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Jimmy Cabot : « Cette saison, j’ai dû me battre avec ma frustration »

Propos recueillis par Gnamé Diarra et Maxime Brigand

Victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche en octobre, Jimmy Cabot a dû mettre un terme à sa première saison avec le RC Lens malgré des débuts heureux. L’ancien Angevin revient sur la manière dont il a vécu cette longue période de convalescence, son rapport physique et psychologique à la blessure, ses doutes et la frustration de ne pas avoir pu contribuer à la saison étincelante des Sang et Or.

Jimmy CABOT of Lens during the Ligue 1 Uber Eats match between Lens and Montpellier at Stade Felix Bollaert on October 15, 2022 in Lens, France. (Photo by Johnny Fidelin/Icon Sport)
Jimmy CABOT of Lens during the Ligue 1 Uber Eats match between Lens and Montpellier at Stade Felix Bollaert on October 15, 2022 in Lens, France. (Photo by Johnny Fidelin/Icon Sport)

Le 17 octobre dernier, tu es resté à terre de longues minutes après un duel avec Faitout Maouassa. Sur le moment, l’arbitre de la rencontre t’a demandé de te relever alors que toi, tu as vite compris que tu venais de te blesser gravement. Comment l’as-tu compris ? 

Tout allait bien. Je faisais une plutôt bonne entrée, on menait 1-0, il y avait un peu de pression parce que Montpellier poussait pour revenir, qu’on était dans les arrêts de jeu… Puis arrive ce contact et pour l’anecdote, oui, je pense que l’arbitre a considéré que j’essayais de gagner un peu de temps. Sauf que non. Quand on voit que la finalité, c’est les croisés, cette réaction fait un peu chier, tu te sens un peu snobé, et moi, j’avais déjà compris. J’ai tout de suite senti que quelque chose avait pété. Ça n’a pas été très douloureux, mais j’ai senti ce craquement.

Tu prends tout de suite conscience que tu es parti pour une longue absence ? 

Sur le moment, on n’en a pas vraiment conscience, non. On sait qu’il y a un truc, on se pose des questions, on discute avec les kinés, le doc, on essaie d’analyser un peu à chaud… Quand je me lève, je sens quand même qu’il y a une instabilité. Je me dis que ça pue, même si le staff médical essaie de me rassurer au maximum. Derrière, on me cale tout de suite une IRM, et le lendemain matin, j’ai rendez-vous à Hénin-Beaumont. Là, ça se confirme. C’est bien les croisés.

On sait que plein de joueurs ont déjà eu les croisés, que ce n’est pas une fin en soi. C’est juste que la saison commençait très bien, qu’on était déjà dans le train d’une saison merveilleuse, qu’il faut accepter que tout s’arrête…

Jimmy Cabot

Comment tu l’encaisses ?

Il y a des larmes, c’est dur. La veille, en famille, déjà, ça n’avait pas été simple, car je me doutais que j’avais quelque chose de grave. Après, on connaît. On sait que plein de joueurs ont déjà eu les croisés, que ce n’est pas une fin en soi. C’est juste que la saison commençait très bien, qu’on était déjà dans le train d’une saison merveilleuse, qu’il faut accepter que tout s’arrête…

Est-ce que le fait que cette blessure intervienne au beau milieu d’un processus d’intégration dans un nouveau club la rend encore plus difficile à accepter ? 

Heureusement qu’il y a eu dix journées avant parce que si je m’étais blessé lors de la deuxième journée, sans avoir vraiment réussi à montrer ce dont j’étais capable, je pense que ça aurait été plus compliqué encore. Là, j’ai quand même eu le temps de faire quelques matchs, de créer des affinités, de profiter de la bonne ambiance du groupe. Ça a rendu la chose plus « gérable », mais sur le long terme, ce qui a été vraiment dur, c’est de ne pas avoir pu participer pleinement à ce que le groupe a vécu.

Comment as-tu vécu cette saison, toi ? 

Il y a eu plusieurs étapes parce qu’après la blessure, j’ai eu pas mal de complications. Ça a été compliqué à gérer. En plus des croisés, le ménisque a aussi été touché, donc l’opération a été assez lourde. J’ai aussi eu quelques inflammations un peu inexpliquées, ce qui a tout retardé… La rééducation a été un peu en dents de scie finalement, et je suis encore dedans alors que je me suis blessé il y a maintenant neuf mois. J’ai donc dû me battre avec ça, mais aussi avec ma frustration, parce qu’au-delà d’être supporter du RC Lens, je reste joueur et compétiteur, donc vivre au stade les très belles performances de l’équipe, ça n’a pas toujours été facile, même si je suis très, très content pour le groupe, le club. Il y a juste des moments où l’individu prend le dessus et où tu te rappelles que tu ne peux pas participer à tout ça.

Je ne suis pas un joueur qui stresse, mais je pense qu’une pression naturelle s’installe, notamment quand on franchit un cap professionnel.

Jimmy Cabot

Ça a été ta deuxième grosse blessure après une première blessure à la cheville à Angers en février 2022, où tu as retrouvé la lumière dans un nouveau rôle. Selon toi, ton corps a-t-il pu être affecté par tes changements de vie, de statut ? 

