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Le chemin de Troyes

Par Raphaël Brosse

Premier relégable de Ligue 2 avant d’affronter Bordeaux, ce samedi (15h), Troyes vit une année 2023 abominable. Patrick Kisnorbo, entraîneur au bilan calamiteux, vient d’être mis à pied. Cela n’empêche cependant pas supporters et suiveurs de l’ESTAC d’être inquiets pour l’avenir de leur club, lié au City Football Group.

07 Gauthier HEIN (aja) - 11 Rafiki SAID (estac) during the Ligue 2 BKT match between Esperance Sportive Troyes Aube Champagne and Association de la Jeunesse Auxerroise at Stade de l'Aube on September 23, 2023 in Troyes, France. (Photo by Anthony Bibard/FEP/Icon Sport)
07 Gauthier HEIN (aja) - 11 Rafiki SAID (estac) during the Ligue 2 BKT match between Esperance Sportive Troyes Aube Champagne and Association de la Jeunesse Auxerroise at Stade de l'Aube on September 23, 2023 in Troyes, France. (Photo by Anthony Bibard/FEP/Icon Sport)

Entraîner un club de football professionnel français est un métier à hauts risques. Il faut accepter de se retrouver en première ligne face aux critiques et de s’asseoir sur un siège éjectable, susceptible d’être actionné en fonction des résultats, des changements de propriétaire ou des humeurs présidentielles. Rien que cette semaine, en Ligue 1, Pierre Aristouy et Fabio Grosso ont pris la porte. Le premier a passé près de sept mois sur le banc de Nantes (pour 17 matchs), tandis que l’expérience lyonnaise du second n’a duré que deux mois et demi (7 matchs). Les deux cas sont certes difficilement comparables. Mais on imagine aisément que l’un comme l’autre auraient pu observer la situation de Patrick Kisnorbo d’un œil, sinon envieux, du moins étonné.

L’Australien a tenu les rênes de Troyes pendant un peu plus d’un an. Son bilan : 40 matchs toutes compétitions confondues, pour 23 défaites, 14 nuls et… 3 victoires. Les plus taquins souligneront même que le dernier de ses trois succès, début novembre contre Caen (2-1), a été acquis alors que le technicien de 42 ans, malade, était absent. Cette dynamique épouvantable en 2023 – agrémentée d’une série de 23 rencontres sans victoire, entre le 2 janvier et le 12 août – a fait plonger l’ESTAC du ventre mou de la Ligue 1 à la zone de relégation de la Ligue 2, où elle est empêtrée au moment de se rendre à Bordeaux, samedi (15h). Un déplacement qui sera effectué sans Kisnorbo, mis à pied dimanche dernier. Enfin, seraient tentés de dire certains.

Pur produit de la galaxie City

Un « soulagement ». C’est le mot qui vient spontanément à l’esprit des supporters aubois pour décrire leur réaction à l’annonce du départ de celui qui a dirigé leur équipe tout au long de cette descente aux enfers. « On a tous sorti le champagne ! », ose même Jean-Baptiste, 37 ans, qui suit les déboires de ses protégés depuis le Canada. « J’étais un peu surpris, parce qu’on n’y croyait plus trop, avoue Lucas, 23 ans, abonné en tribune latérale. Enfin, on va pouvoir évoluer, explorer d’autres choses. » Les ultras aubois avaient quant à eux organisé un cortège funéraire en amont de la réception de Guingamp, le week-end dernier. « Notre message était simple à comprendre : nous réclamions une fois de plus la démission de Patrick Kisnorbo », expliquent les Tricasse Crew, dont le bureau a préféré répondre de façon collégiale à nos questions (les Magic Troyes n’ont pas donné suite). Le vœu de ces fans désabusés a donc été exaucé. Ce qui n’empêche pas de se demander comment l’homme au centre de leur courroux a pu sévir pendant autant de temps, malgré des résultats catastrophiques.

Patrick Kisnorbo, alors entraîneur de Troyes. (Photo by Dave Winter/FEP/Icon Sport)
Patrick Kisnorbo, alors entraîneur de Troyes. (Photo by Dave Winter/FEP/Icon Sport)

Retour en arrière. En novembre 2022, les dirigeants troyens décident de remplacer Bruno Irles par Patrick Kisnorbo, alors en poste au Melbourne City FC. Un choix qui tombe sous le sens dans la mesure où Troyes fait partie, depuis 2020, du City Football Group. L’idée est ainsi de confier les clés de l’équipe première à un coach de la galaxie City, afin qu’il y applique une philosophie de jeu inspirée de celle d’un certain Pep Guardiola à Manchester. Le tout en accordant, de préférence, beaucoup de temps de jeu à de jeunes joueurs, qui pourront ensuite rejoindre d’autres filiales ou être vendus. Sauf que sur le terrain, les mauvais résultats s’enchaînent. « S’il avait été un entraîneur français, non affilié au City Football Group, il aurait dégagé au bout de dix matchs, avance Damien Perquis, consultant beIN SPORTS (diffuseur de la Ligue 2) et suiveur assidu des performances de son club formateur. Les dirigeants se sont obstinés avec lui parce que c’était un produit City, c’est tout. »

Mais pourquoi vouloir jouer comme Guardiola en Ligue 2 ?

