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Une Espagne à l'état solide

Par Léna Bernard
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Une Espagne à l'état solide

Si l'on attendait un festival offensif de la part de l'Espagne dans cette Coupe du monde, c'est surtout défensivement que la Roja s'illustre pour le moment avec cinq matchs de rang sans encaissé le moindre but. Portée par la charnière Laporte-Cubarsí et Unai Simón dans les cages, l'Espagne de 2026 n'est pas sans rappeler celle de 2010.

519. Voilà tout le temps (en minutes) qu’a passé par Unai Simón dans une Coupe du monde sans encaisser le moindre but, après la qualification en quart de finale face au Portugal (0-1). Une performance historique permise par une assise défensive que la Roja a cultivé lors de la campagne de qualification pour ce Mondial avec seulement deux buts encaissés face à la Turquie. Loin d’une révolution tactique, le système de Luis de la Fuente arrive simplement à sa pleine maturité.

Des choix payants et un collectif huilé

Seule nation à n’avoir encaissé aucun but dans la compétition en cinq rencontres, l’Espagne est évidemment la meilleure défense de ce Mondial pour le moment. Une solidité défensive permise avant tout par le système de jeu avec une maîtrise technique et une qualité de pressing qui permet à la Roja de confisquer le ballon à ses adversaires. Rien de neuf sous le soleil donc, mais les choix forts effectués par De la Fuente dans la constitution de son équipe ont permis de transposer ses idées à la réalité. Des ailiers en passant par la charnière et au double pivot Rodri-Pedri, l’équilibre défensif est assuré. Sans vanter les mérites individuels, le sélectionneur espagnol a toutefois donné les maître mots qui animent son équipe à l’issue de la rencontre face au Portugal : « C’est un travail collectif. L’esprit d’équipe qui règne parmi nous est incroyable. »

Ce n’est pas seulement Unai, mais la façon dont tout le monde défend. De Mikel devant, le premier à défendre, jusqu’au dernier latéral.

Kiko Casilla

Unai Simón, Pau Cubarsí, Aymeric Laporte, Rodri… Les principaux acteurs de ces performances défensives représentent les choix forts du sélectionneur avant la compétition. Alors que David Raya sortait d’une saison étincelante avec Arsenal, le sélectionneur espagnol a opté pour la continuité en confortant le gardien de l’Athletic Club comme numéro 1. Exit Robin Le Normand, pourtant titulaire indiscutable lors du sacre continental en 2024, au profit de Cubarsí, qui se révèle du haut de ses 19 piges comme le meilleur défenseur de la compétition pour le moment. Restait le cas Aymeric Laporte, toujours fiable avec la tunique de la Roja depuis ses débuts en 2021, le natif d’Agen a connu une véritable traversée du désert du côté d’Al-Nassr, avant de retrouver l’Athletic Club en septembre 2025 et y effectuer une saison médiocre. Mais des prestations suffisantes pour convaincre De la Fuente de le reconvoquer dès octobre 2025. Un retour en sélection triomphant puisque le défenseur de 32 ans a retrouvé la pleine possession de son football sous la houlette du tacticien de Haro. Sans oublier le choix de confier le brassard de capitaine à Rodri.

Fer de lance de la défense espagnole, Pau Cubarsi est la révélation côté Roja de ce Mondial.
Fer de lance de la défense espagnole, Pau Cubarsi est la révélation côté Roja de ce Mondial.

Aux bons souvenirs de 2010

La dernière fois que l’Espagne a battu le Portugal en huitièmes de finale sur le score de 1 à 0, la Roja a remporté la première Coupe du monde de son histoire, avec seulement deux buts d’encaissés dans toutes la campagne. S’il est encore trop tôt pour dire que l’histoire se répétera, Luis de la Fuente a appelé de ses vœux à faire aussi bien que ses ainés 16 ans auparavant : « J’aimerais qu’on se souvienne de nous comme on se souvient de la génération de Vicente del Bosque », a-t-il annoncé en amont de la compétition dans un entretien pour la FIFA. Les deux hommes pourtant ne partagent pas le même parcours : si Del Bosque a fait ses gammes comme entraîneur du côté du Real Madrid, De la Fuente de son côté a du faire ses preuves dans les équipes jeunes espagnoles avant de prendre les rênes de la sélection après le Mondial 2022. Un passé de formateur qui lui a permis de voir grandir les joueurs qui composent désormais son onze de départ.

J’aimerais qu’on se souvienne de nous comme on se souvient de la génération de Vicente del Bosque.

Luis de la Fuente

Si l’Espagne de 2026 use du jeu de possession, ou plutôt du tiki-taka, comme conceptualisé par Del Bosque en 2010 pour assurer la conservation du ballon et donc empêcher les adversaires de s’approcher trop près des buts espagnols. Le trident Iniesta-Xavi-Busquets a toutefois été remplacé par le duo Rodri-Pedri et le 4-3-3 par un 4-2-3-1, même si les ingrédients restent les mêmes. Plutôt loué pour son jeu offensif, l’Espagne en 2010 a toutefois été un monstre d’efficacité défensive. Un ADN perdu durant près de deux décennies où l’Espagne n’a plus gagné un match éliminatoire jusqu’à cet été. Reste que si l’assise défensive pensée par Del Bosque reposait particulièrement sur la maîtrise technique de son milieu de terrain, celle de 2026 repose sur l’entièreté des onze joueurs présents sur le terrain, comme l’explique Kiko Casilla dans une interview à Flashscore : « Ce n’est pas seulement Unai, mais la façon dont tout le monde défend. De Mikel devant, le premier à défendre, jusqu’au dernier latéral, Pedro Porro ou Marcos Llorente, l’un des deux. Tous, dès qu’ils perdent le ballon, ils pressent immédiatement, ils ne laissent pas l’adversaire s’installer pour attaquer. C’est admirable de voir à quel point ils ont intégré cette idée, comment le coach a implanté ce modèle de jeu dans la sélection. » Il reste trois matchs aux Espagnols pour tenter d’égaler la génération Del Bosque, voire de la surpasser.

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