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Les Mexicains ne seraient-ils pas obsédés par le physique ?

Premier pays hôte de trois Coupes du monde, le Mexique n’a pourtant jamais brillé dans l’histoire du tournoi. La raison ? Selon certains, leurs joueurs seraient trop conformistes, trop douillets, voire trop "blancs". Focus sur la théorie du babtou fragile à la sauce aztèque.
C’est un débat qui revient régulièrement, au moment des grandes compétitions et qui n’a pas été réglé avec la victoire contre l’Afrique du Sud : le footballeur mexicain serait trop tendre, pas suffisamment compétitif. Les hommes mentent mais pas les chiffres : cette saison, aucun international aztèque n’a disputé l’exigeante Ligue des champions. Pire, El Tri compte actuellement un seul joueur né au pays sous contrat avec un club évoluant dans l’un des cinq grands championnats européens (Johan Vasquez, le défenseur central du Genoa). « Les Mexicains ne sont pas des aventuriers, ce sont des footballeurs qui privilégient le confort à la compétition, explique sous couvert d’anonymat un agent espagnol spécialisé dans le marché de la Liga MX. Au Mexique, ce sont des stars ultra-populaires jouissant de très gros salaires et évoluant toutes les semaines dans des stades à guichets fermés. C’est très difficile de leur faire traverser l’Atlantique, et quand ils le font, ça ne se passe pas toujours bien. C’est un pari risqué pour eux, mais aussi pour le club qui les engage. Il fait très froid en dehors des frontières du Mexique. » Il faudra donc surveiller l’évolution de Gilberto Mora, prochain sur la liste appelé à faire le grand saut.
Si on veut être champion, il va falloir qu’on recrute des noirs parce qu’ils ont ce côté athlétique qu’un Gilberto Mora n’a pas.
À l’heure de s’expatrier, les talents mexicains préféreraient se mettre au chaud dans des championnats mineurs comme par exemple la MLS, une ligue fermée comme la Liga MX, dans laquelle leur fibre compétitive n’est pas franchement mise à rude épreuve. Un problème que peut comprendre l’Argentin Mauricio Pochettino, confronté à un problème similaire en devenant le sélectionneur des States. « La culture des joueurs américains est ludique, a récemment expliqué l’ancien coach du PSG au quotidien El Pais. Si tu ne gagnes pas un match de MLS en trois mois, il n’y a aucune conséquence car il n’y a ni descente, ni montée. Le sport américain récompense les perdants, mais si tu n’as pas d’objectif, tu ne peux pas lutter. Si je perds, qu’est-ce qu’il se passe ? Rien… Au-delà de ça, le footballeur américain est discipliné, mais se repose trop sur ses lauriers. Ça nous a pris un an et demi pour changer cette mentalité. »

Le Colombien Juan Carlos Osorio avait dressé le même constat du temps où il était sélectionneur du Tri (entre 2015 et 2018) : « Le footballeur mexicain est talentueux, mais il a une grande carence : il n’est pas compétitif quand le niveau de jeu s’élève. Or, si tu veux rivaliser avec les meilleurs, il faut jouer contre eux. » Si le mindset des Aztèques est resté le même, le discours d’Osorio a changé. En 2025, l’entraîneur cafetero, alors à la tête des Xolos, crée une nouvelle polémique, bien plus essentialiste et raciste, en demandant aux dirigeants de Tijuana de recruter des joueurs noirs : « Il y a des pays où c’est mal de le dire, mais dans le mien, la Colombie, ça ne pose pas de problèmes, et je crois qu’au Mexique non plus : si on veut être champion, il va falloir qu’on recrute des noirs parce qu’ils ont ce côté athlétique qu’un Gilberto Mora n’a pas. »
Biotypes et consistance
L’idée douteuse du Colombien, au lieu d’être battue en brèche, s’est infusée chez bon nombre d’amateurs du foot mexicain, à commencer par les commentateurs chargés de suivre la Coupe du monde. Sur Vix, détenteur des droits TV de la compétition, certains « analystes » parlent de « nouvelle réalité du football global » et du fait que la fédération devrait s’inspirer d’autres sélections. Comprendre : naturaliser d’autres Julian Quiñones. En marquant le premier but du Mondial et du Tri, l’attaquant né en Colombie et naturalisé mexicain en 2023 après avoir fait une partie de sa carrière en Liga MX n’a fait que confirmer la théorie de ceux qui ne parlent pas de « race », mais de « biotype ». Un terme nouveau étonnamment utilisé par Eugenio Villazon, directeur de l’académie de Pachuca, le club mexicain qui bosse le plus sur la formation : « On pourrait être politiquement correct et dire que tout le monde a les mêmes conditions athlétiques, mais ce serait faux. Les tests physiques que nous réalisons dans notre académie démontrent qu’un jeune noir saute toujours plus haut qu’un autre, par exemple. Ce n’est pas du racisme que de le dire, c’est la réalité. » On est en droit de ne pas le croire sur parole.
Selon moi, la consistance physique va de pair avec l’aspect mental, et à ce niveau-là, le Mexicain est plutôt chill… Il est trop conformiste et ne bosse pas suffisamment.
Pour Villazon, néanmoins, la couleur de peau n’explique pas tout. « C’est une théorie beaucoup trop simpliste qui cache une certaine forme de complexe, explique ce formateur passé par Atlanta United. L’Argentine a bien été championne du monde sans avoir un seul joueur de couleur dans ses rangs, non ? Il faut surtout se demander pourquoi il y a si peu de jeunes qui sortent d’une ville de 20 millions d’habitants comme Mexico… Selon moi, la consistance physique va de pair avec l’aspect mental, et à ce niveau-là, le Mexicain est plutôt chill… Il est trop conformiste et ne bosse pas suffisamment. »

À l’heure où le Mexique s’apprête à affronter la Corée du Sud, vainqueur des Golgoths tchèques lors de son entrée en lice, Rafa Márquez Lugo a peur. « On ne fait pas le nécessaire pour que le biotype mexicain puisse rivaliser avec celui des autres sélections, estime l’ancien attaquant aux neuf sélections avec El Tri. Notre grand talent est Mora, mais physiquement, il souffre de la comparaison avec d’autres joueurs de la compétition… Regardez nos voisins américains, ils n’ont pas arrêté d’appuyer sur l’accélérateur contre le Paraguay. Pareil pour les Japonais qui ont été impressionnants physiquement contre les Pays-Bas. Le Mexique est très loin d’avoir cette intensité-là et sans ça, c’est difficile d’être compétitif. » Les Aztèques savent désormais ce qu’il leur reste à faire pour mettre en sourdine ces débats sur la couleur de l’épiderme : laisser leur peau sur le terrain.
On a retrouvé l’homme qui a prêté son corps à la statue du stade AztecaPar Javier Prieto Santos, à Mexico
Tous propos recueillis par JPS, sauf mentions.
















































