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Randy Nteka : « Avec Falcao, j’ai un très bon professeur ! »

Recrue offensive du Rayo Vallecano promu en Liga, Randy Nteka se fait à 23 ans un nom en Espagne où il a posé ses valises en 2017. Intégré au plus haut niveau national, le Parisien de naissance a zappé la case centre de formation et a dû sacrément batailler pour se faire une place au soleil. Entretien avec un repris de justesse.

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Cinq ans après ton départ pour l’Espagne, tu te retrouves à affronter le Real Madrid au Santiago-Bernabéu en tant que sixième au classement de Liga. Quand tu étais à Draveil dans ton 91, tu envisageais de pouvoir vivre ça ?
Je vais t’avouer un truc : à un moment, je voulais arrêter le foot. J'avais 19 ans, et à chaque fois que je m'éloignais de chez moi pour tenter de faire quelque chose dans le foot, il y avait un problème. Pourtant, j’avais toujours cette petite voix au fond de ma tête qui me disait : « Tu vas devenir footballeur professionnel. » Maintenant que j'y suis, je ne me mets pas de pression avant le match, je suis même pressé d’y être. Une fois le match lancé, ça va partir. Tout ce chemin parcouru, c’est pour ça...

Ce chemin, il commence de manière chaotique dans plusieurs clubs franciliens et picards. Pourquoi n'as-tu pas réussi à te fixer là-bas ?
En vérité, le foot, ça devait se passer à côté de ma maison. Au départ, j'ai joué à Ris-Orangis avec Allan Saint-Maximin. C'est un bon souvenir. Plus grand, je pars à l'US Roye-Noyon, en DH, mais malheureusement ça ne se passe pas comme prévu. Je reviens à Montgeron où j’étais déjà passé plus jeune. C'est là que je me dis carrément que je veux arrêter le foot, même si nous avions fait une bonne saison. Je rentre à Draveil, je traîne avec mes amis au quartier, mais je ne dois pas rester à ne rien faire. Je décide donc d'aller à Linas-Montlhéry, en deuxième année U19, et le coach me dit que je ferai partie de l’équipe première en DSR (septième échelon national, NDLR). Mais personnellement, je ne croyais pas en ses paroles. Et puis, je n’avais pas de voiture, j’avais le foot avec mes potes pas loin de chez moi et j’ai choisi de rester en Excellence. Prendre le train puis le bus et devoir rentrer tard le soir, ça me prenait la tête.

« Quand j’y repense, si je disais vouloir arrêter le foot, c’était un moyen de me protéger, une manière d’éviter d’entendre les phrases du type : "Mais t’as 19 ans, le train est déjà passé !" »

Au point d'être prêt à tout abonner ?
Tous les clubs de bon niveau étaient loin, j’avais au minimum deux heures de trajet. À 14 ans, j’ai fait le CFFP (Centre de formation de football de Paris, NDLR), mais ce n’est pas passé à cause de l’école. Il y avait toujours des galères. Quand j’y repense, si je disais vouloir arrêter, c’était un moyen de me protéger, une manière d’éviter d’entendre les phrases du type : « Mais t’as 19 ans, le train est déjà passé ! »

Tu t’es senti perdu ?
Je ne voulais pas forcer les choses, j’étais dans un confort. J’avais décidé de prendre du plaisir à jouer avec mes potes, mais dans le fond, je n’avançais pas. À Draveil, c’est comme dans tous les quartiers : on est dehors, on ne sait pas ce qu’on va faire. C’est dangereux de se mettre là-dedans, parce que tu peux mal tourner. C’est arrivé à des potes, mais ça aurait très bien pu m’arriver. Et à part le football, je ne voyais pas d’autre issue.



À cet instant, qu'est-ce qui te permet de garder un lien avec le foot de club et de haut niveau ?
Déjà, je suis mis en contrat civique à Montgeron où j’entraînais les plus jeunes. C’était un salaire pour gérer une équipe, ça me laissait dans la vie active. Sinon... on regardait le PSG ! Je n’allais pas au stade, mais les soirs de PSG-OM ou de Ligue des champions, c’était la grosse ambiance dans la pizzeria du quartier. À l’époque, certains me disaient : « Si tu avais été plus sérieux, t’aurais pu y aller... » Ce que j’aimais voir, c’étaient les Français qui partaient réussir à l’étranger. Les débuts de Pogba à la Juve, c’était incroyable. Pareil pour N’Golo Kanté à Leicester. Intérieurement, je me disais que c’était possible de percer à l’étranger sans être reconnu en France.

