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Benoît Millot : « Être arbitre, ça compte sur un CV ! »

Critiqué, harcelé, ringardisé, insulté. À y réfléchir, on peut se demander ce qui pousse un arbitre à se lever tous les dimanches pour permettre à des joueurs amateurs de disputer leur petit match de district. S’il arrive à haut niveau, l’homme en noir en a souvent connu des vertes et des pas mûres. Il est utile de rappeler qu’arbitrer, c’est sortir de sa zone de confort et aimer le football au point d’en devenir l’humble serviteur. Benoît Millot, arbitre international, nous parle de son métier, une école de la vie.

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Qu’est-ce qu’un bon arbitre ?
Il doit avoir une certaine lecture du football qui lui permette de laisser vivre le jeu quand c’est possible et sanctionner lorsque c’est nécessaire. Il doit être au service du jeu, aller dans le sens du spectacle, de l’attractivité de nos compétitions professionnelles. On souhaite qu’elles redeviennent compétitives. Cette année, il y a quand même une volonté de la plupart des clubs de jouer davantage. Les arbitres essaient de se mettre au diapason. On essaie d’éviter de siffler des micro-fautes lorsqu'il y a des duels. Deuxième chose, un arbitre doit être un athlète de haut niveau. Le football va de plus en plus vite. On travaille davantage et de façon plus structurée grâce notamment à des mises en situation d’entraînement à Clairefontaine, le centre technique. On se rassemble très fréquemment. Ça nous permet de nous rapprocher au maximum des situations de match pour être le plus réactifs et le mieux préparés possible. Dernière chose, il faut être un bon communiquant.

Un arbitre doit associer respect, règlement et humanité, tout en imprégnant son arbitrage de sa personnalité.
Chacun a la sienne, même si certaines choses ont tendance à s’uniformiser dans l’arbitrage. Certaines décisions et postures sont attendues. L’un des axes qui commence à émerger, notamment avec les arbitres qui viennent d’arriver en première division, est tout ce qui touche à la communication. Le côté arbitre un peu gendarme ou policier, c’est complètement décalé avec le football d’aujourd’hui. Être communicant, c’est être capable d’expliquer ses décisions sans se justifier en permanence, sans être trop dans un rapport conflictuel. Le côté un peu martial « c’est comme ça et pas autrement » , aujourd’hui sur les terrains de foot ou dans la société, ça n’existe plus.


La dernière star de l’arbitrage était l’Italien Pierre Luigi Collina, un vrai gendarme.
Cette forte personnalité, cette façon d’imposer ce regard, cette posture, étaient ancrées en lui. Si vous voyez un mur habillé en arbitre pour prendre les décisions et ne pas se mettre au contact des acteurs du foot, on se dit : « c’est quoi ce mec ! Il est trop strict, trop sévère, il ne s’explique pas, il est fermé. » Aujourd’hui, on est plus dans des approches d’ouverture, et cette démarche est encore plus palpable en dehors des terrains. On propose aux capitaines et présidents d’avoir un échange à la fin d’une rencontre. Nos portes de vestiaires ont vocation à s’ouvrir si c’est demandé convenablement et si ça amène un échange et une discussion. C’est pour ça qu’il faut savoir être un communiquant. Il faut avoir des choses à dire et être capable de les expliquer.

« J’ai 35 ans, j’ai commencé l’arbitrage à quinze ans. Par rapport à mes potes qui étaient joueurs, je me suis vite rendu compte que j’ai mûri, acquis un sens des responsabilités, appris à gérer des situations conflictuelles dans la vie de tous les jours. »

La complexité d’exercer le métier d’arbitre fait penser à celle des profs. Il faut se faire respecter tout en étant gentil, cool, souriant, avenant. À l’époque de Collina, on appliquait simplement le règlement.
Sur le principe, c’est compliqué et dans la réalité encore plus. Les portes des vestiaires peuvent s’ouvrir pour une explication, mais il ne faut pas omettre le fait que lorsqu'on sort d’un match, avec la débauche d’énergie physique et mentale, être en plus capable de venir expliquer tranquillement et dans la plupart des cas, sans avoir vu aucune image, est compliqué. Surtout que ceux qui viennent réclamer des explications ont souvent eu l’occasion de les voir. On est sur un fil. Bien sûr que ce n’est pas toujours évident et qu’il y a des week-ends compliqués, je ne vais pas vous raconter d’histoires. Mais l’objectif est de nous rapprocher des acteurs de terrain, qu’ils n’aient pas l’impression que nous sommes dans une bulle, ce qui peut-être, à une certaine époque, était un peu trop le cas et nous mettait peut-être un peu de côté dans la famille du football. Être arbitre, ce n’est pas simple par définition.


