- C1
- Quarts
- PSG-Liverpool (2-0)
Warren Zaïre-Emery, de simple espoir à acteur principal

Un moment critiqué et condamné à jouer les accessit la saison passée, Warren Zaïre-Emery a une nouvelle fois claqué un match digne d'une palme d'or face à Liverpool lors du quart aller de Ligue des champions remporté par le PSG (2-0). De quoi rappeler aux adeptes de la culture de l'instant que son ascension n'était pas un simple accident.
Dans Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, Edmond Dantès est trahi par les siens. Après moult galères, il parvient à se venger méthodiquement de ceux qui l’ont détruit entre ascension, patience et dépassement. Si Warren Zaïre-Emery est loin de performer de manière vindicative, on retrouve bien un point commun entre l’international français et le protagoniste de ce roman : l’attente n’est pas passive, elle devient une phase de construction et de retour à la gloire. Un moment considéré comme une vulgaire attraction obsolète, le gamin de 20 ans a une nouvelle fois rappelé lors du quart de finale aller de Ligue des champions face à Liverpool que le PSG pouvait et devait compter sur lui.
— CompsPSG (@CompsPSGwa1j) April 8, 2026
Un chapitre à réécrire
Pourtant, peu de personnes auraient misé sur un tel rebondissement. La saison passée, l’ancien du FCM Aubervilliers bafouillait son football, peinant à confirmer les attentes placées en lui après sa précocité louée pendant l’exercice 2023-2024. Si bien que de nombreux supporters réclamaient son départ, oubliant les prouesses de WZE alors que celui-ci n’avait que 17 piges. C’était un môme, mais Luis Enrique était tout même allé jusqu’à comparer sa maturité à celle d’un joueur de 34 ans après une victoire 3-0 du PSG face à l’AC Milan en phase de groupes de Ligue des champions en 2023. Ces mots prennent tout leur sens quand on comprend la patience dont le Parisien a dû faire preuve tandis que certains avaient déjà fait de Senny Mayulu la nouvelle coqueluche des Titis.
C’est moi qui me bride tout seul, donc c’est à moi de me libérer dans la tête et de jouer avec l’insouciance que j’avais quand j’étais plus jeune.
Non-sélectionné en équipe de France après deux ans chez les A mais de retour avec les Espoirs en octobre dernier, le milieu du PSG ne s’est pas lamenté sur son sort et s’est lancé dans la quête des retrouvailles de deux éléments indispensables à son jeu : la confiance et l’insouciance. « Avec l’expérience, on veut toujours mieux faire donc on réfléchit plus et on perd un peu cette insouciance sur le terrain, a-t-il expliqué au Parisien. Je veux la retrouver. Il y a toujours des choses à améliorer, je veux retrouver le plaisir de jouer, de toucher le ballon . […] C’est moi qui me bride tout seul, donc c’est à moi de me libérer dans la tête et de jouer avec l’insouciance que j’avais quand j’étais plus jeune. »
Un trésor (re)découvert
Auteur d’un match bon à faire cauchemarder des Reds cacochymes, le bonhomme au bouc et aux frisottis bien taillés a disputé sa quarantième rencontre consécutive en tant que titulaire. Preuve que cette saison, WZE dévoile un tout autre visage. Sa chasse au trésor semble avoir abouti : le Titi court partout, récupère le cuir, relance aux côtés de João Neves et Vitinha, dézone quand il faut, se projette jusqu’à se faire bousculer par Konaté. Avant ça, il a dû aussi tenir la barraque au poste de latéral droit, compétence observée pendant l’absence d’Achraf Hakimi, blessé à la cheville en novembre dernier face au Bayern Munich puis parti avec la sélection marocaine pour disputer la CAN. Zaïre-Emery connaît une mutation des plus remarquables, passant de joker pâlot à une inépuisable valeur sûre de Luis Enrique. Le principal intéressé commente à l’issue de la rencontre mercredi : « Je suis bien, je monte encore en puissance, il y a encore une grande marge de progression. Je vais continuer de tout donner pour le club. […] On aurait pu en mettre plus, c’est dommage. C’est déjà bien 2 à 0, mais rien n’est fait : on va aller là-bas avec les mêmes intentions. »

Même en équipe de France, le Titi prouve qu’il a la dalle et que Didier Deschamps peut l’aligner comme bon lui semble. Du moins, c’est ce que le natif de Montreuil a laissé entendre après une prestation convaincante face à la Colombie le 29 mars dernier (1-3). Associé à l’expérimenté N’Golo Kanté pour débuter la partie, Warren a écœuré les Cafeteros. Un constat qui ne facilite en rien les futurs choix du tacticien des champions du monde 2018, car le plus jeune joueur de l’histoire des Bleus depuis 1914 montre que ce qu’il a dans les tripes peut répondre aux attentes des grandes échéances.
Un tel retour pose désormais une nouvelle question côté parisien : qu’en est-il de Fabián Ruiz ? Alors que la sélection espagnole joue les premiers rôles pour glaner la prochaine Coupe du monde, le métronome ibérique est absent des prés depuis la joute perdue face au Sporting Portugal le 20 janvier dernier. Le flou règne autour de sa situation. Les bulletins médicaux du PSG maintiennent le doute, n’indiquant que des douleurs persistantes au genou et un retour au travail individuel. On se demanderait presque si le milieu longiligne ne rechignerait pas à jouer de peur de rechuter avant le Mondial. Toutefois, une chose est sûre : Warren Zaïre-Emery occupant le banc figure désormais comme un vague souvenir parmi les limbes de la chasse au temps de jeu. Une réussite dénuée de vengeance qui aurait pourtant de quoi faire sourire un certain Edmond Dantès.
Le PSG a choisi sa destination d'étéPar Suzanne Wanègue


















































