Ou continue-t-il avec Enzo, Mac Allister et De Paul en cinq éclaté ? Civelli, lui, a fait son choix : « Je ne serais pas surpris si Paredes y joue, parce que je pense qu’au milieu du terrain, il faut qu’il fasse quelque chose. » Le cinco n’est peut-être plus incarné par un homme. Mais à force de le découper en puzzle, l’Argentine doit encore prouver qu’elle sait vraiment recoller les morceaux.
Pronostic Argentine Égypte : analyse, cotes et prono Coupe du mondePar Mamadou Junior Diop
Propos recueillis par MJ.















































