- Coupes d’Europe
Que god save l’Europe des puissants clubs anglais !

Aston Villa et Crystal Palace ont remporté respectivement la Ligue Europa et la Ligue Conférence. Ces deux victoires illustrent à nouveau la domination des clubs anglais sur le Vieux Continent. Une bien mauvaise nouvelle pour le spectacle de ces compétitions excitantes sur le papier.
Au début du mois de mai, les Britanniques plaçaient l’extrême droite et Reform UK en tête des élections locales. Fer de lance du Brexit, le parti anti-immigration du pseudo-supporter d’Ipswich Nigel Farage a raflé la mise aux quatre coins du Royaume. Pourtant, ces derniers temps, l’Europe redonne le sourire à des milliers de supporters anglais. Avant la finale d’Arsenal ce samedi face au PSG, Aston Villa a gagné la Ligue Europa et Crystal Palace sa petite sœur, la Ligue Conférence, grâce au grand Jean-Philippe Mateta. Cette saison, les British dominent ces deux compétitions européennes. De quoi réconcilier le pays avec le Vieux Continent ? Non. De quoi dégoûter le monde du football ? Oui.
Une dynastie en cours
Ces deux dernières saisons, deux clubs anglais ont remporté la C3 : le triste Tottenham malgré une saison catastrophique en Premier League, dix-septième, et l’Aston Villa d’Unai Emery, métamorphosé en gros poisson d’Angleterre depuis trois saisons. Avant ces deux lauréats, le dernier vainqueur anglais de la C3 était Chelsea en 2019. Une relative accalmie de six ans pour les clubs des autres pays européens.
Le constat d’une domination anglaise est encore plus criant en Ligue Conférence. En cinq éditions de cette nouvelle compétition censée être réservée aux petits Poucets du foot européen, trois clubs anglais se sont imposés : West Ham, relégué trois saisons après, Chelsea et ses milliards de joueurs incapables de se qualifier en Europe cette saison et enfin Crystal Palace. En C4, seuls l’AS Roma et l’Olympiakos sont parvenus à s’affranchir des Britishs en inscrivant leur nom au palmarès.

Cette domination est le fruit d’une conjoncture économique ultra-favorable aux clubs anglais. Pendant que les droits TV baissent ou stagnent dans les autres championnats, les revenus de la Premier League augmentent chaque année. Les clubs s’en foutent plein la poche, construisent des effectifs haut de gamme et roulent sur l’Europe même quand ils galèrent en championnat – Crystal Palace a terminé quinzième de PL cette saison.
L’écart entre les effectifs s’est à nouveau illustré pendant les deux finales. Contre Fribourg, Aston Villa a évolué avec des remplaçants qui auraient leur place dans le onze du club allemand. Il en va de même pour les bencheurs de Crystal Palace, dont le niveau leur permettrait de jouer titulaire au Rayo Vallecano. Face à ce gap, les autres clubs européens sont condamnés à l’exploit. Un déséquilibre qui affecte le spectacle et la hype autour de ces deux compétitions car au foot, comme dans un autre sport, une dynastie d’un club, d’un pays, d’un joueur a toujours des conséquences négatives sur l’émulation des supporters.
La guillotine arrivera-t-elle ?
Depuis sa création en 1971, la Ligue Europa a toujours eu son lot de vainqueurs hipsters : l’IFK Göteborg, le RSC Anderlecht, Galatasaray, le Zénith Saint-Pétersbourg, ou encore le Shakhtar Donetsk. L’arrêt Bosman et ses nombreuses conséquences ont déjà profondément affaibli les clubs hors des cinq grands championnats. À la suite de cette révolution, les clubs espagnols, italiens et allemands étaient parvenus à performer en C3 et C4. Désormais, même eux semblent aussi entrer dans le rang. Ils ont rejoint la classe moyenne et ne parviennent pas à rivaliser avec les bourgeois anglais qui écrasent tout sur leur passage. Pour le pire.
Le charme de ces Coupes d’Europe se résumait justement à la diversité des équipes, des vainqueurs et des styles de jeu. Une invitation permanente à la curiosité où les suiveurs exploraient des championnats peu médiatisés et découvraient des clubs surprises de villes qui donnent envie de réserver un billet d’avion pour vivre l’ambiance d’un stade incandescent. C’était aussi pendant ces matchs de Coupe d’Europe qu’ils repéraient ces pépites inconnues avant qu’elles ne finissent par signer en Angleterre l’année suivante…
Pour la douce France, cette hégémonie anglaise est encore une moins bonne nouvelle. Toujours outsiders, mais jamais vainqueurs des Ligue Europa et Ligue Conférence, Lille, Rennes, Monaco, Lyon, Marseille et consorts devront surperformer tout le long de la compétition pour espérer battre leurs voisins outre-Manche (en commençant si possible par passer le stade des barrages ou des huitièmes). La dynastie de la monarchie parlementaire est lancée. Reste désormais à savoir quel révolutionnaire coupera la tête des Anglais dans les saisons à venir.
45 % de la Premier League en Coupe d’Europe la saison prochainePar Mathis Blineau-Choëmet





















































