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« Les play-off, ça donnait de la visibilité au foot belge »

par Ethan Ameloot, à Bruxelles
6' 6 minutes
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« Les play-off, ça donnait de la visibilité au foot belge<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

En Jupiler Pro League, finir premier ne veut rien dire. Il faut encore se coltiner les play-off. Depuis 15 ans, ce système transforme chaque fin de saison en loterie. Mais tout ça, c’est fini. Ce samedi, l’Union saint-gilloise affrontait Saint-Trond pour lancer ces derniers play-off de l’histoire. Sur le sujet, les supporters sont divisés, comme les points. Reportage.

« On s’prend une canette en attendant ? » Finalement, les deux hommes en prendront trois. Trois chacun. Le match est dans deux bonnes heures, il faut bien s’occuper. La supérette de l’avenue Van Volxem est déjà bondée de supporters jaune et bleu qui cherchent à faire passer le temps et leur stress. Dans quelques minutes, le car des joueurs fera son apparition. Quand les fans, venus en nombre, l’aperçoivent, les fumigènes sont allumés et des chants scandés. « Bruxelles, ma ville, je t’aime… » Ce samedi soir, c’est bien toute la famille de l’Union saint-gilloise qui a la boule au ventre. Les Bruxellois reçoivent Saint-Trond, surprise de la saison qui complète le trio de tête en haut du classement, derrière Bruges et l’Union.

Surtout, aujourd’hui, c’est le début des play-off. Ce joli casse-tête belge, instauré lors de la saison 2009-2010, a lieu à la fin de la phase classique. Les six leaders s’affrontent alors entre eux dans un petit championnat : dix matchs par équipe pour, enfin, avoir un champion. Allez, pourquoi pas ? L’une des raisons de la création de ce système était de donner du pain aux supporters en fin de saison, d’assaisonner le printemps par de belles affiches et d’offrir une bonne dose de suspense. L’idée était également de rendre les clubs du pays plus compétitifs en Europe. Les matchs cruciaux du championnat étant au printemps, les effectifs peuvent se concentrer sur l’Europe le reste de la saison. Oui, mais les play-off, c’est fini. L’assemblée générale de la Pro League a voté il y a un peu plus d’un an la réforme de la Jupiler Pro League : place à un championnat classique à 18 équipes. En Belgique, l’heure est venue de dire adieu à cette drôle de spécificité.

Un pays qui en fait tout un plat

Au stade Joseph-Marien, le match entre l’Union et Saint-Trond est parti quand Vincent chope une barrière de la tribune Est avec ses amis. « C’est une mauvaise idée de supprimer les play-off, regrette-t-il entre deux gorgées. Ça faisait monter le niveau des équipes grâce aux matchs à enjeux. Ça explique les bons résultats des Belges en Europe. Cette particularité donnait de la visibilité à la Pro League et puis, il y a du spectacle ! » Pas ce samedi soir, l’Union domine, mais il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Je suis pour la suppression, je préfère un championnat traditionnel, tu joues tes matchs et celui qui est premier est champion, point.

Kostas, capo des Union Bhoys

En tribunes, ça donne de la voix. Les supporters reprennent religieusement les chants lancés par Kostas, le capo des Union Bhoys. « Je suis pour la suppression, je préfère un championnat traditionnel, tu joues tes matchs et celui qui est premier est champion, point, argumente le capo derrière sa barbe grisonnante et ses lunettes de soleil encore posées sur son nez alors que la nuit tombe. C’est le cas dans les grands championnats : en Angleterre, en Allemagne… »

Cette pensée-là, Gérald, habillé tout en jaune pour l’occasion, ne la suit pas : « Ça enlève du suspense, de l’enjeu. Puis même financièrement, il y aura une grande différence. Les play-off, ce sont des gros matchs entre les meilleures équipes, donc tu gagnes avec la billetterie et les droits TV. » Sans oublier les recettes de la buvette, où celui qui semble déjà nostalgique de cette mode belge se rend un peu avant la pause pour éviter de tomber sur la horde d’assoiffés s’agglutinant devant les TPE tout neufs des employés de Bevers & Bevers, la compagnie qui a racheté les saintes cabanes, au grand dam de supporters qui ont vu les prix augmenter. Tendons l’oreille.

