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Pourquoi Håland n'aurait pas dû signer à Dortmund

Erling Braut Håland avait toute l'Europe à ses pieds. Mais le 29 décembre dernier, plutôt que de rejoindre Liverpool ou la Juventus, la bête de foire norvégienne a choisi de dire oui au Borussia Dortmund. Une erreur de jeunesse compréhensible : suite de carrière logique et linéaire, acclimatation en douceur à un club de calibre européen, garantie de temps de jeu en apparence... Mais maintenant qu'il commence à planter des buts tous les dix minutes en Bundesliga, avec notamment un nouveau doublé contre Cologne, le teenager se rend compte de sa bêtise : au Borussia, Håland ne fait rien d'autre que se complaire dans le confort et perdre son temps.

« Quel choix intelligent de rejoindre le Borussia, on voit qu'il ne veut pas se brûler les ailes et qu'il veut franchir les étapes palier par palier. » Bla, bla, bla... Nombreux ont été ceux qui ont fait l'éloge de la décision d'Erling Braut Håland de rallier le Borussia Dortmund plutôt qu'un mastodonte européen, ces dernières semaines. Mais ces laudateurs ont visiblement oublié leurs cours d'ontologie : pourquoi sont-ils devenus fans de ce jeune char d'assaut norvégien ? Parce qu'il est beaucoup trop fort, qu'il brille beaucoup trop tôt et qu'il va beaucoup trop vite.


Dès lors, pourquoi diable se congratulent-ils du choix de leur poulain de faire halte au Borussia, club qui n'a plus dépassé les quarts de C1 depuis la saison 2013-2014 et qui reste dans l'ombre du Bayern sur la scène nationale ? Un manque d'ambition : voilà ce dont a fait preuve le natif de Leeds.

Bundesliga autrichienne > Bundesliga allemande


Inutile de rappeler les faits, Håland est actuellement l'un des avants-centres les plus prolifiques du Vieux Continent à seulement 19 piges. 24 matchs cette saison, 33 buts. Six matchs de C1, huit buts. Soixante minutes de Bundesliga en deux entrées - après celle contre Cologne ce vendredi, synonyme de doublé -, cinq buts (soit un toutes les... douze minutes de jeu). Et qu'on ne vienne pas ressasser l'argument de la faiblesse du championnat autrichien : la Bundesliga locale est loin d'être la compétition minuscule et ouverte aux quatre vents que certains aimeraient bien faire croire. La preuve par la voix de Xaver Schlager, qui a rejoint Wolfsburg début janvier en provenance de Salzbourg : « Lors de mon premier match contre Cologne, j'ai eu une quantité incroyable d'espace au milieu comme je n'en ai jamais eu en Autriche. Là-bas, tout le monde court et se bat au milieu » , confiait-il à Sportbild. De plus, Håland a déjà prouvé qu'il ne craignait même pas les (très) gros en marquant contre Liverpool (une fois) ou Naples (trois fois) en C1. Alors, encore une fois : que vient-il faire dans un championnat où les arrière-gardes défendent à peine mieux (si ce n'est moins bien) qu'en Autriche ?


Un rapide coup d’œil aux cinq pions en Bundesliga du Norvégien suffit à confirmer le sentiment de Schlager, et affirmer la chose suivante : Håland ne va pas seulement être freiné dans sa progression en Bundesliga, il va en plus tomber dans la facilité. Soit s'habituer à traverser les défenses comme un couteau dans du beurre, ne pas apprendre la manière dont on triomphe d'équipes dotées d'une vraie culture défensive et oublier ses réflexes d'attaquant pour contourner des blocs bas et regroupés. Face à Augbsurg (5-3) et Cologne (5-1), le tank blond n'a souvent eu besoin que d'un appel pour se retrouver nez à nez avec le gardien adverse. Pas si illogique, finalement. Car ce n'est pas un secret : la Bundesliga semble en déclin depuis 2013-2014, et les jeunes pépites arrivées pour la revigorer occupent surtout des postes offensifs, tandis que les mêmes sans-grades continuent de vivoter dans les lignes arrière.

Des modèles introuvables


Si l'argument de la progression par étapes est recevable pour n'importe quelle jeune pousse, il l'est beaucoup moins pour Håland. Et pour cause : à 19 ans, l'ancien de Molde n'est pas un vulgaire Houssem Aouar, toujours tranquillement au chaud dans son cocon respectif. Depuis longtemps et contrairement au Lyonnais, Håland a déjà fait le choix de partir très tôt à l'étranger. « J'ai dû moi-même être déterminé pour arriver à faire carrière. Mais Erling a fait tous les sacrifices, en partant de la maison à seize ans, et il est beaucoup plus professionnel que je ne l'ai jamais été » , expliquait son père à ESPN. En clair, le gamin possède une maturité exemplaire et a déjà compris tout ce que la vie de footballeur pro implique comme concessions, mais il a surtout déjà connu la difficulté et l'échec. À savoir six premiers mois laborieux, à Molde et à Salzbourg. Où il a appris à affronter ses doutes, à les surmonter et à s'adapter à une nouvelle culture. L'Allemagne (environnement germanophone, absence de choc culturel) et le Borussia (club sain, où il sera choyé par un organigramme fait maison et par 80 000 supporters sous le charme) constituent ainsi le choix de la facilité, alors que la suite logique à ce parcours déjà sinueux aurait été de franchir un cap supplémentaire dans la difficulté. La bonne option aurait été de se tester dans un environnement autrement plus hostile et exigeant, en somme.


Un choix judicieux qu'a par exemple fait Matthijs de Ligt, en débarquant à la Juventus. L'ancien capitaine de l'Ajax, à qui on peinait à déceler des défauts la saison dernière, a vu sa petite tour d'ivoire se briser en seulement quelques mois à Turin. En rejoignant ce qui se fait de mieux au niveau de la culture défensive, le Néerlandais s'est vu rappeler tous ses défauts. Mais il en a aussi découvert un paquet, et mesuré tout le chemin qu'il lui restait à parcourir. Cet apprentissage à la dure, Håland a donc décidé de s'en passer... Comme d'un autre élément cardinal : l'apprentissage aux côtés des références du poste. Là où De Ligt en apprend tous les jours aux côtés de Giorgio Chiellini et Leonardo Bonucci, Håland devra se contenter de Marco Reus et Mario Götze... qui comptent respectivement 32 et 66 matchs pros au poste d'avant-centre ! En vérité, c'est auprès de Roberto Firmino ou Gonzalo Higuaín que le protégé d'Ole Gunnar Solskjær aurait dû se gaver de conseils. En jouant les simples remplaçants ? Certes, mais Håland l'est aussi de facto à Dortmund où l'on voit mal Lucien Favre placer la légende du club Marco Reus, ses dix pions et ses six passes décisives cette saison sur le banc. Associer les deux, alors ? Une bonne idée qui tombe mal, le Suisse ayant été contraint d'installer un 3-4-3 pour sauvegarder l'équilibre de son équipe... en même temps que son poste d'entraîneur. Chez les Schwarzgelben, Håland va donc sûrement perdre la seule chose qui lui fait peur : du temps.

Par Douglas de Graaf
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