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  1. // La vie des supporters du RC Lens

« Un supporter lensois sait accepter les ascenseurs émotionnels »

Les supporters de France à l’honneur sur sofoot.com. Nous sommes partis à la rencontre de ceux qui font vivre nos stades, qui célèbrent pour leur club, qui pleurent pour leur club. Bref, ceux qui vivent pour leur club. L'organisation du Trophée des champions entre le PSG et l'OM ce mercredi à Bollaert-Delelis est l'occasion de se rappeler que cette enceinte est d'habitude l'antre de ce qu'on peut considérer comme le meilleur public de France. Immersion dans une joyeuse bande de fous.

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#1: Fred

Fred de Liévin, dit FDL

42 ans, membre des Red Tigers, 391 déplacements en stop pour Lens

« J’ai toujours aimé le ballon, j’ai joué au foot très jeune. Mon premier match, c’était en 1986, j’avais 8 ans, un soir de Lens-Brest, avec ma mère et deux copains de foot. J’ai été piqué tout de suite. Tu as 8 ans, tu vois une tribune sang et or qui gueule, qui met une ambiance de dingue, tu ne peux que vouloir y retourner. Mais ce n’était pas évident, mon père s’en fichait du foot, ma mère me faisait plaisir pour y aller, mais ce n’était pas régulier. À partir de 1990-1991, ça l’a été. Ma grand-mère habitait le quartier Sellier qui donne vue sur Bollaert. On allait au stade avec des copains avant de rentrer dormir chez elle. Pour ce qui est du stop, j’ai commencé en 1997 au Havre, à Jules-Deschaseaux. Problème de thunes tu vois, tu as 18 ans, le stop devient la solution pour voir Lens. J’ai adoré, tout de suite. Partir à l’aventure, ça ne me faisait pas peur. J’avais déjà fait des petits trajets Lens-Arras, mais là ça devenait concret. Et depuis 1997, j’en suis à 391 déplacements pour le Racing en auto-stop. Je ne les ai pas notés, mais j’ai ce chiffre en tête.

« Une autre fois, j’ai eu un flingue sur la tête lorsqu'on est descendus à La Corogne. Mon pote délirait un peu sur la tête du chauffeur et il m’a braqué. » Fred de Liévin

Niveau anecdotes, j’en ai forcément des centaines. Parfois, tu peux partir de Lens et être pris directement ou ensuite passer 10 heures dans une station à poireauter, à attendre la chance. Quand je suis allé à Porto, le groupe des Super Dragons nous a hébergés dans leur local pendant deux jours avant le match. Les ultras de Porto sont chauds quand même. Ils nous ont accueillis avec un pote, mais nous ont dit direct : « S’il y a un truc qui est volé dans le local, on défonce les Lensois. » Mais on n’allait rien voler, on était à deux. (Rires.) Au retour à Lens, on a fait apéro avec eux. Une autre fois, j’ai eu un flingue sur la tête lorsqu'on est descendu à La Corogne. Mon pote délirait un peu sur la tête du chauffeur et il m’a braqué. Bon, j’me suis quand même dit qu’il n’allait pas nous buter dans sa voiture. Il nous a fait descendre rapidement. Pour la barrière de la langue, j’me débrouillais un peu en anglais. J’avais un pote qui parlait espagnol et qui marquait sur un papier ou un bout de carton que j’étais supporter de Lens et que je me rendais au stade. Ma devise c’est « partout toujours » , je ne peux pas rater un match. Le seul que j’ai loupé en stop, c’était à l’Atlético de Madrid en 2000. On est restés bloqués avec un pote au péage à Barcelone. Pour le reste, j’ai toujours réussi à voir la rencontre. J’y ai consacré une bonne partie de ma vie et je ne regrette pas. À force, j’ai des contacts un peu partout qui peuvent me filer un coup de pouce, m’accueillir.

