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Ode aux dégagements

Par Jérémie Baron
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Ode aux dégagements

Depuis quelques matchs, Nicolas Pallois et ses gros sabots atteignent des records au nombre de dégagements par match. L’occasion de réhabiliter ce noble geste défensif, qui représente la marque des grands.

Treize à Paris, 8 contre Monaco, 21 à Saint-Étienne – du jamais-vu cette saison dans le Big Five, et depuis au moins dix ans en Ligue 1 –, 12 à Reims : depuis qu’Antoine Kombouaré a définitivement abandonné le football, fin novembre, au profit d’une mission commando qui a porté ses fruits – un seul revers en huit rencontres –, Nicolas Pallois peut pleinement exercer son art des dégagements. Comprenons-nous : on parle bien du seul dégagement qui existe, le vrai, le pur, celui qui termine en gradins, dans les cieux ou aux portes de la surface adverse, mais jamais – du moins sciemment – sur la tête d’un partenaire. À Nantes, une frange de supporters aimerait voir de temps en temps des sorties de balle conventionnelles mais il n’empêche qu’à la Beaujoire, ce sont bien des ovations que l’on entend, à chaque fois que l’ancien Quevillais envoie une chandelle effleurer les cumulus de la cité des ducs – le divin chauve a d’ailleurs été élu Canari du mois de janvier.

Sur l’ensemble de la saison en cours, le classement des plus gros « dégageurs » de la Ligue des talents est gouverné par les Canaris, avec Nathan Zézé (7,2 dégagements en moyenne par match) et évidemment le gros Nico (6,9) : des moyennes inédites dans le championnat depuis l’exercice 2021-2022 de Kiki Kouyaté (7, avec le FC Metz). Cette saison, les poursuivants Gautier Lloris (5,9), Jubal (5,8) et Étienne Youté (5,7), eux, sont loin dans le rétro. Dans les cinq gros championnats européens, en 2024-2025, seuls Denis Vavro (Wolfsburg, 8) et Ardian Ismajli (Empoli, 8,3) tiennent tête aux deux Nantais. Et Pallois n’a pas quitté le top dix de Liguain depuis 2019-2020. Voilà pour les chiffres qui illustrent ce Kombouarismo exacerbé (les Jaune et Vert affichaient 24,9% de possession à Geoffroy-Guichard), voire l’anti-football, diront les plus revêches.

Julien Rodríguez, Sami Hyypiä, Nemanja Vidić et Virgil van Dijk

Pourtant, balancer des parpaings à longueur de match n’est pas à la portée du simple moldu : placement, lecture du jeu, réflexes, puissance, hargne, force de frappe, instinct de survie et concentration de tous les instants sont convoqués ; tout ce qui différencie les défenseurs des grands défenseurs, finalement. Un dégagement est, qui plus est, souvent synonyme de duel gagné, interception réussie ou second ballon récupéré. Il représente quelque part un football d’instinct, lucide, pragmatique, sans complexe, et qui ne se prend pas pour un autre. Existe-t-il un adjectif assez fort pour décrire cette sensation qui vous traverse, lorsqu’une praline envoyée sur un autre continent met fin à un moment de panique dans vos 20 mètres, et précède un « ON MONTE ! » hurlé par le bûcheron qui vous sert de numéro 4 ? Tactiquement, un tel plan de jeu n’est pas non plus abracadabrant, par exemple lorsque le pressing adverse vous asphyxie et que le moindre risque pris à la relance peut se transformer en caca-culotte. Et puis parfois, sur un coup de bol, la gonfle atterrit sur le genou de Ludovic Blas et termine, au bout, au fond des ficelles.

L’histoire de la Ligue des champions le dit aussi. Par le passé, ceux qui grimpaient jusqu’en finale possédaient souvent les défenseurs axiaux qui balançaient le plus. On pense à des paires mythiques, comme les Monégasques Sébastien Squillaci et Julien Rodríguez, les Reds Jamie Carragher et Sami Hyypiä, les Gunners Kolo Touré et Philippe Senderos, les Mancuniens Nemanja Vidić et Rio Ferdinand (autour de 13 chacun par joute, en 2007-2008 !), les deux rocs de Dortmund Neven Subotić et Mats Hummels, mais aussi à Virgil van Dijk et ses sept saucisses par rencontre en 2017-2018. C’était le bon vieux temps, puisqu’aujourd’hui, le football moderne et ce foutu Guardiolisme ont eu raison de ce geste défensif qui compte parmi les plus nobles de ce sport, au même titre que le tacle glissé ou la main levée pour demander le hors-jeu. Mais ça, les enseignants-chercheurs du football ne sont pas prêts à l’entendre.

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