C’est dommage de supprimer les play-off, c’était une des particularités du championnat. Mais d’un autre côté, gros, ça fout la haine d’être premier toute la saison, de voir tes points divisés par deux et de te faire trouer par un vieux club qui a pué la merde toute la saison.

Ouais, supprimer les play-off, ça t’oblige à jouer à fond dès le début.

Donc c’est mieux qu’on arrête les play-off.

Oui, c’est ce que je te disais.

Mec, ça fait cinq minutes qu’on en discute alors qu’on est d’accord, t’es chiant ! 

Déjà passés par la buvette, Lucas et Lucien, tous deux armés d’une écharpe et un coup dans le nez, discutent des traumatismes unionistes des saisons passées. Depuis ses retrouvailles avec l’élite en 2021, l’Union a terminé deux fois première de la phase classique avant de s’écrouler pendant les play-off. « Avec l’Union, c’était toujours le stress. D’habitude, ils sont premiers ou deuxièmes et pendant les play-off, ils gâchent leur avance… », explique Arthur, jeune supporter venu passer la rencontre avec son père. Plus loin, Bernard célèbre la suppression du système en se gaussant : « C’est une bonne chose pour nous ! Deux saisons, on aurait pu prendre ce titre, mais les play-off ont à chaque fois changé la donne. » La saison passée, la pièce est enfin tombée du bon côté pour l’Union. Troisième à la fin de la phase classique, Saint-Gilles a pris 28 points sur 30, un record, pour soulever le trophée de champion qu’il attendait depuis 90 ans.

Diviser pour mieux régner

À l’heure de jeu, Guilherme Smith, ailier brésilien arrivé cet été à Bruxelles en provenance d’Estonie, débloque la rencontre d’un ballon brossé depuis l’aile que personne ne coupe et qui finit dans le but du gardien des Canaris. Ces derniers ont d’ailleurs dit bonjour aux play-off lors de la première édition en 2010 mais ne les avaient plus connus jusqu’à aujourd’hui. Ce but a libéré l’Union et ses supporters, l’angoisse a presque disparu. Puis gagner mettrait la pression au FC Bruges qui affronte Anderlecht ce lundi. Les Brugeois sont revenus à un point des Saint-Gillois, grâce à cette fameuse division des points. « Je trouve ça bizarre ce concept de diviser les points par deux, lâche Jon qui, à la moindre évocation du mot play-off, lève les yeux au ciel. Certains vont dire que ça rajoute du suspense, mais je trouve que ça dévalorise la saison régulière. Quel sujet ! »

Moi, j’aime bien les play-off. C’est la fin de la saison, t’as des matchs chauds, il fait beau, il y a du soleil. Donc tu peux finir la saison sur une sorte d’apothéose.

Augustin, la moustache pleine de mousse

« Moi j’aime bien les play-off, contre Augustin, la moustache pleine de mousse après avoir passé cinq bonnes minutes à expliquer à sa copine Solenn le fonctionnement du schmilblick. C’est la fin de la saison, t’as des matchs chauds, il fait beau, il y a du soleil. Donc tu peux finir la saison sur une sorte d’apothéose. » Lui est même nostalgique de la formule à quatre équipes, testée entre 2020 et 2023 : « Six c’est trop. Dix matchs, c’est trop. Sur six matchs, t’as moins l’occasion de perdre ton avance de points, mais tout est possible quand même. Il faut juste arrêter avec la division des points. Il y aurait quand même de l’intensité et ce serait plus juste. »

Sur la pelouse, c’est la nervosité qui gagne du terrain. Kevin Mac Allister, le frère d’Alexis, intervient violemment sur un joueur de Saint-Trond dans la surface. L’arbitre ne bronche pas : ça joue. « Si tu ne veux pas de contact, tu peux choisir un autre sport », narguera le défenseur de l’Union après la rencontre. Au coup de sifflet final, une embrouille éclate entre les deux équipes. Aucun doute : les derniers play-off du championnat belge ont bel et bien commencé.

Le championnat belge donne l'épilogue de sa phase régulière

par Ethan Ameloot, à Bruxelles

Tous propos recueillis par EA

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