J’ai réussi 13 grands chelems (assister à l’ensemble des matchs sur une saison, domicile et extérieur confondus, NDLR). Parfois, j’ai enchaîné Milan en milieu de semaine avant d’aller à Bordeaux sans rentrer à Lens. Ou encore Strasbourg puis Munich, Marseille puis Porto. C’était fou. Je ne travaille pas, c’était mon délire, l’aventure, toujours. J’ai été interdit de stade un an pour avoir fait le déplacement à Metz. Nous n’avions pas été autorisés à y aller, mais c’est du grand n’importe quoi. Je devais aller pointer à chaque match, généralement tu rates la première mi-temps à chaque fois. Bref, un an plus tard, l’interdiction s’est arrêtée le 15 janvier 2020. Le 18, j’étais déjà à Guingamp, trajet que j’ai forcément fait en stop. J’ai pu faire les quatre derniers déplacements avant l’arrêt du championnat à cause de la Covid. Et je ne sais pas comment ça va reprendre... Déjà depuis quelques années, c’est plus compliqué avec les routiers. À cause des assurances, ils ne peuvent plus forcément prendre quelqu’un. Avant, ils parlaient à la CiBi, ils passaient un message pour dire qu’il y avait un supporter lensois à amener à tel endroit. Je ne me vois pas non plus faire le stop avec un masque et le gel. L’été dernier, un pote a été à Dijon, il lui a fallu deux jours, c’est devenu très compliqué. Mais ça me manque vraiment de ne pas reprendre la route depuis presque un an. »

#2: Alex

Alex Halls

39 ans, anglais de naissance vivant à York, manager dans une compagnie d’assurance

« Je suis supporter de Lens depuis 1995, plus d’un quart de siècle désormais. Ma mère est française, mon père anglais et mon grand-père était un mineur d’origine polonaise, Boguslaw Orywal. Je passais souvent mes étés et les vacances scolaires en France avec mes grands-parents. Ils habitaient à Grenay, à quelques kilomètres de Lens. En 1997, mon père me propose d’aller à Bollaert, pour l’ouverture de la saison, contre Auxerre. Ce que je ne sais pas à ce moment-là, c’est qu’il s’agira de la saison du titre de champion de France. À l’époque, j’allais quelques fois au stade à Norwich, mais je n’étais pas trop supporter de ce club, nous n’étions pas de cette région à la base, il n’y avait pas de lien identitaire. À Lens, c’était différent, notamment via l’histoire de mon grand-père. J’ai accroché tout de suite, comme ça avait été le cas avec le bassin minier. Dans les mines, il fallait s’aider face à la dureté du métier. Si tu voyais un mineur en difficulté, tu allais l’aider, même si tu savais que tu n’allais pas avoir ton quota de charbon quotidien.

« Ce que tu vis dans ce stade, tu ne le vis pas en Angleterre. » Alex Halls

Quand je rentrais en Angleterre et que j’allais à l’école avec mon maillot de Lens, mes camarades se demandaient ce que c’était comme club. J’avais 16 ans, j’essayais d’aller à Bollaert quand je pouvais, mais c’était compliqué. Les matchs n’étaient pas diffusés chez nous, j’écoutais à la radio sur les grandes ondes. Le soir du titre à Auxerre, la radio captait très difficilement, mais c’était très émouvant. Ensuite, quand j’ai grandi et que j’avais plus d’argent, je faisais en sorte de caler des voyages pour voir la famille et en même temps un match. Depuis 10 ans, je viens voir 3-4 matchs à Bollaert chaque saison. Adolescent, je cherchais un peu ce qui me représente, les valeurs auxquelles j’étais attaché, et Lens était devenu une évidence. Ce que tu vis dans ce stade, tu ne le vis pas en Angleterre. Les gens sont vraiment chaleureux, solidaires. Même si je ne viens pas régulièrement au stade, il y a toujours quelqu’un qui m’aide pour avoir une place dans le kop, quelqu’un qui ne me connaît pas qui va me payer une bière juste parce que je suis un Anglais sympa qui vient voir Lens. Lorsque je vais voir un match en Angleterre, je ne vibre pas. Quand tu vas à l’Emirates pour voir Arsenal, tu t’ennuies. Sur un soir de Ligue des champions contre le Bayern, j’ai vu cinq minutes d’ambiance, ensuite tout le monde était endormi. Un quart d’heure avant la fin du match, ça partait déjà. À Lens, même contre Niort en Ligue 2, tu restes jusqu’au bout.

