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  • COUPE DU MONDE 2014 – 8E DE FINALE – BELGIQUE/ÉTATS-UNIS

Et si les Américains s’étaient enfin mis au football ?

Par Paul Bemer, à Rio de Janeiro
Et si les Américains s’étaient enfin mis au football ?

Si les USA couchent la Belgique et se hissent en quarts de finale, ils égaleront leur performance historique de la Coupe du monde 2002. L'occasion aussi d'établir un nouveau record d'audience dans un pays où les filets des paniers tremblent plus souvent que ceux des buts.

Bruyants, nombreux et soigneusement bariolés, à Rio de Janeiro, les Yankees sont partout. Impossible d’errer dans les rues sans croiser les multiples déclinaisons du mythique Star-Spangled Banner. Maquillage, maillots, pantalons, serviettes, tatouages, ghetto-blaster, shorts et serviettes de bain… Les Ricains ont pensé à tout. Et pour cause, ils sont d’assez loin la nation la plus représentée sur les plages de la cité carioca. Un phénomène qui, passé l’étonnement, s’explique de plusieurs façons.

La fin des « soccer-mom » ?

Il n’y a pas si longtemps que ça, la simple évocation du mot « soccer » renvoyait uniquement à ces mères de famille qui, un poil désespérées, passaient leur week-end à regarder leurs mômes taper maladroitement dans un ballon. Des femmes blanches, plutôt aisées, qui trouvaient là l’excuse parfaite pour sortir de leur immuable banlieue. L’enfance envolée, leur progéniture masculine en quête de testostérone se tournait alors vers les disciplines reines outre-Atlantique que sont le baseball, le basket et le foot US. Laissant notre foot à nous avec cette étiquette tenace de « sport WASP » , voire, pire, de « sport de gonzesse » . Depuis, outre David Beckham, l’immigration hispanophone (majoritairement venue du Mexique et d’Amérique centrale) est passée par là, et les Américains ont progressivement compris qu’un ballon de football n’était pas uniquement réservé à des pieds blancs pédicurés.

Tranquillement affalé sur le sable de Copacabana, Shane, jeune visage pâle d’une grosse vingtaine d’années, en est le parfait exemple : « J’ai grandi dans un quartier pas franchement huppé de Raleigh en Caroline du Nord, et si j’aime le soccer, je peux t’assurer que ma mère n’a rien à voir là-dedans… Tout s’est joué au lycée. Il y avait un petit groupe qui jouait souvent au soccer sur le terrain de foot US. Des Mexicains essentiellement, mais aussi des Jamaïcains et des Haïtiens. Certains faisaient également partie de l’équipe de basket dont j’étais capitaine, alors j’ai sauté le pas pour jouer avec eux de temps en temps et ça m’est resté. » S’il est encore loin du niveau d’un Clint Dempsey, Shane assure que le football n’a désormais plus aucun secret pour lui : « Je savais que c’était un sport très technique, mais depuis que je regarde des matchs de Premier League sur ESPN, je me rends compte que c’est beaucoup plus tactique qu’il n’y paraît. » Et dire qu’il n’en est encore qu’au « kick and rush » …

La mutation de la MLS

Calquée sur le modèle des autres grandes ligues américaines (système de playoffs et de draft, absence de relégation, salary cap, etc), la Major League Soccer connaît un essor significatif ces dernières années. Finis les stades de foot US ou de baseball reconvertis, le temps d’un match, en un Old Trafford du pauvre aux trois quarts vide et dont le bas de la tribune est à trois kilomètres de la ligne de touche. Finis aussi les joueurs anonymes, connus seulement de leurs parents et dont la seule fan est la caissière de Walmart. Aujourd’hui, la MLS tente de se racheter le prestige qu’elle a effleuré du temps du New York Cosmos de Pelé, Chinaglia et Beckenbauer, à grands renforts de billets verts. S’appuyant principalement sur la « fan base » des franchises NFL, les clubs de l’oncle Sam construisent leurs propres enceintes directement inspirées des tribunes européennes ou sud-américaines. Avec ultras, tifos et chants de supporters repris en chœur.