Pour un jeune, il est difficile d’assumer son désir de devenir arbitre. On le taxe souvent de ringard. Quels avantages, quelle fierté peut-on tirer de cet exercice ?
Pour l’avoir vécu, et je sais que beaucoup d’arbitres le vivent un jour ou l’autre, le gros avantage de l’arbitrage, notamment pour ceux qui commencent jeune, de quinze à dix-huit ans, c’est que vous gagnez une dimension dans la vie qui n’est pas inutile. Vous apprenez à gérer les conflits et ça vous donne une bien plus grande maturité. Et ce n’est pas du flanc. J’ai 35 ans, j’ai commencé l’arbitrage à quinze ans. Par rapport à mes potes qui étaient joueurs, je me suis vite rendu compte que j’ai mûri, acquis un sens des responsabilités, appris à gérer des situations conflictuelles dans la vie de tous les jours. Quand on cherche des stages, ou son premier emploi, avoir ça sur un CV, être arbitre a de la valeur. Être joueur de foot, c’est super, il n’y a pas de problème : je vais chez Décathlon, je m’achète l’équipement complet, je paye ma licence et je passe chez le médecin. En revanche, être arbitre, l’air de rien, ça veut dire chaque année réactualiser sa connaissance des lois du jeu, passer des tests théoriques, être observé et noté à chaque match par des observateurs. Ça demande une remise en question personnelle. Ramené à la vie de tous les jours, à l’adolescence ou en tant que jeune adulte, ça permet de prendre du recul sur les événements et ça donne une certaine maturité que pas mal de jeunes n’ont pas toujours. Quand on est jeune, on est souvent insouciant, on n’a pas forcément le sens des responsabilités.


Comment être à la fois respecté et apprécié par les joueurs ?
Le respect, ça se gagne. En revanche, être apprécié... si vous faites de l’arbitrage au départ en pensant être forcément apprécié, vous pouvez rencontrer certaines désillusions. On ne fait pas forcément l’unanimité, on ne peut pas plaire à tout le monde. Ce n’est pas comme lorsqu'on est un grand joueur et que la terre entière vous ovationne. Le meilleur moyen pour un arbitre d’être légitimé, c’est d’être performant sur le terrain. Et la dimension d’appréciation vis-à-vis des acteurs du foot se gagne dans la capacité à être capable de reconnaître ses erreurs sans pour autant s’auto-flageller.

« Quel que soit le niveau, il faut de plus en plus maîtriser l’engagement des joueurs, leur frustration, leur nervosité, leurs attitudes, les prises à partie avec les supporters... le challenge humain est peut-être même plus important que les décisions techniques. »

Comment doit réagir un arbitre qui accorde un penalty et qui se rend compte un peu après qu’il s’est trompé ? Comment ne pas gamberger ? Comment ne pas avoir envie de réparer cette erreur ?
Des erreurs, tout le monde en commet. Mais la force mentale, c’est d’être parfois capable de les reconnaître, mais surtout d’être capable de les évacuer. Parce que sur un terrain de foot, qui n’a pas de doutes ? Tout le monde en a. Ce n’est pas parce que vous avez commis une erreur qu’elle va se compenser si vous en faites une autre. Au niveau amateur, il faut que les arbitres aient une certaine force mentale. Les contextes de match sont parfois difficiles selon les coins de France. On le sait tous. Quand on arrive à haut niveau, c’est qu’on est par définition passé par les divisions inférieures. On a parfois la chance d’être suivi par un préparateur mental. Il n’aide pas en matière de niveau technique, mais réussir à évacuer, relativiser, ça peut se travailler. Les joueurs ont ce même genre d’approche. Pour un arbitre amateur, les contextes de match dans lesquels ils sont parfois impliqués sont difficiles. Je suis issu de la région parisienne. Parfois, je me suis retrouvé confronté à certains contextes de match... Évidemment, ce n’est pas une pression de millions d’euros, de Coupe d'Europe, mais c’était la ville X contre la ville Y, avec des problématiques de violence, de banlieue. L’arbitre est un homme ou une femme faillible. Évacuer, c’est le plus difficile, mais il faut être capable de le faire.

L’arbitre doit donc se construire une carapace.
Une carapace et parfois une armure. On n’a pas toujours réponse à tout. Le formaliser par les mots, ce n’est pas forcément facile. Ceux qui viennent à l’arbitrage doivent avoir conscience que c’est un challenge qui n’est pas évident, facile. Souvent, dans les districts, quand un arbitre a eu une rencontre difficile, qu’il a été frappé, voire insulté, un accompagnement sur les matchs se fait le temps de revenir à la compétition. Différentes personnes de la commission d’arbitrage l’accompagnent physiquement sur ses matchs de retour pour l’assister, l’appuyer d’un point de vue humain et mental afin qu’il puisse se relancer. Il ne faut ni se décourager ni perdre la passion. Quel que soit le niveau, il faut de plus en plus maîtriser l’engagement des joueurs, leur frustration, leur nervosité, leurs attitudes, les prises à partie avec les supporters... le challenge humain est peut-être même plus important que les décisions techniques.