Le club a connu plus de dix ans de galère, mais les mecs étaient toujours là, à 30 000 en Ligue 2. Si je devais retenir deux joueurs qui m’ont marqué, je dirais d’abord Éric Sikora. Niveau fidélité à un club, on ne peut pas faire mieux. Et ensuite Seydou Keita. Il donnait tout sur le terrain. Je n’oublierai pas ce 3-3 contre Saint-Étienne où on est menés 3-0 à la mi-temps (en 2007, NDLR). Il y avait une telle rage dans son regard, son attitude. L’esprit de Lens était là. Est-ce que Lens est connu en Angleterre ? C’est un nom qui parle tout de même. J’habite pas très loin de Leeds où on se souvient du transfert d’Olivier Dacourt par exemple. Je me suis fait des amis qui sont devenus supporters de Lens et ont lâché leur club anglais parce qu’ils sont tombés amoureux de Bollaert. Même de l’autre côté de la Manche, ce club peut fédérer. »

#3: Laëtitia

Laëtitia Podevin

37 ans, native de Lens, maman de deux enfants, responsable des ventes pour un laboratoire pharmaceutique

« Je suis ce qu’on appelle une amoureuse artésienne. Quand j’étais petite, j’habitais à deux pas de Bollaert. Lorsque je m’endormais, je pouvais entendre les supporters depuis mon lit. Si Lens gagnait, tu entendais tout le monde klaxonner dans les rues. Et puis à 7 ans, j’ai commencé à aller au stade. Mes cousins m’emmenaient dans la tribune Trannin (derrière l’un des buts, NDLR). Je ne regardais quasiment jamais la pelouse, mais la tribune Marek, le kop. J’étais captivée par ces tambours, les trompettes, cette tribune en feu dans laquelle ça gueulait tout le temps. À l’époque, j’étais au collège Michelet à Lens, et le maire de Lens, André Delelis, nous offrait des places pour aller au stade. La municipalité œuvrait beaucoup pour la transmission du supportérisme lensois. Ensuite, j’ai eu des enfants, la vie familiale a fait que j’ai un peu abandonné le stade, et quand mes enfants étaient suffisamment grands, j’ai eu envie d’y retourner. Je me suis dégoté un abonnement en Marek et depuis six ans, je ne loupe plus un match. C’est tellement compliqué d’avoir une place dans cette tribune qu’à partir du moment où on a son siège, on ne veut plus le lâcher.

« Le but de la 96e minute d’Amiens qui nous prive de la montée en Ligue 1, ce n’est toujours pas digéré. C’était horrible. J’étais en tribune ce jour-là et j’ai vu des mecs chialer comme des gosses. Il n’y a pas beaucoup d'endroits où tu vois un gros costaud pleurer pour du foot. » Laëtitia Podevin

La première fois dans le kop, c’était hyper vibrant. Les copains qui m’avaient intégrée m’ont un peu bizuté, j’ai été portée par les supporters pour remonter jusqu’en haut de la tribune. Une belle intronisation. (Rires.) Quand on arrive au stade, c’est l’exutoire, il n’y a pas de classe sociale, pas de politique, pas de religion. On laisse une partie de soi en bas des marches pour ensuite tout donner, lâcher prise pour le Racing. On a une bande de potes avec qui on va toujours au stade, on est une vingtaine. 24 heures de dep’ pour voir une défaite au fin fond de la Bretagne sous la flotte, c’est aussi ça parfois être supporter de Lens. On en a mangé durant des années des sorties à Châteauroux un lundi soir où on se demande parfois ce qu’on fout là. (Rires.) Parfois, on se charriait en parlant du Racing Club de la Lose, tellement les résultats étaient mauvais. Mais c’est à chaque fois un super moment.

Ce qui ressort, c’est toujours l’unité que l’on forme autour du Racing. L’intérêt de tous, c’est de porter ce blason le plus haut possible. On a tous des métiers et des passions différents, mais quand on parle du Racing Club de Lens, on s’y retrouve tous. Malgré les années galère, on a conservé cette ferveur même au fin fond de la Ligue 2. Être supporter de Lens, c’est ne jamais rien lâcher. Être fier d’être lensois, ça signifie quelque chose. Les valeurs du bassin minier sont intrinsèquement liées au club et à Bollaert. C’est la solidarité, le courage. Quand on est supporters lensois, il faut aussi accepter les ascenseurs émotionnels ! Le but de la 96e minute d’Amiens qui nous prive de la montée en Ligue 1, ce n’est toujours pas digéré. C’était horrible. J’étais en tribune ce jour-là et j’ai vu des mecs chialer comme des gosses. Il n’y a pas beaucoup d'endroits où tu vois un gros costaud pleurer pour du foot. Mon meilleur moment en tant que supporter lensoise ? Le 9 mai 1998, le jour du titre en D1. La communion était énorme. Mon beau-père m’avait mise sur le toit d’une bagnole, c’était un carnage dans les rues de Lens. La chance à l’époque, c’est qu’il n’y avait pas de portable. Tout le monde a profité de la fête sans penser à sa story Instagram. On a tous vécu ça à fond. Comme toujours à Lens. »

