- Mondial 2026
Pourquoi voit-on autant de buts de loin dans cette Coupe du monde ?

Avec 20 buts inscrits en dehors de la surface, cette Coupe du monde 2026 paraît lancée sur de bonnes bases. Pour le plus grand bien des spectateurs mais au grand dam des gardiens. Analyse d’un cocktail explosif.
C’est un son de cuir frappé à une centaine de kilomètres/heure, indissociable de la Coupe du monde ces vingt dernières années. Produit par les mollets veineux de nos footeux, on l’appelle « grosse frappe », « but de fou », « caramel » ou simplement « tir de loin ». Depuis le début de cette édition 2026, 27 buts ont justement été marqués depuis l’extérieur de la surface, soit 13,78% des pions inscrits au moment où s’écrivent ces lignes (18 du droit, 9 du gauche, et 31 mètres pour la plus longue distance, signée Kevin Pina avec le Cap-Vert contre l’Uruguay). Une moyenne d’un but par journée. De quoi ajouter un bon cachet à un Mondial déjà spectaculaire, mais interroger sur les éléments qui offrent autant de missiles. Spoiler : les gardiens ne sont pas contents.
« Celui qui prend le plus cher, c’est le gardien »
Historiquement, la Coupe du monde a toujours fait la part belle aux jolis buts. Si les critères de beauté sont subjectifs, surtout en football, les frappes lointaines font l’unanimité. Alors quand Kylian Mbappé, Wilson Isidor, Yasin Ayari ou Lionel Messi ont décidé de trouer les filets adverses, nombreux ont été les « woooow ! » à traverser les gradins américains et nos appartements, tard dans la nuit. Pour autant, derrière ce feu d’artifice garanti plane la problématique liée aux gardiens, et leur tendance à se faire transpercer. De Luca Zidane à Edouard Mendy, en passant par Uğurcan Çakır ou Jordan Pickford, quelques fautes de main ont été signalées. Grossières ou non.
Mais alors pourquoi ? « Parce que le ballon est catastrophique, répond sèchement Mickaël Landreau et ses 11 sélections en Bleu. Ce sont des ballons de plage, et c’est juste horrible. Déjà pour le gardien, qui ne peut plus capter la moindre balle, mais aussi pour le frappeur, qui voit souvent son tir aller n’importe où. » Une mise en contexte s’impose : fabriqué par Adidas, le ballon de cette édition 2026 nommé « Trionda » est une sphère de sixième génération. Composée de seulement quatre panneaux de cuir – le plus petit nombre pour un Mondial – la balle est ainsi l’une des plus légères du marché. Dans la droite lignée du Teamgeist 2006 et du fameux Jabulani 2010, expliquant donc ces frappes fuyantes, souvent rentrantes.
Ces supposées innovations, Landreau les décrit surtout comme du foutage de gueule vis-à-vis du jeu : « Ces ballons ne mettent absolument pas en valeur la technique. Soit vous avez une technique de frappe qui correspond à ce type de ballon, soit c’est fichu. On voit même des changements d’aile finir en touche. Mais bien évidemment, celui qui prend le plus cher, c’est le gardien. » Piégeux, ce ballon made for America serait donc à l’origine de la poignée de frappasses balancée cet été et des placements hasardeux des portiers chers à Mika Landreau. L’ancien Nantais avait d’ailleurs expérimenté les prémices de ces balles ultralégères, à l’occasion du Mondial 2006, durant lequel il était troisième gardien avec Fabien Barthez et Grégory Coupet : « Tu te dis que tu vas être obligé de moins garder certains ballons, de prendre moins de risques. La trajectoire du ballon change, tu ne peux plus positionner tes mains, ni attendre la frappe. Ça fait changer ta manière de garder les buts. C’est catastrophique. » De quoi faire relativiser le spectacle entrevu depuis deux semaines ? Pas vraiment.
Le Mondial, terreau fertile
Comme évoqué précédemment, la Coupe du monde a une prédisposition au tir de loin. Les nostalgiques se souviennent de Torsten Frings, Philipp Lahm, Joe Cole, Giovanni van Bronckhorst, Diego Forlán, James Rodríguez et d’une pelletée d’autres snipers ayant sévi une fois tous les quatre ans. Ce phénomène de tentatives osées s’explique par deux facteurs majeurs. En premier lieu, ces foutus ballons dont les joueurs comprennent vite les caractéristiques, qu’ils n’hésitent pas à exploiter. En second, la courte durée de la compétition et les blocs bas forcent les joueurs à jouer contre la montre en frappant le plus possible – notamment en phase de groupes, où le moindre point compte.

En 2022, par exemple, sur les 13 buts marqués de loin, 11 l’ont été au premier tour (même constat en 2018). Au micro de la BBC, l’ancien gardien de l’Angleterre Joe Hart accuse en tout cas le coup : « Depuis le début du tournoi, je remarque que les gardiens ont encaissé plusieurs buts au-dessus de leur épaule, et je pense que c’est dû au ballon. Contre la France, le gardien de l’Irak a à peine eu le temps d’analyser la trajectoire du tir de Mbappé, que le ballon était déjà sur lui. » Mickaël Landreau, lui, craint même que le problème s’élargisse aux actions les plus banales, à l’image de Luca Zidane face à l’Argentine ou Mike Maignan contre le Sénégal, semblant toujours sur la trajectoire avant de se faire piéger par la vitesse : « Les gardiens ne peuvent plus être passifs. Au moment de l’impact, il faut être acteur. Pas au moment du déclenchement de la frappe, mais bien de l’impact avec le ballon. Mais le problème n’est pas le gardien, c’est le ballon. Un bordel. » Et dire qu’il reste encore 38 matchs à disputer.
Mondial 2026 : micro ouvert pour le racisme ordinairePar Adel Bentaha
Propos de Mickaël Landreau recueillis par AB.


















































