Victorieuse d’une valeureuse sélection haïtienne, l’Écosse repart de Boston avec trois points dans la poche (1-0) et la tête du groupe C. Surprise !
Haïti 0-1 Écosse
But : McGinn (29e) pour l’Écosse
Bonne nouvelle: un match disputé au Gillette Stadium ne doit pas forcément être rasoir. Étonnante affiche entre deux nations que rien ne relie, ce Haïti-Écosse fut pourtant ce que l’on appelle « une bonne rencontre de Mondial», avec de l’intensité comme fil rouge, un certain sens du déséquilibre, et une victoire acquise au bout du bout par des Écossais plus bousculés qu’on aurait pu s’y attendre. Haïti, troisième communauté étrangère de Boston, retrouvera demain son camp de base à New York avec le sentiment du boulot bien fait, mais sans doute la sensation d’être passé à côté d’un sacré frisson au classement de ce groupe C, au regard du match nul entre le Maroc et le Brésil (1-1) un peu plus tôt dans la soirée. Attention, ces types-là ont du ballon.
Mangés à la sauce Tartan
Avant cela, il y avait quelque chose de l’ordre de la marche impériale dans ce début de soirée dans l’Est américain, avec cette entrée des joueurs en longeant les tribunes, alignés comme les stormtroopers marchent sur une planète étrangère. La présence des supporters écossais, pourtant si bruyants en avant-match et ces précédents jours dans les rues de Boston, s’est soudain faite plus discrète, comme s’ils étaient pris par la grandeur du lieu (66 000 places, surplombées par un écran géant incurvé de 113 mètres de long), et la grandeur des choses tout court : une entrée en Coupe du monde, même chez Dark Vador, ça pèse son poids. Pour l’Écosse, c’est une première participation à un Mondial depuis 1998. Pour Haïti, c’est un retour en mondovision après 52 ans d’absence alors qu’au pays, l’Organisation internationale pour les migrations annonçait, début juin, que près 1,5 million de personnes avaient été forcées de fuir les violences des gangs. À voir le sourire d’Angus Gunn, portier écossais, lors des hymnes, il était clair que la soirée, chaude comme Boston les délivre en ce moment, allait encore monter en température.
Comme on pouvait s’y attendre, les premières chaleurs sont écossaises (McTominay, 6e), mieux rentrés dans un match où leur avantage technique apparaît évident. Et puis, parce que l’histoire de la Coupe du monde prouve que la logique de papier n’y a aucune place, Haïti se révèle rapidement en réalité être un adversaire tenace, évoluant de contre-attaques dangereuses (Bellegarde, 10e et 13e, Isidor, 15e) en centres téléguidés vers la tête de Frantzdy Pierrot, dont le physique semble décidément tout indiqué pour la profession à laquelle il se destine après sa carrière de joueur : agent du FBI, nous apprenait L’Équipe du jour. En face, la Tartan Army a filé ses flingues à Scott McTominay, bien en jambes et tout en tête (6e), lequel touche même le poteau à la suite d’un bon débordement côté droit de Gannon-Doak, rien à voir avec Zelda (17e). Des pom-pom girls assurent le show de la pause fraîcheur dans des tenues pour aller à la piscine, et McGinn douche la bonne première période caribéenne d’une frappe à l’entrée de la surface déviée par Jean-Ricner Bellegarde (1-0, 29e). Ne pas s’y tromper : l’Écosse rentre au vestiaire avec un but d’avance et le contrôle du ballon, mais Haïti a du football à revendre et de sacrés atouts dans sa manche, à lui de bien les utiliser.
Gill-ette stadium
Flash-forward : la 67e minute vient de sonner et voilà qu’un homme apparaît torse nu sur l’écran géant du Gillette Stadium. Il a le torse poilu comme un ours et voilà, à n’en pas douter, le fait le plus intéressant d’une seconde période disputée piano piano. L’Écosse penche à gauche, côté Robertson, qui enchaîne les centres pour un McGinn toujours bien placé (55e, 58e), sans parvenir à trouver la faille au milieu du 4-4-2 à plat des Haïtiens. Le jeu, en réalité, se joue et se jouera là jusqu’au bout sur les ailes, dans un pastiche de partie de ping-pong, le ballon passant d’un côté à l’autre comme les frères Lebrun échangent les top spin loin de la table. McGinn loupe le face-à-face qui aurait tué le match face à Johny Placide (73e), avant qu’Isidor ne voie une balle d’égalisation lui filer devant le pied (72e). La fin de match est plus ouverte, tant Haïti pousse pour l’égalisation : les rapports de force s’inversent et voilà l’Écosse repliée sur elle-même, piquant en contre-attaque. Pierrot, encore lui en toute fin de match, voit sa tête frôler le poteau (84e), avant de rendre les armes, à 23h ce samedi 13 juin. Gala à fond dans la sono, on aimerait être écossais, à l’heure actuelle. Ces gens-là font traîner derrière eux une certaine odeur du bonheur, de la douce légèreté et du plaisir de boire une bière en gueulant sa fierté d’être en vie. À l’entrée du stade, avant la rencontre, dans l’embouteillage géant qui servait de route menant à Foxborough, certains particuliers proposaient des parkings sauvages, dirons-nous clandestins, moyennant cent dollars la place. À voir les Écossais sautiller de joie dans la nuit américaine, on se dit que l’investissement valait décidément la chandelle.