#4: Dominique

Dominique Carlier

59 ans, retraité de la police, trompettiste dans le kop de Bollaert depuis 30 ans

« Mon grand-père était supporter du LOSC. Il m’emmenait à l’époque au stade Henri-Jooris, du temps de Stanislav Karazi et Christian Coste, durant les années 1970. Un jour, il y avait un match de Coupe de France, un dimanche après-midi, Lille-Lens, sur terrain neutre à Valenciennes. Quand j’ai vu les supporters lensois, je suis tombé sous le charme. C’était le jour et la nuit avec Lille. Il y avait l’ambiance, les couleurs, les chants. À choisir entre Lille et Lens, j’ai dit à mon grand-père que c’était Lens. Il ne m’en a pas voulu. (Rires.) Mais à l’époque, je travaillais beaucoup en région parisienne et j’allais plus au Parc des Princes, parce que je ne pouvais pas rentrer régulièrement à Lens. Heureusement, en 1991, j’ai pu revenir dans la région en faisant construire une maison à Montigny-en-Ostrevent (à 30 kilomètres de Lens, NDLR). Depuis, je n’ai plus loupé un match, toujours dans le kop !

« Des gens me reconnaissent grâce à l’instrument. Au tribunal où je travaille encore parfois, je vois des gens qui vont se faire juger qui disent : "Regarde, c’est le trompettiste de Lens." » Dominique Carlier

La fameuse trompette, je l’ai achetée 2000 francs, il y a une trentaine d’années. Ma femme m’a vu revenir à la maison avec et elle m’a dit : « Mais qu’est-ce que tu vas faire avec ça ? Tu ne connais rien à la trompette. » Je lui ai dit que j’allais apprendre, seul. Je jouais chez moi dans mon garage. Mon grand-père était joueur d’accordéon, j’avais envie de m’initier à un instrument. Avec les tambours et les caisses en tribune, on ne peut pas faire n’importe quoi et celui qui décide du morceau, c’est le trompettiste. Même si on a les capos et que l’on doit aussi s’accorder avec. Les seuls endroits où j’avais vu des trompettistes dans des stades, c’était parfois en Angleterre et au Brésil, mais pas en France. Ce n’est pas évident, hein ! Allez jouer de la trompette pendant deux heures dans un stade, il faut y aller. Ça demande beaucoup d’entraînement. Le rythme, ça vient rapidement, mais le plus important ce sont les lèvres, il faut les travailler un peu. On ne peut pas jouer deux heures de trompette si on ne s’est pas entraîné depuis trois mois. Sachant que je faisais un métier assez risqué et énervant, aller au stade avec ma trompette me permettait de me décontracter. En 30 ans, je ne l’ai jamais oubliée ! Il n’y a qu’une fois à Lille à Grimonprez-Jooris où nous n’avons pas pu entrer avec dans le stade. Tout est resté dans le bus.

L’un des moments les plus marquants restera ce Lens-Marseille en 1992, où j’ai joué de la trompette avec 49 000 personnes dans Bollaert. Et on a gagné (2-1) ! Au stade, j’adore aussi lancer un « Olé » avec la trompette. Mais attention, si tu fais ça et qu’on perd 1-0, on va bien rigoler de moi. Il faut le faire au moment où les gens sont heureux. Ce qui est fou, c’est qu’au quotidien, des gens me reconnaissent grâce à l’instrument. Au tribunal où je travaille encore parfois, je vois des gens qui vont se faire juger qui disent : « Regarde, c’est le trompettiste de Lens. » Dernièrement, j’ai eu une nouvelle trompette, mais elle est vraiment belle et j’évite de la prendre un peu trop à cause des bousculades en tribune. J’espère aussi que j'aurai un successeur lorsque je ne pourrai plus aller au stade. J’ai eu des coups de fil, des personnes qui souhaitent jouer de la trompette avec moi. Plus on est, mieux c’est. Mais il faut être organisé, ne pas couper les chants. Là, ça me dégoûte de regarder un match de foot sans supporters. Vivre Lens, c’est vivre dans la tribune. C’est comme un western sans indiens, ça n’a aucun intérêt. J’espère que les gens auront encore l’habitude d’aller au stade. »

