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David Raya : infranchissable mais pas incontournable

Par Evan Margerin
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David Raya : infranchissable mais pas incontournable

Sacré meilleur gardien de Premier League pour la troisième fois consécutive, David Raya s’est imposé comme une valeur sûre dans le système de Mikel Arteta. Premier attaquant sur les phases offensives et dernier rempart d’une défense quasiment impénétrable, l’Espagnol a fait glaner de nombreux points aux Gunners cette saison. Pourtant, le gardien peine à se faire reconnaître par la sphère football.

Thibaut Courtois, Alisson, Gianluigi Donnarumma, Mike Maignan, Dibu Martinez, même Manuel Neuer… Il y a bien dix noms qui viendraient spontanément à l’esprit pour élire le meilleur gardien du monde avant David Raya. Le gardien des Gunners est condamné à être, peut-être, le meilleur gardien de la planète dans l’anonymat le plus total. Pourtant, le dernier rempart du champion d’Angleterre vient de remporter son troisième titre consécutif de meilleur gardien de Premier League, devant l’Italien et le Brésilien cités quelques lignes plus tôt. Mérité, au vu de ce qu’il a produit cette saison. 50 matchs, 28 clean sheets et seulement 30 buts concédés. Le genre de ligne de stats qui devrait clore tout débat et pourtant, le silence plane toujours autant sur ses performances.

Arteta pour ouvrir les yeux de l’Espagne ?

Son manque de reconnaissance n’est pas exclusif à un pays ou un autre, mais quand votre propre nation ne vous reconnaît pas à votre juste valeur, comment ne pas l’avoir mauvaise ? Parce que oui, Luis de la Fuente le dit lui-même : « En Angleterre, ils le considèrent comme le meilleur gardien du monde, et ici personne ne parle de lui. » Ce lundi, il a appris qu’il allait participer à son deuxième Mondial, après celui au Qatar. Sauf que dans la hiérarchie de la Roja, il est loin d’être le numéro 1. Avec seulement douze sélections à 30 piges, Raya n’a jamais eu la vie de titulaire qu’a connue Casillas. Et sur cette poignée de matchs, le seul pouvant être considéré comme important était le match des coiffeurs face à l’Albanie à l’Euro 2024, alors que l’Espagne était déjà qualifiée.

À l’approche du Mondial, la presse ne le cite même pas dans les débats. C’est son propre sélectionneur qui a dû remettre l’église au milieu du village : « Il semble que nous ne parlions que d’Unai (Simón) et de Joan (García), mais Raya est également une option. » Une option qui s’apprête à disputer une finale de la Ligue des champions soit dit en passant… Une Espagne aveuglée comme le vieux maître dans le Lazarillo de Tormes, incapable de voir ce qu’elle a sous le nez. Sauf qu’ici, pas besoin d’un gamin des rues pour lui faire le coup de la cruche : c’est un Basque exilé à Londres qui a ouvert les yeux à la place. Mikel Arteta, lui, a vu.

J’ai failli avoir une crise cardiaque, mais la main de David Raya était là pour l’éviter.

Mikel Arteta

Pourtant, les supporters d’Arsenal avaient déjà leur chouchou avec Aaron Ramsdale. Une entrée en matière poussive, donc, pour l’Espagnol débarqué de Brentford en 2023, qui a passé sa première saison à partager les minutes avec son concurrent en disputant 25 parties TCC. Pourtant, Professor Arteta en a rapidement fait une pièce centrale de son système, malgré un CV vierge de toute expérience dans un grand club européen. Il faut quand même dire que le parcours du Barcelonais de naissance n’avait rien de l’aventure de Don Juan. Avant d’atterrir chez les Gunners, il avait fréquenté les bas-fonds du football anglais, descendant même jusqu’en cinquième division du côté de Southport lors d’un prêt par Blackburn, club qu’il avait rejoint dès ses 16 ans. Ce CV ne rebutera en rien Arteta, au contraire. Au fil de ses 146 matchs avec les Gunners, Raya est devenu le gardien d’un temple qui attendait d’être tapissé de gloire depuis 22 ans. Pour prendre la succession de ce bon vieux Jens Lehmann, c’est donc un gardien culminant à 1,83m – presque rédhibitoire dans le foot actuel – qui a été choisi.

La pièce maîtresse de la meilleure défense d’Europe

Ce que l’ancien adjoint de Guardiola a trouvé en lui, c’est une qualité précieuse pour son style de jeu : un jeu au pied d’une qualité chirurgicale. Raya ne garde pas que les buts, c’est également un onzième joueur de champ. Il relance proprement, temporise dans les moments de tension, et offre à la paire Saliba – Gabriel la liberté de s’écarter pour libérer les couloirs aux latéraux et de l’espace au milieu pour Declan Rice, Martin Zubimendi et compagnie.

Sur les deux dernières saisons, c’est le meilleur gardien du monde. Il nous a sauvés tellement de fois.

Kai Havertz

Pourtant, dans cette forteresse qu’est la défense d’Arsenal (la meilleure en Ligue des champions avec six buts encaissés dont deux penaltys et en Premier League avec 27 concédés), Raya reste trop souvent l’oublié des éloges, éclipsé par les deux piliers passés par la Ligue 1, Saliba et Gabriel. En effet, avec la capacité qu’a Arsenal à marquer sur coups de pied arrêtés, les noms des deux centraux reviennent souvent dans la bouche des amateurs de football. Cette saison, la paire a marqué cinq buts sur coups de pied arrêtés. Une lumière dont Raya ne peut pas bénéficier.

Sauf que dans le vestiaire, tout le monde sait exactement ce qu’il leur apporte. Après la rencontre face à Chelsea en mars dernier, Arteta ne s’était pas embarrassé de litotes : « David est l’un de nos leaders. C’est un gardien qui sait rester concentré et peser sur le destin d’un match quand ça compte vraiment. J’ai failli avoir une crise cardiaque, mais la main de David Raya était là pour l’éviter. » Côté joueurs, le sentiment est identique. Après le quart de finale de Ligue des champions contre le Sporting Portugal, Kai Havertz avait rendu un hommage appuyé à son portier : « Je pense qu’il est toujours sous-estimé. Sur les deux dernières saisons, c’est le meilleur gardien du monde. Il nous a sauvés tellement de fois. » 

À 30 bougies, David Raya n’a plus de temps à perdre avec les aveugles. Ce samedi à Budapest, il peut entrer dans l’histoire d’Arsenal et de la compétition face à Luis Enrique, le coach qui l’avait lancé en sélection face à l’Albanie en 2022. En effet, il pourrait devenir en cas de clean sheet le premier à en réussir dix au sein d’une même saison de Ligue des champions. Un match qui pourrait enfin lui donner le crédit qu’il mérite et pourquoi pas décrocher une place de numéro un pour la Coupe du monde ?

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