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Aux Bleus la rançon de la gloire ?

Par Thomas Morlec
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Aux Bleus la rançon de la gloire ?

L’équipe de France démarre ce jeudi sa préparation pour la Coupe du monde en affrontant la Côte d’Ivoire à la Beaujoire. Dans leurs rangs, les Tricolores comptent huit vainqueurs de Coupe d’Europe, dont cinq ont soulevé la Ligue des champions. Est-ce vraiment un gros avantage ?

Au complet depuis mardi avec le retour des vainqueurs de la Ligue des champions – Ousmane Dembélé, Désiré Doué, Bradley Barcola, Warren Zaïre-Emery et Lucas Hernandez –, l’équipe de France compte dans ses rangs cinq gars qui ont de quoi afficher un sourire Colgate, mais aussi des petits yeux. Depuis leur triomphe à Budapest, les Parisiens ont enchaîné les célébrations, les réceptions et les sollicitations. Malgré l’échec européen, William Saliba n’y a pas échappé non plus, concerné par le défilé réservé aux Gunners pour fêter le titre de champions d’Angleterre, alors que le roc de Bondy a encore des soucis de dos à régler.

L’idée, c’est qu’au bout de cinq, six ou sept jours, tout le monde soit au même niveau.

Franck Le Gall, médecin des Bleus

On récupère toujours mieux après une victoire, dit-on, et Luis Enrique a savamment réparti les temps de jeu durant la saison* mais au moment de tourner la page club pour ouvrir celle de la Coupe du monde avec l’équipe de France, ça pourrait piquer. Ce jeudi, la phase de préparation prévoit un match contre la Côte d’Ivoire à la Beaujoire. Et alors que les 20 autres éléments de la liste ont pu bénéficier d’un peu de repos et d’une reprise athlétique à Clairefontaine, il faudra pour le staff jongler avec les états de forme physique et émotionnelle afin de faire de ce match un vrai temps de travail. À entendre Deschamps, tout ça est déjà intégré dans le logiciel. « Je serai dans la gestion avec les six concernés. Encore plus pour ceux qui ont commencé le match. […] Je serai amené à les gérer, à répartir le temps de jeu. C’est le moment de le faire car il y a un autre match de préparation quatre jours après (contre l’Irlande du Nord à Lille le lundi 8 juin, NDLR). Les 26 sont dans de bonnes conditions. » 

L’euphorie comme potion ?

Pour la première fois de l’histoire, un club français a remporté une Ligue des champions dans les jours précédant l’entrée en lice de l’équipe de France dans un grand tournoi international (et non, pas d’Euro ni de Mondial en 1993 ni en 2025). Le tout est maintenant de savoir si c’est un réel avantage plus qu’un inconvénient. Ce match contre les Éléphants n’est évidemment pas la finalité et l’objectif avoué est de voir l’ensemble du groupe monter en puissance pour débarquer au Mondial le 16 juin contre le Sénégal dans les meilleures dispositions. « Ceux qui ont beaucoup joué récupèrent, ceux qui ont peu joué reprennent avec des charges importantes de travail, explique Franck Le Gall, le médecin de l’équipe de France, dans le podcast de Michel Cymes. L’idée, c’est qu’au bout de cinq, six ou sept jours, tout le monde soit au même niveau. »

Dans cette optique, et puisque Deschamps a aussi rappelé que trois autres joueurs de son effectif ont fraîchement soulevé une Coupe d’Europe (la Ligue Europa pour Lucas Digne, la Ligue Conférence pour Maxence Lacroix et Jean-Philippe Mateta), les champions ont tout intérêt à diffuser leur énergie positive pour contaminer tous les copains. De la même manière, jamais les Bleus n’avaient abordé une compétition majeure avec autant de vainqueurs de C1. Visiblement, cela pourrait maximiser les chances des Tricolores puisque, mis à part en 1984, l’équipe de France avait toujours au moins un joueur qui avait soulevé la Ligue des champions dans ses rangs quand elle a été sacrée (1998, 2000, 2018). En 1996 et 2024, soit deux des quatre fois où la France figurait dans le dernier carré de l’Euro, il y avait aussi des joueurs victorieux en C1 (Deschamps en 1996 et Camavinga et Tchouaméni en 2024).

Qu’on ne s’y méprenne pas : le sacre du PSG n’est pas pour autant un billet direct vers la troisième étoile. Ceux du Milan en 1990 en 1994 ou de l’Inter en 2010 n’ont pas été prolongés par le sacre de la Nazionale à ces années précises, pas plus que ceux du Real Madrid en 1966, 1998, 2002, 2014, 2018 et 2022 ou du Barça en 2006 n’ont ouvert la voie à la Roja. Pour trouver la dernière (et seule) occurrence, il faut remonter à 1974 quand le Bayern et la RFA imposaient conjointement leur domination. Pour revenir à la France et à 1996, le PSG avait remporté la C2 mais les cinq Parisiens convoqués par Aimé Jacquet pour l’Euro (Bernard Lama, Alain Roche, Vincent Guérin, Youri Djorkaeff, Patrice Loko) n’avaient pu permettre de franchir l’obstacle République tchèque. Un peu plus tôt, si Didier Deschamps, Franck Sauzée et Basile Boli avaient décroché la première coupe aux grandes oreilles du foot français, ils n’ont pu empêcher Kostadinov d’enterrer leurs chances d’aller à la World Cup 1994. Le bénéfice psychologique a ses limites.

Ramener le foot à la raison

Sans surprise, en conférence d’avant-match mercredi, Didier Deschamps a donc rappelé à ses protégés qu’il ne fallait pas s’enflammer : « Sur les six de la finale, cinq avaient le sourire et ont beaucoup célébré apparemment. Je leur ai dit : stop, c’est fini. Le club, ils le retrouveront l’année prochaine. Là c’est un objectif commun. Tout le groupe doit être fixé dessus » Surtout, s’il y a huit champions d’Europe, cela signifie aussi que 18 ne le sont pas et certains ont même une petite aigreur dans l’estomac. « Quand ça va moins bien en perso avec le club, la sélection peut faire du bien. Et inversement, quand ça va bien, il faut faire redescendre un peu la température pour de nouveau être dans l’exigence. » Invaincue face à la Côte d’Ivoire (deux victoires et un nul en trois rencontres depuis août 2005), l’équipe de France jouera ensuite contre l’Irlande du Nord le lundi 8 juin à Lille avant de décoller en direction de Boston. Si les champions d’Europe seront sûrement ménagés, ils auront le devoir d’infuser la culture de la gagne dans le groupe. Histoire que la fête s’étire au moins jusqu’au 20 juillet au petit matin.

Cherki et Olise : pourquoi choisir ?

Par Thomas Morlec

* Si Warren Zaïre-Emery est le joueur qui a disputé le plus de matchs cette saison avec le club de la capitale (54), les têtes de gondole que sont Ousmane Dembélé, Désiré Doué et Bradley Barcola ont respectivement disputé 2 200, 2 558 et 2 971 minutes, tandis que Lucas Hernandez a été aligné à 36 reprises pour 2 071 minutes.

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