- Angleterre
Comment expliquer la chute des gros d’Angleterre ?

Alors que Manchester United reprend du poil de la bête cette saison, Chelsea rejoint Tottenham au rang des calvaires. Leur statut et leurs revenus semblaient pourtant trop gros pour observer leur déclin. Le foot montre que les gros peuvent eux aussi chuter.
→ Les saisons de Tottenham et Chelsea sont-elles des anomalies ?
Deux des six géants du meilleur championnat mondial s’écroulent. Finaliste de la Ligue des champions en 2019, Tottenham est 18e de Premier League. Dans une autre proportion, son voisin Chelsea, septième, connaît aussi la galère. La défaite à Brighton a été celle de trop pour Liam Rosenior, qui prend la porte quatre mois seulement après son arrivée. Les deux formations auront connu trois coachs cette saison.
On pensait pourtant ces clubs dans l’hyper élite du foot mondial. Des entreprises Too big to fail, tellement énormes qu’elles ne peuvent pas s’effondrer, à l’image des grosses multinationales imperméables aux crises. Peuvent-ils faire n’importe quoi au prétexte d’être des grands ? Sont-ils garantis d’être tous les ans en quarts de finale de Ligue des champions ? Après tout, Manchester United, 8e et 15e les deux dernières saisons et troisième aujourd’hui, n’a pas encore fait le deuil d’être un grand club.
D’autres équipes ont connu cette situation, mais ils étaient de moindre réputation. En 2013, Queens Park Rangers tombait en Championship. Avec Loïc Rémy, mais aussi Park Ji-Sung et Shaun Wright Phillips, QPR ne glanait que quatre victoires en une saison. Dans les années 2010, Wigan, Middlesbrough, Blackburn ont également sombré. Leicester, champion en 2016, tombe lui en League One. Le foot est fait de chutes.

→ La Premier League s’homogénéise-t-elle vraiment ?
Depuis sa création sous son format actuel en 1992, la Premier League n’en finit pas de croître. Le championnat anglais est devenu un championnat haut de gamme. Il rassemble les meilleurs joueurs, les meilleurs entraîneurs et propose le meilleur spectacle. La hausse des droits télé et les avantages sportifs ont fini par créer une caste indétrônable. Ces vingt dernières années, l’Angleterre a couronné six formations différentes : Manchester City, Manchester United, Chelsea, Liverpool et l’anomalie Leicester. Avec Arsenal, ils sont six en 30 ans. Dix clubs s’étaient partagé ce gâteau entre 1966 et 1996. Des équipes comme Leeds, Everton, Aston Villa ou Derby County avaient alors goûté au bonheur. Cela semble impossible aujourd’hui.
→ Faire partie du Big 6 protège-t-il de la chute ?
En Angleterre, la participation régulière à la Ligue des champions est contrôlée par les six grands clubs, garantissant revenus et visibilité. Sur les 105 places accordées aux clubs anglais en C1 depuis la saison 2000-2001, neuf ont été laissées à des clubs hors du Big 6. Les performances récentes de Newcastle et Aston Villa sont à ce sens des anomalies.
Au niveau financier, l’écart de revenus entre le Big 6 et le reste des clubs a doublé sur les dix dernières années, comme le recense Swiss Ramble. Le gap concerne surtout les revenus commerciaux. Les six gros concentrent huit fois plus d’allocations que les autres. Pour eux, la croissance repose sur leur envergure commerciale, reflet de leur statut de marques mondiales. Si Manchester United, Tottenham et Chelsea ont connu des résultats sportifs irréguliers ces dernières saisons, alimentant l’impression d’un Big 6 moins dominant, ils possèdent des énormes atouts structurels. Man U, par exemple, a enregistré un chiffre d’affaires record de 666,5 millions de livres sterling sur la saison 2024-2025. En étant 15e, donc.
Full slate of Premier League wage bills from 2024-25 here, and pertinent following yesterday Arsenal wages up this year but total bill £121m (25%) lower than Man City last season once latter's costs outside #MCFC entity included (note: #MCFC includes lots more admin staff) pic.twitter.com/52I1h1rkYJ
— Chris (@CWeatherspoon_) April 20, 2026
→ Les autres clubs de Premier League peuvent-ils les concurrencer ?
Il faut une conjonction de facteurs pour qu’une équipe rejoigne ou même déloge définitivement l’une du Big 6. Un mauvais recrutement, une instabilité ou des actionnaires en déroute. Les effondrements récents de Chelsea et Tottenham l’illustrent. Ont-ils privilégié le marketing au détriment du terrain ? C’est possible.
Les nouveaux prétendants se distinguent en plusieurs catégories. Il y a les anciens historiques (Newcastle, Aston Villa) et les modernes aux idées nouvelles (Brighton, Brentford, Bournemouth). Sont-ils en passe de rééquilibrer le championnat ? En tout cas, ils parviennent à réduire l’écart moyen entre la 4e et la 10e place. Leur régularité reste à questionner. Derrière, les clubs promus ont de grandes chances de descendre la saison suivante (Luton, Burnley, Sheffield United, Watford, Norwich…). Enfin, le modèle économique de la Premier League tend à favoriser la croissance des vingt clubs. Les revenus issus des droits télé sont en effet beaucoup moins inégalitaires qu’en France, par exemple : le leader ne gagne qu’1,6 fois plus que le dernier en revenus de droits télé.
Club statement: Andoni Iraola.
— AFC Bournemouth 🍒 (@afcbournemouth) April 14, 2026
→ Tottenham ou Chelsea seront-ils les futurs Leicester ?
Du plafond de verre à la cave. Pour Leicester, qui a remporté la Premier League en 2016, la chute est totale : retrait de points, changements de coachs à répétition, joueurs critiqués, pertes financières et pertes de liens avec les supporters. « En tant que président, cette responsabilité me revient. Il n’y a aucune excuse, a publié Aiyawatt Srivaddhanaprabha, boss de Leicester après la défaite, comme le rapporte le Guardian. Nous avons connu les sommets les plus élevés et maintenant les creux les plus bas, et la douleur est partagée par nous tous. Je suis sincèrement désolé pour la déception que nous avons causée. Je comprends l’intensité des sentiments parmi nos supporters, et nous ne tenons pas votre soutien pour acquis, surtout dans des moments comme celui-ci. » Le foot surprend toujours.
Chelsea sacrifie Liam RoseniorPar Ulysse Llamas


















































