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« C’est comme si ce “tais-toi” qu’on m’infligeait était normal »

En plus de s’offrir une nouvelle actualité, la finale de la CAN le 18 janvier dernier entre le Sénégal et le Maroc a aussi été marquée par un acharnement sur les réseaux sociaux envers la journaliste de beIN Sports Vanessa Le Moigne, 43 ans. Presque deux mois plus tard, elle a accepté de revenir sur le cyberharcèlement qu’elle a subi, les menaces de mort et de viol qu’elle a reçues, mais aussi sa place en tant que femme dans le journalisme de sport.
Deux mois après la finale de la CAN, comment te sens-tu ? Ça va, merci de poser la question. Je me sens bien, ça fait quelques semaines que je vis une câlinothérapie, des gens m’arrêtent dans la rue, dans les stades, pour me faire des câlins ou me glisser des petits mots d’encouragement. Le cyberharcèlement que j’ai subi, les insultes, les menaces, les menaces de mort, les menaces sur mes enfants… Ça a duré quatre jours jusqu’au moment où j’ai pris la parole sur mes réseaux sociaux pour dire « J’arrête ».
Tu as eu besoin de prendre du temps avant de prendre la parole en interview. Pourquoi ? Je voulais laisser passer le temps pour que l’algorithme laisse sortir les supporters, beaucoup trop passionnés, d’autres pays parce que ce n’est pas leur sujet. On ne vit pas le journalisme de la même façon, leur presse est différente. Mais pour ceux qui étaient en France, la majorité, c’est important pour moi de mettre en lumière ce sujet-là.
Tu as évoqué les menaces que tu as subies. Quel a été l’impact des réseaux sociaux sur cette CAN ? J’ai été cyberharcelée pendant un mois, et ça s’est amplifié quand j’ai reçu Imane Khelif (la boxeuse algérienne, régulièrement attaquée et accusée d’être un homme, NDLR). Ce cyberharcèlement, effectivement, était là et très présent depuis plusieurs semaines. Mais sur cette finale, j’ai pris une armée numérique dans la tête. Moi, je suis en bord de terrain, ma vision est très différente de celle du téléspectateur.
Ce qui m’a choquée, ce n’est pas tant les messages, c’est cet isolement, cette forme de sacrifice sur l’autel du journalisme de sport ou de football.
Tu as pu un peu te protéger de tout cela ? Je ne suis pas allée sur X, ni sur TikTok, parce que je savais que ça ne servait à rien, mais on m’a appelée pour me dire qu’il y avait beaucoup de messages. En revanche, les menaces de mort, de viol, je les ai vues dans mes DM (messages privés, NDLR), sous mes posts sur Instagram, mais aussi dans ma boîte mail professionnelle. Ce qui m’a choquée, ce n’est pas tant les messages, c’est cet isolement, cette forme de sacrifice sur l’autel du journalisme de sport ou de football, où on te dit en quelque sorte : « Tu es exposée, eh bien c’est bien fait pour ta gueule, voilà ce que tu mérites, tu n’as qu’à rentrer dans les rangs, être comme les autres. »
Tu subis du sexisme, mais aussi du racisme… Oui, mais le racisme que je vis, ce n’est pas grave, parce que je m’appelle Vanessa Le Moigne et que je suis typée européenne (alors qu’elle a des origines algériennes, NDLR). Je n’ai jamais vécu de racisme lié à mon nom ou à mon faciès. En revanche, j’ai été témoin du racisme envers ma mère quand j’étais petite. On me demandait si c’était ma femme de ménage qui venait me chercher à l’école. Donc par rapport à mon positionnement et à mon métissage, c’est un sujet très important pour moi. Je fais la Coupe d’Afrique des nations parce que c’est l’une de mes compétitions préférées, j’aime le foot africain et je veux qu’on le valorise. C’est pour ça que ce qui m’est arrivé m’a écœurée. Je ne veux pas pointer du doigt le foot africain, les supporters, parce que je n’ai pas envie qu’on me dise « c’est à cause du foot africain que tu as vécu ça », alors que ça fait des années que je vis le cyberharcèlement, ça concerne aussi le foot de clubs. Dire ça, ce serait faire le jeu des racistes et ça me saoule.