Bien sûr. Je pense même que c’est complètement lié, d’autant que ma vie privée a aussi été bousculée par l’arrivée de ma fille. L’année a été chargée. Il a fallu se remettre de cette blessure à la cheville avec rupture interne, puis luxation externe, enchaîner avec un transfert, une préparation avec des matchs amicaux qui sont tout sauf des matchs amicaux puisqu’il y a déjà 40 000 personnes au stade et que tu es forcément aussi jugé sur ces matchs quand tu viens d’arriver… Inconsciemment, je pense que tout ça a eu un impact. Je ne suis pas un joueur qui stresse, mais je pense qu’une pression naturelle s’installe, notamment quand on franchit un cap professionnel. Il y a peut-être eu un contrecoup.

Est-ce que le fait d’avoir changé de poste, donc d’être confronté à un autre type de duels défensifs, peut avoir joué aussi ? 

Devenir piston m’a demandé d’autres choses, et dans le registre purement défensif, c’est clair que je ne suis pas un gros gabarit, donc qu’il faut compenser par d’autres choses. Dans un duel au sol, je peux être très fort en récupérant le ballon au bon moment, en anticipant bien, mais pour ce qui touche au contact purement physique, évidemment que je peux souffrir un peu plus et c’est ce qu’il s’est passé avec ma blessure à la cheville. Peut-être que je n’ai pas les aptitudes physiques pour aller aussi fort que les autres à l’impact, mais le contraste, c’est aussi que j’aime ça, que je suis un guerrier sur le terrain, que j’aime le contact… Après, sur les croisés, il n’y a eu aucun contact physique et ce n’est pas la conséquence d’une appréhension.

As-tu été suivi psychologiquement dans ta rééducation ? 

Il y a des choses qui sont mises en place au club pour qu’on soit suivi du mieux possible. Après, voilà, ça dépend des joueurs et des situations. Moi, la difficulté, ça a surtout été de ne pas avoir de délai. Au bout d’un moment, quand tu viens au club tous les matins, que tu ne peux pas reprendre la course, que tu ne dois faire que le strict minimum… Ce n’est pas simple d’être optimiste, même s’il faut tâcher d’être positif parce que finalement, les blessés font aussi partie de la vie d’un groupe. Ce n’est pas les éléments qui sont souvent mis en avant, ce n’est pas des sujets qui font rêver, mais ça fait partie du quotidien du sportif de haut niveau de parfois être là, pas loin de ta zone d’expression, et de ne pas pouvoir aller sur le terrain. Il faut savoir prendre son temps. Je l’ai fait pour ma cheville, je vais le refaire là.

Ce n’est pas parce que je suis blessé que je vais devenir DJ du RC Lens.

Jimmy Cabot

Est-ce qu’on t’a donné un rôle dans le groupe pour que tu restes intégré socialement ? 

Ce n’est pas parce que je suis blessé que je vais devenir DJ du RC Lens ou qu’on va chercher à te trouver un rôle. Tu as ton processus de rééducation, chaque joueur sait que c’est compliqué, chacun a déjà connu au moins une grosse blessure… On vient te voir, on prend des nouvelles de temps en temps, mais je n’aurais pas aimé qu’on me donne un autre rôle que celui de joueur parce que je suis blessé. C’est sûr que tu peux parfois te retrouver isolé, mais ça fait partie du truc. Il y a quand même encore de belles choses, de beaux moments, c’est juste de la patience.

 

Cabot à Lens
Jimmy Cabot, seul en scène.

Comment as-tu réussi à tuer l’ennui ces derniers mois ?

Mon rythme n’a pas drastiquement changé parce que j’ai des présences obligatoires au club. Après, oui, il y a moins de fatigue car pas les mêmes séances et un peu plus de temps, donc j’appelle mes amis, je récupère, je passe du temps avec ma fille, je lis, je joue au poker, je m’occupe comme je peux tout en restant concerné.

Est-ce que tu as adapté tes lectures à ton processus de rééducation ? 

Non, non. Je lisais déjà pas mal de livres de développement personnel avant. J’ai eu une préparatrice mentale, à Troyes, qui m’a initié à ça. J’essaie d’ailleurs plutôt de m’intéresser à d’autres choses. Je suis très varié dans mes lectures, ça peut aller de romans à des bios de sportifs, etc.

Tu as déjà expliqué par le passé que tu souhaitais préparer l’avenir en commençant une école de management via un programme adapté aux sportifs. Tu as pu commencer ? 

C’est vrai que j’ai dit ça lors de ma première année à Angers, qui était assez catastrophique. Je suis assez curieux, je me pose toujours la question de ce qui pourrait m’intéresser après ma carrière. Pour l’école, j’ai tenté le coup, je me suis inscrit, mais je n’ai tenu que quelques mois parce qu’avec les matchs qui s’enchaînaient, les séances, les devoirs à rendre, je n’ai pas réussi à tenir le rythme. En pleine saison, c’est assez dur d’allier le tout. C’est faisable, certains y arrivent, mais il faut vraiment être très costaud. Je reste ouvert à différentes choses. Depuis que je suis blessé, j’essaie par exemple d’être un peu plus présent au contact des médias, des journalistes, comme récemment aux assises de l’UJSF (Union des journalistes de sport en France). C’est toujours intéressant.

Concrètement, où en es-tu alors que le groupe vient de reprendre ? 

On est sur un protocole progressif. Ça évolue, petit à petit, semaine après semaine. On voit comment le genou réagit, on ajuste. On ne peut toujours pas définir de date de retour précise, d’autant que j’ai un peu perdu musculairement. Il ne faut pas que je fasse n’importe quoi. Je n’ai pas encore repris la course. Là, je reste surtout en salle. On verra à partir du stage, où on va peut-être en profiter pour augmenter le rythme, mais c’est positif.

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