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Yasin Ayari, deux buts et deux pays dans la tête

Par Mamadou Junior Diop
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Yasin Ayari, deux buts et deux pays dans la tête

Yasin Ayari n’a pas seulement marqué un doublé en Coupe du monde, lors de la victoire éclatante de la Suède contre la Tunisie (5-1). Il a incarné l’éternel dilemme auquel sont confrontés de nombreux binationaux.

Marquer contre le pays de son père, c’est déjà un blasphème. En mettre deux et célébrer le deuxième, c’est peut-être l’heure de commencer à chercher un autre lieu de vacances. On peut tout pardonner à Yasin Ayari, auteur d’un doublé qui le marquera à vie avec la Suède contre la Tunisie, dans la nuit de dimanche à lundi. Le match était déjà spécial pour le milieu de terrain, il l’est devenu un peu plus. Outre ses deux beaux buts, il traduit un phénomène encore plus profond qui concerne le choix des binationaux. Un choix où l’on peut faire gagner son pays tout en ne tenant pas à blesser l’autre.

Face aux Aigles de Carthage, le milieu suédois a ouvert le score dès la 7e minute. Et quel but. N’importe quel joueur aurait bombé le torse en lâchant sa meilleure glissade pour rendre hommage à Didier Drogba, mais Ayari, lui, n’a pas célébré. À la place, une joie retenue, presque gênée, en levant les mains comme tous les joueurs qui se rappellent qu’ils ont joué pour le club qu’ils viennent de condamner (souvent de manière exagérée). À la 89e minute, rebelote : un missile de l’extérieur de la surface pour inscrire le dernier but de la soirée. L’euphorie a pris le dessus sur l’arbre généalogique, et c’est bien normal.

Un Suédois aux racines tunisiennes et marocaines

Yasin Ayari est né à Solna, en Suède. Sa mère est marocaine, son père tunisien. Trois pays, un seul maillot sur le dos. Petit, il passe beaucoup de temps dans ses deux pays d’origine. Il le dit même avant le match : « Ma mère et mon père sont originaires de ces pays. Quand j’étais petit, j’y passais beaucoup de temps en vacances. » Son football s’est construit en Suède. Formé à l’AIK, il rejoint le club de Solna en 2012 après un passage à Råsunda IS. Il effectue ses débuts professionnels en 2020, puis est transféré à Brighton en 2023. Après avoir enchaîné des prêts successifs à Coventry et Blackburn, il réussit à s’imposer à partir de la saison 2024-2025 avec le club anglais. Depuis les U16, il porte le maillot suédois. Quand il explique que son choix a été « facile », puisqu’il est né et a grandi en Suède, il n’y a pas de débat.

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En 2022, alors qu’il évoluait encore à l’AIK, la Tunisie tente de l’attirer. Le joueur de Brighton, lui, temporise, refuse même une préconvocation, préfère attendre et ne ferme pas totalement la porte. Son père, Abdelaziz Ayari, glisse alors qu’il ne peut pas être certain que son fils choisisse la Tunisie, même s’il en serait fier. Il ajoute aussi une phrase importante qui climatise absolument tous les espoirs de voir Ayari porter le maillot tunisien. Il évoque « l’image peu claire de l’avenir du football tunisien ». Traduction : votre projet ne donne pas très envie. Cela ne s’arrête pas là. Son père aurait même conseillé à son fils de choisir la Suède. Pas par rejet de la Tunisie, bien sûr. Mais par reconnaissance pour le pays qui l’a accueilli, formé et accompagné : « Je voulais qu’il joue pour la Suède. Il doit avoir le sentiment de rendre quelque chose au pays qui a pris soin de lui. »

Choisir un maillot, ce n’est pas renier son autre pays

Le dilemme des binationaux est toujours particulier : ils font le choix du pays de naissance, ils renient leur pays d’origine ; ils préfèrent celui des parents, c’est de l’ingratitude après avoir bénéficié de la formation sur leur terre d’accueil. Voici le paradoxe qu’ont pu connaître des joueurs comme Ayyoub Bouaddi, Assane Diao, Jorthy Mokio, etc. Ayari n’a voulu frustrer personne, dans la nuit de dimanche à lundi : il a montré qu’il n’était pas insensible à ses origines tunisiennes en s’abstenant de célébrer son premier pion, avant de rappeler qu’il était aussi fier de jouer pour la Suède en se lâchant pour son doublé.

Il joue avec la Suède parce qu’il est né là-bas, a grandi là-bas, a été formé là-bas et a porté ce maillot depuis jeune. Contre la Tunisie, ce n’est pas un simple match, c’est le match contre le pays de son père, des vacances, de sa famille. Yasin Ayari ne représente pas l’histoire d’un joueur qui a tourné le dos à son pays. Mais celle d’un joueur qui avance avec la Suède tout en gardant la Tunisie dans son sac. Le premier but était pour la Suède, mais sans bruit. Le deuxième aussi, mais avec la joie en plus. Entre les deux, on voit un joueur qui sait pour quel pays il joue, mais aussi d’où il vient. Finalement, Ayari a choisi la Suède, ça, c’est clair. Mais il a surtout rappelé qu’un choix de sélection n’efface pas forcément le reste.

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Par Mamadou Junior Diop

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