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Jean-Michel Aulas : un président n’est pas un maire

Favori des sondages depuis l’annonce de sa candidature, Jean-Michel Aulas a échoué à ravir la mairie de Lyon, dernier objectif de sa longue vie. L’ancien président de l’OL restera dans les mémoires comme un président de l’OL, pas comme un maire.
Les déserts n’arrêtent que ceux qui ont soif. À son grand âge et après tant d’expériences, Jean-Michel Aulas aurait pu se la couler douce, se reposer sur ses acquis et écrire ses mémoires. Au lieu de ça, l’ancien président de l’Olympique lyonnais a décidé de partir dans un dernier défi : ravir la mairie de sa ville. Au bout d’une campagne aussi laborieuse que la saison de son ancien club, le jour de son 77e anniversaire précipite son crépuscule au lieu de consacrer sa gloire. Pour 2 762 voix, Jean-Michel Aulas échoue.
Une campagne municipale n’est pas un match de football
Tout avait pourtant bien commencé pour le natif de L’Arbresle. En février 2025, il sonde sa popularité et esquisse son projet au Figaro, où il dit réfléchir à sa candidature. Il commande des sondages, forme son équipe, reçoit le feu vert reçu également par le rugbyman-businessman Serge Blanco, vainqueur à Biarritz, ou Bernard Tapie avant lui. Il a le soutien d’une large frange de l’électorat de la droite et du centre lyonnais, critiques de la politique du maire sortant Grégory Doucet. Laurent Wauquiez, président de région, l’adoube rapidement. Tous l’attendent comme le « Président » qu’il fut, le pensant capable de réaliser en politique ce qu’ils n’ont pas réussi à faire dans le sport.
Son bilan à la tête de l’OL, où il a débarqué en 1987, parlait pour lui : la montée en D1, les sept titres, le centre de formation, l’entrée en Bourse, le Groupama Stadium… Les soutiens, prétendument apolitiques, ont ensuite suivi la dynamique. Karim Benzema a pris la parole à la télé pour soutenir son boss. Bafé Gomis l’a suivi, comme plus tard Selma Bacha ou Corentin Tolisso. Tous ces noms n’ont pas réussi à convaincre des électeurs, plus exigeants qu’âmes moutonnières. Jean-Michel Aulas a finalement recueilli 49,33 % des suffrages ce dimanche soir.
Puisqu’on dresse le bilan des campagnes comme celui des saisons, Jean-Michel Aulas a montré des manques. En manipulant deux cordes (l’identité lyonnaise et les grands projets), le boss a donné l’impression de l’impréparation, comme s’il n’avait pas pris conscience que diriger une ville était très exigeant. Ses prises de paroles ont inquiété. Son incapacité à répondre aux questions sur son programme ont fait frémir, comme le 8 mars, journée internationale du droit des femmes, où il se révèle incapable de trouver une réforme féministe dans son programme.
Celui qui a affirmé à L’Express son adhésion au macronisme a aussi multiplié les imprécisions, comme sur le classique mais toujours révélateur prix du ticket de métro. Ou les incohérences et les formules creuses alors qu’il promettait, au départ, sortir de la langue de bois. Les adversaires, eux, souriaient à mesure qu’il déclarait qu’il allait construire un stade de 20 000 places, un tunnel sous une colline, ou autant de promesses spectaculaires mais peu réalistes. Autant de déconnexions ou de virages à droite (à propos de la mort de Quentin Deranque, par exemple) et de promesses qui n’ont engagé que celles et ceux qui les ont crues. Mais on ne va pas en Ligue des champions avec une équipe de Ligue 2. Aulas a ainsi fait campagne comme il dirigeait l’OL : seul contre tous, en dragster.

Mauvais joueur
Comme dans son sport favori, on peut être bon en septembre mais mauvais au printemps. Aulas est apparu de plus en plus fatigué, usé, parfois comparé à Joe Biden, trop imprécis et pas assez bosseur. Il n’a pas aimé la contradiction dans les portraits, a esquivé les débats et la confrontation d’idées, alors qu’on n’esquive pas la démocratie. Son passé d’hommes d’affaires fortuné n’a pas suffi. Si on ne gère pas un club de foot comme on gère une entreprise, on ne gère pas non plus une ville comme on gère un club de foot.
Comble de cette histoire du retraité qui n’arrive pas à s’arrêter, Jean-Michel Aulas a du mal avec la défaite. Depuis l’annonce des résultats, ce dimanche soir, il joue les mauvais joueurs. Il annonce porter un recours pour contester l’élection de Grégory Doucet. Il finit en mauvais perdant, comme un triste parallèle avec son club de toujours, après sa défaite contre Monaco, ce dimanche. Qu’il ait le « Cœur lyonnais », nom de son équipe de campagne, personne n’en doute. Que cela suffise pour diriger une ville, preuve que non.
Aulas ne sera pas le prochain maire de LyonPar Ulysse Llamas





















































