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Le nouveau monde des Spurs

Après avoir dit au revoir à 118 ans d'histoire avec White Hart Lane au printemps dernier, Tottenham s'apprête à retrouver son public dimanche face à Chelsea, mais à Wembley. Un endroit qui hante pour le moment l'histoire des Spurs.

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Ça prend aux tripes. Est-ce ce mélange d’odeur d’oignons grillés qui sort des camions et de cigarettes ? Est-ce plutôt ces effluves de pintes qui attrapent le nez au fil de la route qui mène de la station White Hart Lane – ou Seven Sisters pour les plus armés – à l’emplacement 748 de High Road ? Ou est-ce finalement les souvenirs qui s’y mêlent, de Gascoigne qui monte sur le toit du stade pour allumer des pigeons avec une carabine à air comprimé empruntée au jardinier du club aux jambes croisées par Jayne Mansfield un jour de match contre Wolverhampton ? Comme d’une vieille maison de famille coincée au bord de la mer, chacun gardera le souvenir qu’il souhaite de White Hart Lane. Là, il y a David Ginola qui évoque « des souvenirs dévorés par le progrès » et qui se dessine encore les coins, « mes coins, le long de la ligne de touche, pour les regards, la complicité avec les supporters des premiers rangs. Ici, quand ils aiment, ils t’aiment. Et pour moi, c’était il y a vingt ans, put... » Ici, il y a l’ancien sélectionneur national, Terry Venables, qui aura entraîné Tottenham de 1987 à 1993 et qui résume l’endroit à ces journées « où l’on se tenait debout derrière les buts et où on faisait passer les enfants devant pour qu’ils voient » . Puis, c’est au tour de Maurico Pochettino de se lever : « Les fans sont tellement proches de la pelouse que nous avons tout partagé, chaque passe, chaque tacle, chaque but... Ce qui me manquera, c’est l’âme et l’odeur de White Hart Lane. C’est une émotion difficile à décrire. »

Le 14 mai 2017 restera à jamais le premier jour du reste de l’histoire de Tottenham. Comme on change d’époque, de monde, de siècle, les supporters des Spurs, comme ceux d’Arsenal ou de West Ham avant eux, ont donc vu les démolisseuses danser devant leurs yeux en plein printemps. C’est un déchirement, mais aussi une promesse, car Tottenham grandit et ne pouvait plus se laisser marcher sur les pattes. Un chiffre a éveillé la conscience nostalgique des anciens : lors de la saison 2015-2016, les recettes de jour de match avaient atteint les 140 millions d’euros à Old Trafford là où White Hart Lane n’en affichait « que » 50. L’équilibre devait logiquement être repensé, et la solution d’un nouveau stade de 62 000 places, dans la même rue, estimé à un milliard d’euros – il pourrait être financé grâce à un naming – a vite débarqué sur la table. Et ce, malgré un exil nécessaire d’un an à Wembley et l’obligation de trouver une cachette pour les cendres de Bill Nicholson enterrées depuis 2004 sous la pelouse.

L’autre galaxie


La réception de Chelsea dimanche va donc ouvrir le premier tome des nouvelles aventures de Tottenham, mais aussi réveiller les angoisses du passé des Spurs avec Wembley, temple maudit des clubs anglais depuis 1968 et la victoire de Manchester United en finale de C1. Les chiffres sont clairs : depuis l’ouverture du nouveau Wembley en 2007, Tottenham y a disputé dix rencontres et s’est fait balayer sept fois, dont trois défaites l’an passé – en demi-finale de FA Cup face à Chelsea (2-4) et en Ligue des champions, contre Monaco (1-2) et le Bayer Leverkusen (0-1). « Je refuse de parler de malédiction » , a tranché Pochettino en conférence de presse cette semaine, décrivant Wembley comme « le plus bel endroit pour jouer au foot » . Deuxième salve : « J’ai joué à l’ancien Wembley avec l’Argentine en 2000, c’était un rêve qui se réalisait. Quand j’étais petit, ce stade était un peu comme la lune pour moi, ou un endroit extrait d’une autre galaxie. »


Une galaxie que Tottenham va également devoir apprendre à maîtriser en matière de style. Un détail qui ne peut en être totalement un : l’an passé, les deux plus petites pelouses de Premier League étaient celles de Stamford Bridge et de White Hart Lane. Soit celles du champion et de son dauphin. Un plus petit terrain favorise un jeu plus direct, un pressing plus intense et Wembley est un autre monde : 105 mètres sur 69, là où White Hart Lane entourait un terrain de 100 mètres sur 67. Résultat, Pochettino entraîne désormais sa troupe sur une pelouse aux dimensions identiques à celles de Wembley. Un détail qui s’ajoute à un autre : le traumatisme du déménagement, tant il est difficile de s’approprier un stade, d’autant plus quand c’est le théâtre national. Voir Chelsea, bousculé par une rentrée cauchemardesque, est donc un test majeur, et ce, alors que Tottenham a enfin lancé son mercato cette semaine avec l’arrivée du défenseur de l’Ajax Davinson Sánchez, et que Juan Foyth (Estudiantes) pourrait suivre. Que du positif donc ? « Oui, répond Pochettino. De toute façon, quoi qu’il se passe, je ne trouverai pas d’excuse. C’est aussi un test mental. » C’est parti.

Par Maxime Brigand
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