Damien Perquis, formé à l’ESTAC

En dépit d’une phase retour calamiteuse, conclue par une avant-dernière place en Ligue 1, le technicien venu du Down Under est confirmé à son poste. L’effectif est renouvelé en profondeur au cours du mercato, faisant la part belle à des recrues juniors (Abdoulaye Ndiaye, Rafiki Saïd, Doğan Alemdar, Junior Olaitan…) et laissant de la place pour les produits issus du centre de formation. Mais le discours de Kisnorbo – qui s’exprime toujours en anglais – et ses idées de jeu ne portent cependant pas non plus leurs fruits à l’échelon inférieur. Sur le terrain, ses joueurs donnent même parfois l’impression d’être perdus tactiquement. « Mais pourquoi vouloir jouer comme Guardiola en Ligue 2 ? s’interroge Perquis. Le projet City n’est pas viable dans cette division. C’est un championnat très compliqué, qui nécessite de s’appuyer sur de vieux briscards. Là, les dirigeants ont ramené des gamins de 20 ans, qui n’ont quasiment jamais joué en professionnel pour la plupart, et on nous dit que ce sont des valeurs marchandes. Faire jouer des jeunes, OK. Mais il faut au moins les encadrer ! » Or, les quelques joueurs expérimentés enrôlés pendant l’été, comme Mehdi Tahrat ou Youssouf M’Changama, ne sont pas au niveau escompté. Ce jeunisme très poussé, en témoigne une moyenne d’âge qui est la plus basse du championnat, laisse également Lucas dubitatif. « En Ligue 1, Kisnorbo n’avait pas les joueurs adaptés pour développer le City game, donc la fin de saison a été en quelque sorte sacrifiée. En Ligue 2, il a tenté des trucs, par exemple en faisant rentrer le latéral au milieu de terrain, mais ça n’a jamais marché. Et je doute encore du profil de certains pour s’adapter à cette philosophie de jeu », estime le supporter.

Le fiasco Kisnorbo fait aussi remonter à la surface doutes et inquiétudes liés à la stratégie du City Football Group vis-à-vis de Troyes. « On voit bien que nous servons simplement de tremplin pour les jeunes, déplorent les Tricasse Crew. Les trois joueurs les plus chers de notre histoire n’ont d’ailleurs jamais joué chez nous (Sávio, Metinho et Amar Fatah, qui ont respectivement coûté 6,5, 5 et 4,70 millions d’euros, NDLR) et ont été directement prêtés à d’autres clubs satellites du CFG. » Le groupe ultra regrette également que le dialogue entre supporters et direction ait été rompu après le départ d’Aymeric Magne, ancien président exécutif, dont le contrat a été résilié à la suite de sa condamnation pour violences conjugales. « City apporte beaucoup au club financièrement, avec des investissements dans la formation. Ils veulent construire un club stable, avec un centre de formation performant. Mais c’est une logique de long terme », tempère Jean-Baptiste. « On a tous cette crainte que l’aspect économique, centré sur les jeunes, prenne le pas sur les ambitions sportives, tente de synthétiser Lucas. J’ai l’impression que le City Group préfère qu’on soit dixièmes de Ligue 2 au lieu de jouer la montée. Le message n’est pas forcément tout le temps clair, ni uniforme. Dans le fond, je pense malgré tout que ce projet n’est pas si mauvais que ça. » Les plus optimistes s’accrochent à l’exemple de Gérone, autre membre de la famille City, qui bataillait en deuxième division espagnole dans un passé récent et se trouve maintenant au coude-à-coude avec le Real Madrid en tête de la Liga.

Sauver ce qui peut encore l’être

En attendant d’espérer imiter leurs cousins catalans, les Troyens doivent déjà penser à sauver leur peau en Ligue 2, eux qui comptent trois points de retard sur le premier non-relégable après quinze journées. Pour ce faire, ils pourront bénéficier du soutien des Tricasse Crew. « Nous allons pousser notre équipe pour essayer de décrocher le maintien », assurent les ultras, prêts à revenir garnir les tribunes d’un stade de l’Aube qui sonnait creux, ces derniers temps. En dépit d’un manque évident d’expérience, l’effectif aubois n’est pas dépourvu d’éléments de qualité. Grâce à la manne financière du City Football Group, il pourrait en outre bénéficier d’ajustements salutaires lors du mercato hivernal. Reste maintenant à savoir quel entraîneur sera chargé de mener l’opération maintien (les noms de David Guion et d’Olivier Dall’Oglio, entre autres, ont été cités). Et, surtout, quelle sera sa marge de manœuvre. « Là, il ne reste qu’un champ de ruines, illustre Damien Perquis. Il faut reconstruire la baraque, et j’espère du plus profond de mon cœur qu’on va laisser le prochain coach poser son propre projet de jeu. » Avant de conclure, pour dissiper tout malentendu : « Moi, je ne veux le poste de personne. Je milite juste pour que mon club aille mieux et ne descende pas en troisième division. » Après tout, on pourrait considérer que les amoureux de Troyes ont déjà assez souffert comme ça en 2023.

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Par Raphaël Brosse

Tous propos recueillis par RB.

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Albert RIERA (entraineur Bordeaux fcgb) during the Ligue 2 BKT match between Football Club des Girondins de Bordeaux and Valenciennes Football Club at Stade Matmut Atlantique on January 23, 2024 in Bordeaux, France. (Photo by Dave Winter/FEP/Icon Sport)
Albert RIERA (entraineur Bordeaux fcgb) during the Ligue 2 BKT match between Football Club des Girondins de Bordeaux and Valenciennes Football Club at Stade Matmut Atlantique on January 23, 2024 in Bordeaux, France. (Photo by Dave Winter/FEP/Icon Sport)
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