« Quand tu fais tes bagages pour changer de pays et si ça ne marche pas, tu ne peux pas rentrer le lendemain. Mais de toute manière, qu’est-ce que j’avais à perdre ? »

C'est cette direction que tu as suivie. Le déclic, c’est un ancien coéquipier qui te met contact avec un agent pour aller tenter ta chance à Madrid, au Rayo Vallecano. Comment se décide-t-on à partir aussi jeune à l'étranger quand on a déjà du mal à jouer dans le département d'à côté ?
Quand j’en ai parlé à ma mère pour la première fois, elle ne voulait pas que j’y aille parce que c’était impossible. Je suis allé voir mon père, il a appelé l’agent et il m’a dit : « Vas-y mon fils, c’est le moment. Demain, tu vas partir. » J’étais choqué. L’agent avait demandé à ce que je sois présent sur place, c’était le mieux pour mon avenir. Personnellement, je connaissais déjà quelqu’un là-bas, mais je flippais. Quand tu fais tes bagages pour changer de pays et si ça ne marche pas, tu ne peux pas rentrer le lendemain. Mais de toute manière, qu’est-ce que j’avais à perdre ? À part entraîner les jeunes, je ne faisais rien d’autre. Et dans la tête de mon père, c’était le début de quelque chose. Il était convaincu que j’allais réussir.

Comment ça se passe, tes premiers jours en Espagne ?
D’après l’agent, le Rayo était prêt à me loger et me nourrir pendant une semaine dans leur centre de formation. Finalement, avec mon ami, on passe toute la semaine chez l’agent. Je passe des tests, ça se passe bien, et je termine en réserve du Rayo Vallecano. Mais là, le club me dit que la période des transferts est terminée. Je dois trouver une solution et je me retrouve à jouer pour le Betis San Isidro, en cinquième division. Au lieu d'une semaine, je me retrouve à faire six mois dans un pays étranger.

« Quand tu es jeune, tu mets de l’argent dans les loisirs. Là, je n’avais rien, même pas Internet. Tout partait dans les courses : les pâtes, le riz, la viande, l’arôme Maggi et la sauce tomate. »

Pendant ces six mois, tu travailles en parallèle en tant que gardien de stade, où tu t’occupes de nettoyer les vestiaires. Comment est-ce que tu vivais ces journées ?
C’était vraiment très dur. Je m’accrochais parce que j’avais eu un contact avec un club professionnel, et les responsables du recrutement m’avaient dit que si ma saison était bonne, je reviendrais. Pour me remonter le moral, mon père me disait tous les jours : « Regarde Griezmann, personne n’avait détecté son talent en France et il a réussi en Espagne, tu vas réussir ! Tu vas t’arrêter maintenant, alors que tu as déjà fait la moitié du chemin ? Non, tu es un homme maintenant. » Heureusement, j’étais dans un petit appartement avec deux gars de mon quartier. Mais globalement, j’ai compris la vie d’adulte, le fait de travailler pour payer ton loyer. Je ne gagnais pas suffisamment pour me faire plaisir. Quand tu es jeune, tu mets de l’argent dans les loisirs. Là, je n’avais rien, même pas Internet. Tout partait dans les courses : les pâtes, le riz, la viande, l’arôme Maggi et la sauce tomate. Il fallait que ça tienne tout le mois. Le reste, c’était le foot. Avec le recul, cette période m’a aidé à avoir la dalle.



Tu as finalement rejoint le Rayo Vallecano, où tu as frôlé le licenciement...
Après une semaine de présaison avec le Rayo B, je me blesse. Sauf que je n’étais pas habitué aux clubs professionnels, donc j’ai envoyé un message au coach et j’ai commencé à me soigner chez moi avec une poche de glace sortie du frigo. Trois jours plus tard, mon agent m’appelle et me dit : « Mais qu’est-ce que tu fous ? Les kinés t’attendent depuis trois jours pour les soins ! » Là-bas, il y avait tout pour réussir : des bains, des tables de massage... J’étais trop habitué aux divisions inférieures, je ne connaissais pas tout ça ! (Rires.) Il a fallu leur expliquer, et c’est rentré dans l’ordre.