Poursuivons le parallèle avec l’école, est-ce qu’un arbitre a des chouchous ?
C’est une réponse assez théorique, mais c’est quand même dans l’ADN de l’arbitre d’être dans l’impartialité. Les acteurs du football, joueurs, entraîneurs et présidents voient en vous quelqu’un de responsable, de correct. Si durant un match, j’attribue une certaine forme d’affect à une équipe plus qu’à une autre, le jour J d’un match, je ne sais pas si ça va se voir ou se sentir, mais de moi-même, je le saurais. Et même, l’équipe que j’aurais quelque part défavorisée, je risque de les ré-arbitrer plus tard. Un arbitre, c’est comme un club. À la fin d’une saison, il y a un classement des arbitres dans chaque division. Je peux monter, descendre et me maintenir. Maintenant, on est comme tout le monde, on a des émotions, mais si je veux être respecté, je dois être respectable.

« Des gamins qui veulent être Lloris, Griezmann, Pogba, Messi, vous en trouvez partout, dans toutes les écoles du monde. Un jeune qui vous dirait un jour : "Je serai Collina", si vous le trouvez, vous me le présentez. »

Est-ce qu’un arbitre a le droit d’être supporter d’une équipe ?
Est-ce qu’on en a le droit ? Je n’ai pas la réponse, mais il n’y a pas, à ma connaissance, d’interdiction officielle d’apprécier ou de supporter un club. Pour ma part, je n’ai pas d’affect particulier pour un club plus qu’un autre, c’est sincère. Mais il y a quelque chose que j’ai remarqué : je suis arbitre international et j’ai déjà rencontré des collègues d’autres pays. Je vais parler des Anglais parce je leur avais posé cette question. On m’avait répondu qu’en Angleterre, la commission d’arbitrage demande à chaque arbitre : « est-ce que tu as un affect avec un club ? » Ils posent la question individuellement aux arbitres. S’il répond qu’il supportait telle ou telle équipe étant petit, il ne sera jamais impliqué sur ce club, tout comme il ne sera pas impliqué si son club de prédilection est en course pour une place européenne, une relégation ou une qualification. Il y a un système de transparence. En France, on ne m’a jamais demandé ouvertement si j’avais une préférence, un affect ou quelque chose. Il nous est simplement interdit d’arbitrer les clubs de notre ligue. L’avantage est que si un jour je faisais une erreur d'arbitrage vis-à-vis d’un club qui m’est proche géographiquement, ça éviterait des problèmes de sécurité. En revanche, la limite est que ce n’est pas parce que j’habite Paris que je ne peux pas avoir d’affect pour Lorient, Valenciennes, Lille, Marseille, Bordeaux... mais on est assez rationnel pour se rendre compte que c’est un métier. Et puis avec la médiatisation du foot, ça se verrait assez rapidement. De plus en plus d’arbitres qui arrivent en Ligue 1 sont des vrais passionnés de foot.

Il est rare qu’un passionné de foot n’ait pas d’équipe de cœur.
On est passionné par le jeu. Il y a une vraie distinction entre l’être par le jeu et par une équipe.

Vous supportez quand même l’équipe de France ?
Oui, bien sûr.

La marge est mince entre aimer le jeu et une équipe.
Je comprends que ce soit difficile à comprendre, mais c’est l’évènement foot, le jeu qui nous fait vibrer. Ce côté d’affect, même s’il y en avait un pour un club plus qu’un autre serait difficile à combiner avec notre devoir de performance. Ça ne serait pas une excellente pub pour l’arbitrage et l’arbitre concerné. On se dit qu’on est vingt-deux en Ligue 1 sur une population totale d’environ 27 000 arbitres officiels en France. Arriver dans les vingt-deux derniers, et dans les dix arbitres internationaux... imaginez cette probabilité quand vous débutez l’arbitrage. J’ai commencé il y a vingt ans, je n’aurais jamais imaginé arbitrer en Ligue 1, en Coupe d’Europe ou en qualifications pour la Coupe du monde. On vit ça comme un honneur et un privilège.

Un jeune footballeur rêve de disputer la Coupe du monde, est-ce la même chose pour un arbitre ?
La différence est que dans une cour d’école, des gamins qui veulent être Lloris, Griezmann, Pogba, Messi, vous en trouvez partout, dans toutes les écoles du monde. Un jeune qui vous dirait un jour : « Je serai Collina » , si vous le trouvez, vous me le présentez. On vit comme un privilège d’être arrivé au haut niveau, même si c’est un travail acharné, ce n’est jamais un parcours naturel et inné. On se dit qu’on est un peu des ambassadeurs de notre arbitrage, notamment à l’étranger. La France, c’est notre pays. Même à notre niveau, lorsqu'on est à l’étranger, on essaie de faire briller nos couleurs.



Propos recueillis par Flavien Bories
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