Une métamorphose symbolisée, entre autres, par les New-York Red Bulls, le Sporting Kansas City ou le Chicago Fire, et qui s’applique également aux joueurs. Thierry Henry évidemment, mais aussi Rafa Márquez (reparti au Mexique depuis), Jermain Defoe, Robbie Keane, Júlio César, Marco Di Vaio, Obafemi Martins, Tim Cahill ou cette semaine Kaká, tous sont venus clôturer leur carrière au pays du dollar. Même topo pour les gloires locales que sont Dempsey, Donovan ou Bradley, toutes rentrées ambiancer leur terre natale. Une tendance nécessaire aux progrès du soccer puisqu’aucun club ne dispose de centre de formation. L’apprentissage des jeunes étant assuré par les universités et la fameuse NCAA, malheureusement toujours trop peu portée sur le ballon rond.

Une audience record pour cette World Cup

« La fièvre de la Coupe du monde aux États-Unis est exceptionnelle ! » La phrase ne sort pas de la bouche d’Obama, pris en flagrant délit de football à bord d’Air Force One pendant le match face à l’Allemagne, mais de Jérôme Valcke, actuel numéro deux de la FIFA. Un homme heureux donc, qui entrevoit enfin une ouverture dans un marché que son institution a longtemps cherché à infiltrer. Avec un peu moins de 25 millions de Yanks devant l’écran, le match nul (2-2) contre le Portugal constitue la plus grosse audience jamais réalisée pour un match de soccer aux USA. Pulvérisant ainsi la dernière finale de la Coupe du monde féminine (remportée par les États-Unis) et ses 18 millions de téléspectateurs. Soit plus que l’audience moyenne des récentes finales NBA (15,5 millions) ou celles des dernières World Series de baseball (14,9 millions), soit aussi une hausse de 50% du nombre de spectateurs par rapport à la Coupe du monde 2010. « Amazing ! » , comme on dit là-bas. Des chiffres nuancés par ceux de la MLS qui, elle, n’enregistre que 320 000 spectateurs en moyenne pour ses playoffs. « Peanuts ! » , comme on dit chez nous.

Danny, un pote de Shane qui a choisi de bronzer en gardant ses Jordan aux pieds, croit savoir pourquoi le football suscite de tels écarts dans sa mère patrie : « Franchement, on est encore très peu à regarder la MLS. Certes, les stades sont plutôt très bien remplis, mais on ne va pas se mentir, la quasi totalité du pays s’en fout complètement. Presque tous ceux qui se massent actuellement devant les écrans géants de leurs villes pour regarder la World Cup ne verront pas un match de foot pendant quatre ans… » Plus que du soccer, les Américains sont surtout en train de tomber amoureux de la Coupe du monde. Un événement planétaire dont l’engouement est, pour eux, comparable à celui généré autour des JO. Et ce n’est pas Rihanna ou Justin Timberlake, twittos compulsifs de ce Mondial qui diront le contraire.

« Baiser des femmes et boire de la bière… »

Comme bien souvent aux USA, la vérité se situe quelque part entre les deux extrêmes. En vrai, les Ricains, dans leur grande majorité, ne sont pas encore parfaitement calés point de vue ballon. Et c’est sans doute pourquoi ils sont persuadés qu’ils peuvent remporter cette Coupe du monde. Oui, leur équipe a fière allure, est surprenante sur bien des aspects, mais en football, le rêve américain gagnerait en crédibilité s’il restait modéré. Pas le genre de la maison. DeShawn et Marlon, Afro-Américains tout droit débarqués de Brooklyn, pensent avoir au moins autant de chances que de cadavres de bière devant eux. « On a l’un des meilleurs joueurs de l’histoire à la tête de l’équipe (Klinsmann, ndlr), alors pourquoi ne pas y croire ? » , avance le premier. « Et puis de tout façon, dans tous les sports où l’on s’investit, on finit toujours par devenir les plus forts ! Le soccer, comme le basket, la natation ou l’athlétisme, n’est qu’une question de temps… » , conclut le second avant que le troisième larron de la bande ne pointe le bout de ses tresses plaquées façon Allen Iverson. Jamal, montagne ébène proche du quintal, sait, lui aussi, parfaitement où il va : « Perso, je ne suis le foot que depuis deux ans, mais cela ne m’a pas empêché d’aller en Afrique du Sud avec mes potes. La Coupe du monde, c’est quand même le meilleur endroit pour boire de la bière et baiser des femmes venues des quatre coins de la planète ! » Quelque part entre Miami et Venice Beach, entre beuverie, chill intensif et séance de muscu sur la plage, qu’on le veuille ou non, à Rio, Jamal et ses compatriotes sont comme chez eux. Et au fond, c’est tout ce qu’ils cherchent dans le foot.

Par Paul Bemer, à Rio de Janeiro

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