Durant cette finale, avec tes collègues, vous vivez un moment lunaire, une longue interruption, des bagarres en tribunes, ce n’est pas un contexte qui aide pour travailler sereinement… Quand je prends l’antenne, on me dit que si je ne me sens pas en sécurité, ce sont les commentateurs Julien (Chaput) et Robert (Malm) qui prendront la main. Cette image des deux stadiers qui sortent inertes, dont un sur une civière avec la tête en vrac, me choque parce que je ne mettrai jamais le football au-dessus d’une vie humaine. On s’est parlé avec mon équipe, sur place dans la régie, et on pense tout de suite à (Michel) Platini en 1985 avec le drame de Heysel. Quelqu’un de chez nous cherche à avoir des réactions, croise Édouard Mendy et nous l’amène au moment où on s’apprête à parler du penalty. Quand il arrive, je ne sais pas s’il est content, il a le visage fermé. Il n’a pas la réaction de quelqu’un qui vient de gagner, je pense qu’il est éprouvé. Je lui dis félicitations une première fois, il ne répond pas, je me dis qu’il n’a pas entendu parce qu’il y a trop de bruit, donc je lui redis une deuxième fois, puis une troisième. Et en même temps je me dis que je vais peut-être dire félicitations à quelqu’un alors qu’il y a un mort. Je regrette de ne pas avoir contextualisé (les heurts en tribunes, NDLR) pour Mendy. En revanche, peu importe ma question, je n’enlèverai aucune virgule. (La question était : « En même temps j’hésite à vous dire félicitations, je vais vous laisser commenter tout ce qui s’est passé sur la fin, c’est dramatique en fait », NDLR.) Je ne compte pas dans cette séquence, j’aurais pu ne pas paraître à l’antenne et juste tendre le micro parce que tout ce qui comptait pour moi, c’était ses réponses à lui, sa vérité à lui.
Si ma question a pu blessé quelqu’un, je suis navrée. Notre travail est aussi de poser les questions qui dérangent, seule la réponse compte. Le ton venait du contexte : on parlait maîtrise du match par l’arbitre et on sortait d’images violentes quand Édouard Mendy est arrivé 1/2
— vanessa Le Moigne 🇫🇷🇩🇿 (@Vanessalemoigne) January 19, 2026
Avant qu’Édouard Mendy n’arrive à ton micro, vous vous mettez d’accord entre journalistes et consultants pour poser cette question ? J’assume complètement, mais oui, je me nourris aussi des personnes très connues dans le monde du football qui étaient autour de moi. On a regardé ce que disaient les gens sur les réseaux sociaux et on a vu que ça tournait beaucoup. Avec Benjamin Moukandjo (consultant pour beIN, NDLR), on se dit que Brahim Díaz a juste voulu être le héros (avec sa panenka), ce qui est humain, mais je me dis que la question mérite d’être posée. Les gens en bord de terrain, tout le monde s’est demandé s’ils avaient fait exprès. Mendy reste flou sur son échange avec Díaz, donc j’insiste et je lui dis : « On est d’accord qu’à aucun moment il y a un arrangement entre vous. » Je ne crois pas à cette théorie, mais des gens peuvent se dire qu’il y a un arrangement pour la paix parce qu’il y a une situation injuste avant (le but refusé au Sénégal, NDLR) et pour que ça ne dérape pas. Pour nous, la situation est explosive. Je le dis parce qu’il faut mettre le mot, on a peur en bord de terrain.

Depuis, tu as une certaine appréhension quand tu poses des questions ? Oui complètement. Et ça rend les choses tièdes. Je conçois le sport comme du divertissement, j’aime voguer entre les deux univers de l’information et du divertissement. Ça m’a souvent porté préjudice. Il y a toujours une forme d’acting dans la façon dont je joue avec les consultants et aujourd’hui, je suis un peu plus sur la réserve. Lors du match juste après la CAN, je suis avec Stéphane Dumont (entraîneur de Troyes, NDLR) qui avait coaché auparavant l’En Avant et qui faisait son retour à Guingamp (1-0 le 24 janvier, NDLR) et je me dis que je vais lui demander s’il est passé à la coopérative chercher des crêpes. Mais je suis tellement dans l’appréhension que je pose la question sans la poser, donc je suis dans une tiédeur monstre, je fais un flop et je n’ai plus du tout envie de poser de questions.
