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L’OM et Habib Beye : les maux ont plus de poids que les mots

En difficulté depuis son arrivée sur le banc de l’OM, Habib Beye concentre l’attention à l’approche de la fin de saison. Alors que le spectre d’une non-qualification en Ligue des champions plane sur Marseille, le coach olympien a souhaité alléger sa communication avant d’affronter Nice. La solution, vraiment ?
Il n’a pas fait dans le détail. Avare de mots en conférence de presse avant de recevoir Nice ce dimanche, Habib Beye a volontiers concédé qu’il souhaitait adapter son discours devant les médias. Plus court, plus concis, moins dispendieux et moins explicatif. « Quand je parle, j’explique trop. Quand je décris, on me dit que je décris trop, a-t-il lâché. Au moins aujourd’hui, ce sera peut-être pas assez. Quand j’explique la façon qu’on a de voir notre travail, c’est “il parle trop, il nous enfume.” Aujourd’hui, je vous donne le minimum en espérant qu’il y ait le maximum dimanche. Aujourd’hui, on demande au coach de s’exprimer. Quand il s’exprime, ça devient un problème. Je vous dis le minimum en vous respectant. »
Faire table rase du consutant
C’est le jeu, il le sait, il le découvre : il trouvera toujours des critiques sur son passage, surtout après les défaites et surtout sur le personnage médiatique qu’il a créé au fil de ses apparitions sur Canal et de ses conférences de presse. Depuis ses débuts en Ligue 1 l’année dernière en Bretagne, il a toujours pris le temps de développer ses idées footballistiques, ses envies, ses exigences, comme il a toujours tenu à expliquer le plan qu’il a voulu mettre en place quand il se pointe devant les médias en après-match. À Rennes, il avait même proposé aux journalistes de se réunir un jour pour revoir un match et l’analyser. Il aimait titiller la salle de presse, poser des colles tactiques, et distribuait les bons et les mauvais points. C’est le jeu. Beye aime ça, il apprécie l’exercice, au moins pour l’instant : il parle bien, mais il ne communique pas toujours bien. On le préfère quand même bavard plutôt que silencieux.

Dans la semaine, Pascal Dupraz ne l’a pas ménagé sur RMC, et cette sortie est certainement pour quelque chose dans le mutisme de l’ancien latéral : « Dieu sait si Habib Beye, il nous explique les choses. Il nous les explique tellement que moi, je ne comprends rien du tout. […] Je ne devrais pas mais c’est fatigant, d’autant que ce confrère, quand il était derrière un micro, il n’oubliait pas de nous fracasser, nous les entraîneurs français, qui étions si fébriles et si peureux, sans beaucoup d’idées. » Il y a du « à toi à moi » et un petit air de revanche personnelle, voire de satisfaction, dans cette critique de celui qui critiquait à la télé mais qui maintenant s’y retrouve confronté. Dupraz fait ici ce qu’il reproche à Beye : discuter les choix — ou ici les mots — d’un technicien. Les attaques sur le consultant Beye n’ont pas de sens : ce n’est plus l’homme de plateau qu’il faut juger, mais l’entraîneur. Ce ne sont pas les mots qui sont importants, c’est ce qui se passe sur le terrain et dans le vestiaire.
Muscle ton jeu, Habib !
Que se passe-t-il sur le terrain, justement ? On ne peut pas oublier que Beye est un jeune entraîneur en Ligue 1, quoi qu’il en dise et en pense, et qu’il a le droit d’évoluer, d’apprendre et de se planter. L’ancien défenseur est arrivé à l’OM avec une vision des choses très pragmatique, comme savent le faire tous les coachs, sans parvenir à relancer la machine marseillaise. Il aimait défendre son bilan la semaine dernière encore, il n’est pas très reluisant aujourd’hui quand on connaît les moyens de Marseille et ses objectifs : 4 défaites en 8 matchs de championnat, dont deux très fâcheuses à Brest et Lorient, et une élimination au Vélodrome en quarts de finale de Coupe de France contre Toulouse pour ne pas profiter de l’absence du PSG.
🔵⚪ Habib Beye en conférence de presse : "Quand je parle, j'explique trop. Au moins aujourd'hui, ce sera peut-être pas assez. Aujourd'hui, je vous donne le minimum en espérant qu'il y ait le maximum. Quand on s'exprime, ça devient un problème." pic.twitter.com/qGJOzSOew3
— RMC Sport (@RMCsport) April 24, 2026
C’est en se basant là-dessus qu’il faut s’interroger sur Beye, plus que sur ce qu’il a pu dire sur Luis Enrique deux ans en arrière (qui sommes-nous et qui êtes-vous pour juger le travail d’un coach de L1, au fond ?). C’est ce que dégage son OM qui inquiète : une équipe sans âme, qui ne sait pas trop ce qu’elle doit faire et ce qu’elle fait. Il est déjà revenu du 4-2-3-1 pour installer son système à trois défenseurs qui n’avait cessé de provoquer des débats à Rennes. Igor Paixão dans le rôle de Mousa Al-Tamari en piston et un cadre tactique peut-être trop strict, traduisant une obsession pour le contrôle et les tâches défensives. Depuis son départ, certains joueurs rennais ont laissé poliment entendre qu’ils avaient retrouvé de la liberté, après avoir fait comprendre à l’intérimaire Sébastien Tambouret qu’ils préféraient retrouver un schéma à deux défenseurs centraux, ce qui a donné une victoire contre le PSG.
« On ne va pas changer après chaque match. Il faut garder des fondamentaux », répétait Beye avant la réception de Nice, ce dimanche, qui apparaît comme déterminante pour ne pas voir le club imploser un peu plus après l’épisode breton de Lorient le week-end dernier. En acceptant volontiers de réaliser un rêve, entraîner l’OM, Beye s’est retrouvé dans un bourbier dont il pourrait avoir du mal à s’extirper. Selon nos informations, le courant ne passerait pas avec tous les joueurs dans le vestiaire phocéen, tout comme le discours. Eux ont bien des choses à se reprocher cette saison, mais Beye avait également eu des soucis de management à Rennes, dans un autre contexte pesant à l’époque. Il reste quatre journées pour sauver une saison éreintante et ne pas tout gâcher. Dans quelques semaines, les mots n’auront plus aucune importance.
Marseille assure son maintien, statu quo dans la capitalePar Julien Faure, avec CG




















