« En U17, j’allumais la Play et je jouais avec Falcao attaquant de pointe en mode carrière. Aujourd’hui, on joue ensemble. Un truc de fou ! »

Tu as dû partir à Fuenlabrada pour devenir pro et disputer ton premier match de D2 en août 2019, mais, ironie de l'histoire, tu as été recruté par le Rayo Vallecano cet été pour renforcer le secteur offensif, tout comme un certain Radamel Falcao. Ça fait quoi de côtoyer El Tigre quotidiennement à l’entraînement ?
J’ai un très bon professeur ! (Rires.) Quand j’ai compris qu’il arrivait, je n’y croyais pas. En U17, j’allumais la Play et je jouais avec Falcao attaquant de pointe en mode carrière. Aujourd’hui, on joue ensemble. Un truc de fou ! Je me suis fait des films avant de le rencontrer, je me demandais s’il avait la grosse tête. Et en fait, pas du tout ! C’est un mec calme, humble, une belle personne. Et sur le terrain, c’est un tueur. Dans ses mouvements, tu sens qu’il est toujours dans le contrôle et concentré à 100%. Il ne sait pas quand le ballon va arriver, mais avant qu’il arrive, il sait déjà ce qu’il doit faire. C’est fascinant. Même en match, je le regarde souvent. Il ne se déplace pas beaucoup, mais dès qu’il accélère, c’est pour faire mal. J’essaie de m’en inspirer parce que je suis milieu de terrain de base et je gaspille encore trop d’énergie, ça me fait perdre en lucidité face au but.

Tu es en quelque sorte sa doublure. Quelle relation avez-vous ?
En tant que footballeur, c’est difficile d’accepter d’être sur le banc parce que tu as envie de jouer, surtout quand tu fais de très bons entraînements. Falcao doit sentir que je suis déçu, mais il a toujours un mot sympa avant chaque match : « Garde la tête haute, entre et casse tout ! » Il pourrait ne rien me dire, nous sommes concurrents au poste, et certains ne rigolent pas avec ça. Mais non, il sait que je vais le remplacer. Et il me prend toujours à part, il ne le dit pas devant tout le vestiaire pour faire genre. Finalement, c’est comme si j’étais son petit. J'apprécie son côté humain.



« J’ai eu l’impression que les Barcelonais baissaient vite les bras. Dès qu’on a marqué, ils se sont mis à attaquer en oubliant de défendre. »

Récemment, vous avez battu le FC Barcelone à domicile grâce à un but de Falcao (1-0). Qu’as-tu pensé de ce Barça ?
Le Barça est un des plus grands clubs au monde, mais, aujourd’hui, tu les sens en difficulté. Si tu veux gagner contre le Barça un jour, c’est maintenant que tu peux les taper ! Si ça se trouve, en phase retour, ils vont rafaler tout le monde. Quand tu vois la qualité individuelle de Coutinho ou Memphis, c’est fort. Mais le truc, c’est qu’ils cherchent encore le bon équilibre. Je ne suis pas entraîneur, mais on sent qu’il manque un truc. Et puis sans te mentir, j’ai eu l’impression qu’ils baissaient vite les bras. Dès qu’on a marqué, ils se sont mis à attaquer en oubliant de défendre. Quand je suis entré, je me suis dit que j’avais grave la place pour mettre un but. Comment je peux entrer en jeu contre Barcelone et dire ça ? En temps normal, tu essaies juste de défendre comme tu peux. Collectivement, je ne les mets pas dans les meilleures équipes que j’ai affrontées en Liga jusqu’à maintenant.

Mercredi soir, tu étais devant ta télé pour voir Karim Benzema inscrire le millième but du Real en Coupe d'Europe et tu vas le croiser ce samedi. Il représente quoi pour toi, ce joueur ?
Il est beaucoup trop fort, il m’impressionne de plus en plus chaque année. J’aimerais bien avoir sa force mentale et son intelligence de jeu. Benzema peut être au début et à la fin d’une action, à la création et à la finition.

Tu lui donnerais le Ballon d’or ?
(Direct.) Ouais, fort ! Il le mérite. Avec la saison qu’il fait au Real et le trophée gagné avec la France en Ligue des nations, je lui donnerais. Lewandowski est grand aussi, mais je le donne à Benzema.

Tu as 23 ans, ta carrière professionnelle est en plein essor. Quel est l’objectif personnel qui te tient à cœur et que tu n’as pas encore accompli ?
Continuer plusieurs années en première division, le plus longtemps possible. Quand on me demandait mon rêve de footballeur, c’était ça que je voulais. Je viens d’arriver en Liga et je veux qu’on retienne mon nom pour être une référence dans un des meilleurs championnats du monde.

Propos recueillis par Antoine Donnarieix