Si je n’étais pas retournée au travail quatre jours plus tard, je ne serais jamais revenue, que ce soit dans le foot ou à beIN Sports, je pense même que je disparaissais littéralement.
Quelques jours après la CAN, tu as annoncé ta volonté d’arrêter de suivre le football la saison prochaine. Ce déferlement de haine a été la goutte de trop ? Ce « J’arrête » est multifactoriel, il m’est propre et il y a beaucoup de raisons. Quand on perd le sens de quelque chose, qu’on a donné un moment particulier de sa vie, où je suis en post-partum, j’ai sacrifié des moments avec mon bébé que je ne vivrai plus, et qu’on arrive à une telle situation, on se dit que c’est complètement vain. Pourquoi je m’inflige cela ? Pourquoi je mets en danger mes enfants ? Ce n’est pas anecdotique des menaces de mort sur ses enfants, des menaces de viol non plus. C’est ce qui m’a le plus touchée, je me suis dit : « Stop, ma limite est là. » Les gens voient les messages passer et personne ne dit rien. C’est une forme de banalisation de la violence, comme si ce « tais-toi » qu’on m’infligeait était normal.
Tu es en paix avec cette décision ? Au moment où je l’ai dit, il y a une bascule. Tout a changé. Je reçois des milliers de messages, et là, c’est un autre sentiment qui prend le pas : la honte. Le sujet de la légitimité, je l’ai mis de côté de suite parce qu’à 16 ans, j’étais déjà avec un micro sur les bords de terrain. Mais je me rends compte qu’avec ce « J’arrête », je déçois les gens qui me suivent, qui m’ont vue grandir puis vieillir à la télé, et surtout ces petites filles, ces jeunes journalistes qui m’ont envoyé des notes vocales. Je n’avais pas pris conscience du rôle qu’on peut incarner. La première chose que je voudrais dire, c’est que je suis désolée d’avoir été et d’être égoïste, de chercher avant tout à me protéger moi et ma famille, de montrer cette image d’une femme dans le monde du foot. J’en suis désolée, j’en ai eu honte, mais je sais aussi que ce n’est pas de ma faute.

Tu parles d’une décision multifactorielle. Il n’y a pas seulement le cyberharcèlement qui a fait mûrir ce choix ? Le plus difficile pour moi, c’est que ma motivation principale, le sens de ce métier, est partie l’année dernière… (Émue.) J’ai perdu mon père juste avant d’accoucher (en mars 2025, NDLR) et je suis revenue au mois d’août, je pense un petit peu tôt. C’est l’histoire d’une petite fille et de son papa. Quand j’ai repris le travail sur un match de Ligue 2, je n’avais plus mon téléspectateur. C’est pour lui que j’ai fait ça, c’était juste pour qu’il me voie… C’est mon père qui m’a fait découvrir le football. J’ai envie que tous ces papas qui ont des petites filles prennent conscience que leur voix est très importante. Ce n’est pas tellement sur mon cas particulier qu’il faut mettre la lumière, mais c’est sur toutes ces filles et sur la raison pour laquelle elles sont dans le monde du sport.
Je veux me laisser cette porte de sortie parce qu’il faut qu’on offre à toutes les femmes qui interviennent dans le sport et le foot un espace sécurisant comme si cette fille était la vôtre.
