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« On peut parler de MeToo du foot »

Propos recueillis par Quentin Ballue

Dimanche soir, au Parc des Princes, Les Dégommeuses ont déployé une banderole de soutien à Jennifer Hermoso et Kadidiatou Diani, qui ont dénoncé des faits d'agression sexuelle ces dernières semaines. Émilie, membre de l'association depuis sept ans, revient sur cette action qui n'a pas été très appréciée par le service de sécurité du PSG.

« On peut parler de MeToo du foot »

Comment est née l’idée de cette action ?

Au départ, on voulait juste regarder un match. On est une équipe de foot, il y a des fans de l’OL et du PSG parmi nous. Par ailleurs, au vu du contexte de la Coupe du monde, de tout ce qui s’est passé vis-à-vis de Jenni Hermoso et, récemment, la plainte déposée par Diani, on s’est dit qu’il fallait qu’on s’exprime sur ce sujet. Il nous apparaissait pertinent d’essayer de porter un message au Parc des Princes, l’un des endroits où le foot féminin évolue.

On serait ravies d’entendre des stars du foot prendre plus position, évidemment, mais le problème, c’est l’institution. C’est elle qui pose un cadre qui empêche les sportifs et les sportives de s’exprimer sur ces sujets.

Vous trouvez que la parole des plaignantes n’est pas assez entendue en France ?

Clairement. On sent depuis des années une chape de plomb qui pèse sur la parole dans le sport en général, sur le sport féminin et sur les femmes en particulier. On l’a vu à la Coupe du monde avec l’équipe espagnole. Il faut faire exploser cette chape de plomb qui pèse sur les sportives en France. On serait ravies d’entendre des stars du foot prendre plus position, évidemment, mais le problème, c’est l’institution. C’est elle qui pose un cadre qui empêche les sportifs et les sportives de s’exprimer sur ces sujets. D’ailleurs, c’est le cas pour les violences sexistes et sexuelles, mais aussi pour l’ensemble des sujets. On a vu la position du ministère des Sports sur l’interdiction du port du hijab aux Jeux olympiques. Il y a une espèce d’omerta, une impossibilité d’exprimer une parole politique au sein du sport. Alors que les enjeux politiques traversent le sport, comme toutes les sphères de la société.

 

Vous n’avez pas eu de difficulté à entrer dans l’enceinte du Parc avec cette banderole ?

Non, on n’a pas eu spécialement de problème. Les agents ont regardé nos sacs et nous sommes entrées.

Au moment où vous la déployez, vous vous attendez à ce que le service de sécurité intervienne ?

Oui, bien sûr. On sait que c’est compliqué de déployer des messages dans les enceintes sportives, on savait que la sécurité allait très certainement intervenir. Mais la réaction était vraiment démesurée par rapport à l’enjeu et par rapport à ce qui était soulevé. Porter un message sur les violences sexuelles et sexistes, et subir nous-mêmes des violences… Qu’on remette la banderole aux agents de sécurité, il n’y a aucun problème, on l’a fait immédiatement quand ils sont arrivés. On a déployé la banderole trois minutes en tout et pour tout, on a replié, on a remis le matériel aux agents. Tout ça aurait pu s’arrêter là.

Comment le service de sécurité a-t-il justifié le fait de vouloir embarquer plusieurs de vos membres ?

Ils nous ont dit qu’ils voulaient nous mettre à l’écart pour qu’on montre nos billets. Pas de problème, on leur a montré nos billets, mais on ne voyait pas l’intérêt de nous mettre à part. Dans ces cas-là, c’est important de rester en groupe et de ne pas se diviser. On ne voyait pas l’intérêt de pointer l’une ou l’autre des personnes qui avaient déployé cette banderole, ça ne faisait pas sens.

C’est révélateur qu’une telle action soit reçue de cette manière ?

Évidemment. On ne remet pas en question les agents dans l’ensemble, on remet en question les ordres donnés, l’institution qui pose un cadre extrêmement répressif dans les stades, et dans beaucoup d’espaces de la société. Dans une société qui serait un peu plus apaisée, un peu moins liberticide, on n’aurait pas des réactions aussi démesurées. Là, c’est vraiment parce que des ordres sont donnés que la tension s’installe.

On a déployé la banderole trois minutes en tout et pour tout, on a replié, on a remis le matériel aux agents. Tout ça aurait pu s’arrêter là.

Votre action a suscité beaucoup de soutien, mais également des critiques. Cela vous a-t-il étonné ?

Pas spécialement. On est dans une société actuellement assez clivée, où des enjeux mettent parfois les personnes sous tension. La façon de les relayer n’est pas toujours entendue, il y a parfois des malentendus. C’est comme ça.

Avec un peu de recul, vous êtes satisfaite de l’écho qu’a pu trouver votre action ?

On se serait évidemment passées de ces violences, mais on est satisfaites de voir que le message peut quand même se diffuser. On continuera sous différentes formes, comme on le fait depuis toujours aux Dégommeuses, d’essayer de faire passer ces messages qui nous semblent essentiels sur les violences dans le sport, et plus généralement sur les positionnements en tant que femmes et minorités dans le sport.

Votre action a aussi été relayée en Espagne.

Ce qui s’est passé du fait de la mobilisation des joueuses espagnoles, c’est primordial. Notre action s’inscrit dans cette filiation (le hashtag #SeAcabó était aussi inscrit sur la banderole déployée dimanche, NDLR). Beaucoup parlent de MeToo du foot, je pense qu’on peut reprendre cette expression. C’est très important que ça dépasse les frontières, il y a un enjeu à internationaliser ces questions, à créer des solidarités et des passerelles entre les différents pays, les différents sports… La parole doit se libérer, ça se fait depuis quelques années et ça provoque des modifications dans certaines institutions, mais c’est encore trop à la marge. On n’a pas fini d’entendre nos voix et nos récits.

L’engagement des Espagnoles cet été représente-t-il une bascule dans cette lutte ?

Je l’espère. C’est en tout cas un point d’appui incroyable, qui doit être relayé, encouragé, amplifié. Cela donne un écho particulier. On espère que ça va continuer, jusqu’à ce que l’on estime que l’on puisse pratiquer nos sports dans des conditions dignes, sans subir de violences.

Propos recueillis par Quentin Ballue

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