#5: Jean-François

Jean-François Paindavoine

38 ans, commerçant et membre des Red Tigers

« Je n’ai pas vraiment connu les moments de gloire du Racing. En 2002, j’étais salarié dans une animalerie à Calais, où j’avais la responsabilité des stagiaires. L’une d’elles a passé quelques semaines au magasin, et à la fin de son stage, son père, Philippe, a voulu me remercier d’avoir accompagné sa fille, en m’emmenant à Bollaert. Il faisait partie d’une association, les Magic Bollaert. Sur le coup, ça ne m’intéresse pas vraiment. Mes parents n’étaient pas très foot, hormis la Coupe du monde 1998 que j’ai regardé comme tout le monde, je n’avais pas d’accroche avec ce sport. J’étais allé quelques fois à Lens, mais pas au cœur des supporters. Finalement j’accepte, je prends le bus avec l’association et on va à Bollaert. J’ai un déclic monstrueux. Je découvre un autre monde. C’était un spectacle tout du long, que ce soit dans le bus où tu vois tout le monde qui boit un coup, chante jusqu’au stade et l’arrivée en tribunes, où ça bouge dans tous les sens. Tu en prends plein les yeux. Ensuite, j’ai demandé à revenir et au bout de quatre-cinq fois, j’ai fini par m’abonner. C’est là que mon aventure avec Lens est née.

« Les règles du foot ce n’est pas ma priorité, je ne connais pas tout l’effectif de Lens, mais j’ai l’impression de faire partie d’une famille. » Jean-François Paindavoine

C’était aussi l’époque où on jouait encore l’Europe. Je me souviens d’un déplacement à Heerenveen aux Pays-Bas, ça marque. Et puis entrer dans la Marek, c’est un truc de psychopathe. Avec le boulot, tu as des soucis, parfois avec ta famille aussi, mais dès que tu montes les escaliers de cette tribune, c’est une délivrance le temps d’une soirée. Presque 20 ans après cette invitation, je suis président d’une association qui emmène plusieurs dizaines de mecs à chaque match à Lens et je ne peux pas louper une rencontre. Je ne vais pas dire que le foot je m’en fous, mais c’est presque ça. Les règles du foot ce n’est pas ma priorité, je ne connais pas tout l’effectif de Lens, mais j’ai l’impression de faire partie d’une famille. Se retrouver toutes les deux semaines, monter dans le bus, puis commencer à entendre le kop vibrer, c’est unique. Que le match soit bien ou nul, on s’en fout. Si j’arrive et que le match a déjà débuté depuis dix minutes, ce n’est pas grave, tu retrouves tes potes, tu salues tout le monde pendant 15 minutes, tu te trouves une petite place dans la tribune et tu prends un drapeau pour l’agiter autant que possible.

Le mieux aussi, c’est de partir en dep’. À chaque fois, j’ai l’impression d’aller en vacances. Au dernier moment, il y a toujours un mec qui se rajoute, un autre qui annule et le J9 peut se transformer en J12. (Rires.) On a déjà mis des chaises en plastique à l’arrière du J9 pour que les mecs soient assis. Combien de fois on a fait un barbeuc’ sur une aire d’autoroute en plein hiver. Est-ce que j’aurais pu accrocher avec un autre club ? Je ne pense pas. Si on m’avait amené à Lille, Dunkerque ou Amiens, ça n’aurait pas été pareil. Dans la région, personne ne peut nous concurrencer niveau supporters. Je serai éternellement reconnaissant envers cette personne qui m’a amené à Bollaert, même si ça m’a coûté pas mal d’argent et de soirées en famille. (Rires.) J’ai même deux tatouages du Racing sur la peau maintenant. J’espère en tout cas que lorsque l’on retrouvera le stade, tout le monde sera encore là. Ça va faire un an qu’on n’a pas connu un stade plein, j’ai peur que certains, moins motivés que moi, se soient trouvé une autre passion depuis, que leur vie de famille ait changé. Mais ce qui est sûr, c’est que lorsque les joueurs vont nous retrouver, ils auront sûrement peur tellement l’ambiance sera folle. »
Propos recueillis par Florent Caffery Épisode 1 : Toulouse
Épisode 2 : Reims
Épisode 3 : Nantes
Épisode 4 : Marseille

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