Tu es toujours en réflexion ? Je ne suis pas en réflexion, je suis en réparation. Je suis en train de me dire que je ne suis plus la princesse de mon papa, mais je reste la guerrière de ma maman. Je vais faire la Coupe du monde, c’est certain, d’une façon ou d’une autre. Mais je me laisse une porte de sortie, qui est salvatrice. Elle me fait du bien parce qu’elle oblige les autres à me donner un espace sécurisant. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je ne peux pas dire « Je n’arrête pas », je suis incapable de le dire. Il faut qu’on offre à toutes les femmes qui interviennent dans le sport et le foot un espace sécurisant comme si cette fille était la vôtre. Dans mon « J’arrête », il y a aussi le fait que j’ai une très grande gueule, malheureusement pour moi, et que je ne sais pas faire les choses dans le silence. Beaucoup de mes collègues, même les plus exposées à l’époque, sont parties dans le silence. On voit ça comme des opportunités qu’elles ont pu avoir, mais elles se sont aussi sauvées, parce qu’elles étaient passionnées par le foot et le sport, mais elles l’ont fait sans faire de bruit. Ce « J’arrête », il est pour dire avec ma dignité : « Je pointe du doigt votre propre médiocrité, voilà ce que vous avez fait à quelqu’un qui soi-disant est solide et fort. »
Cette grande gueule, on a pu te la reprocher ? Ah oui ! On ne m’a jamais demandé de changer, mais je pense que ça ne m’a pas facilité les choses. Cette grande gueule me porte beaucoup plus préjudice que d’être une femme. À chaque fois que j’ai une lumière sur moi, j’en profite pour la mettre sur cette cause. Pas pour moi mais pour les petites jeunes qui arrivent derrière.
Dans une de tes stories, tu avais dénoncé le manque de soutien de la profession. Tu en as tout de même reçu ? La réaction qui m’a le plus marquée, c’est celle de mes consœurs. J’ai découvert que le mot sororité n’est pas galvaudé. C’est tout ce qu’on fait ensemble depuis des années. Ce n’est pas un hasard que ça m’arrive à moi et tant mieux ! Je préfère cela plutôt que ça arrive à une plus jeune, parce que je connais les ressorts. J’ai fini le jeu, j’ai atteint mon rêve, j’ai fait tout ce que j’avais envie de faire et maintenant c’est juste du bonus. Les femmes sont arrivées en masse d’abord dans l’ombre, en coulisses, en m’envoyant des messages. J’ai notamment eu Nathalie Iannetta au téléphone pendant des heures, elle a été très présente. Puis elles se sont organisées via l’association Femmes Journalistes de sport quand j’ai annoncé que j’arrêtais. Dans la foulée, il y a ce post sur « La compétence n’a pas de genre ». Ça a mis la lumière sur ce qui m’arrivait en créant une séquence dans la séquence. Des gens ont pris conscience de la violence des choses, sont venus à mon soutien et l’algorithme s’est inversé. Il faut que je commence par dire merci pour cela, parce que c’est ce qui a permis de faire disparaître tout ce qu’il y avait de négatif.
Aujourd’hui, nous parlons d’une seule voix. Le départ de notre consœur Vanessa Le Moigne n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’une réalité insupportable : insultes, sexisme, remise en cause permanente. Ce n’est pas le “prix à payer”. Nous ne nous tairons plus. pic.twitter.com/VMUOSxqCfA
— Femmes Journalistes de Sport (@DesJournalistes) January 24, 2026
Et des confrères ? Il y a des hommes alliés, mais qui sont silencieux malheureusement et aujourd’hui on a besoin d’eux parce que leur façon de penser permet aussi d’être un bon exemple pour les jeunes garçons, pour cette jeune génération qui répond à des sondages en disant que la femme doit rester à la maison. On a besoin d’avoir aussi ce role model chez les hommes parce que le sujet de l’équité est aussi un sujet masculin. Tous ont une mère et certains ont une sœur, une tante, une fille, donc par la force des choses, ça les concerne aussi. Avec ce regard biaisé de personne en colère – parce que même si j’ai dit que je ne l’étais pas, je l’étais –, je comprends aussi que ça crée une polarisation, que certains hommes se sentent agressés et se mettent sur la défensive. Mais ce qui est important, ce n’est pas tellement ce qu’ils vont ressentir, il faut remettre la lumière sur ce qui est dit et surtout sur les conséquences pour la personne qui reçoit ces propos. Par exemple, les propos de Daniel Bravo (sur Gaëtane Thiney, NDLR) sont graves. Ce sont les propos d’un gros boomer beauf qui cherche à faire de l’humour, mais sa réaction est très intelligente parce qu’il est entouré de sa femme, de ses filles, qui lui disent « Tu es un gros beauf, pourquoi t’as dit ça ? » Il l’explique très bien, il sait qu’il a déconné. Il a tout de suite été beaucoup défendu à coups de « ça va, on peut plus rien dire », il aurait pu aller là-dessus ou alors se taire. Mais son comportement diffère par rapport à d’habitude et je pense que c’est une première, il donne une interview à L’Équipe où il dit « Je suis désolé » et en quelque sorte « Je me tiens à vos côtés ». Ça veut dire qu’il y a la possibilité d’une rédemption dès l’instant où on prend conscience du mal que ça fait. Ça fait du bien aussi de se dire qu’on est dans une société normale et que les filles vont pouvoir accéder à ce métier en n’ayant plus à se méfier de leurs collègues, à se sentir décrédibilisées ou humiliées parce que tout simplement, malheureusement pour elles, elles sont des femmes.
Quand j’ai participé au documentaire de Marie Portolano, j’ai pris conscience de toutes les micro-agressions que j’avais vécues.
Tu as débuté dans le journalisme de sport il y a deux décennies. C’était encore plus masculin à l’époque ? Oui complètement, parce qu’on avait un ou deux modèles. Quand j’étais petite, il y avait Marianne Mako, puis il y a eu Sophie Thalmann sur Téléfoot. Mais on ne voyait qu’une seule femme à la fois, donc il y a le fameux « syndrome de la Schtroumpfette » où on se dit qu’il y a une place pour une seule femme. C’est quelque chose qu’on incorpore, mais qui ne doit pas être la réalité. Moi, j’étais très naïve, je suis arrivée dans ce milieu avec une autre préoccupation : je n’avais pas d’argent pour payer mon école de journalisme. Avant le souci d’être une femme dans un milieu d’hommes, il y a d’abord ce problème d’ascenseur social. Et c’est quand j’ai participé au documentaire de Marie Portolano (« Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste » sorti en 2021 sur Canal Plus, NDLR) que j’ai pris conscience de toutes les micro-agressions que j’avais vécues. Dans le documentaire, j’ai dit peu de choses, et sur le ton de l’humour. Puis quand je me suis vue, ça m’a fait de la peine. En pointant du doigt certaines personnes, ça m’a attristée de me dire que c’était des gens pour qui j’avais de l’affection qui me faisaient mal et qui ne s’en rendaient pas compte. Ce qui m’avait fait le plus de mal, c’était l’accumulation de toutes ces petites séquences qui étaient quotidiennes et par des gens que j’aimais bien.
Depuis ce documentaire et la création de l’asso FJS (en 2021), penses-tu que les choses ont évolué ? Je vois une énorme évolution positive ! C’est cette sororité et je ne veux plus jamais qu’on galvaude ce mot parce que c’est incroyable ce qui s’est passé, cette force. Quand on a commencé à intellectualiser tout ça, qu’on a regardé derrière et qu’on a vu tout ce qu’on avait vécu, on s’est dit que ce n’était pas normal, qu’il y avait un gros problème et qu’on était toutes affectées par ça. On n’a pas cherché à regarder ceux qui tenaient ces propos, on s’est regardées nous-mêmes et on avait ce truc commun d’être de la même génération d’avoir été plus nombreuses que celles d’avant qui étaient toutes seules.
Qu’est-ce que tu aimerais dire aux jeunes filles journalistes, celles qui veulent commencer ou qui comptent abandonner ? Je n’arrivais plus à répondre aux jeunes qui m’écrivaient parce que j’avais envie de dire « N’y allez pas ». Et c’est horrible, c’est terrible. Et c’est pour cela que je parlais de honte, par rapport au fait de donner cette image de la personne qui abandonne. Ce que j’ai envie de dire à toutes ces jeunes filles, c’est que lorsqu’on tombe tout en bas, on ne peut que remonter et se relever. C’est pour ça que je reprends enfin la parole, je veux mettre la lumière sur cette cause. Je vais agir, ce que je faisais déjà avant, mais j’ai fait une petite pause de deux ans pour faire naître ma petite fille. J’étais très tournée sur moi-même, mais grâce à cette séquence-là, j’ai retrouvé une sorte de hargne à me dire que je vais venir vous faire de la place et surtout remettre les échelles et vous former.
Habib Beye se mouille à propos de la CAN attribuée au MarocPropos recueillis par Lucie Lemaire à Boulogne-Billancourt






















































