- Foot
- Médias
Vanessa Le Moigne quitte le foot, une bien triste issue
Excédée par les insultes et une vague de haine à son encontre sur les réseaux sociaux, la journaliste de Bein Sports Vanessa Le Moigne a annoncé se retirer du monde du foot en fin de saison. Une annonce qui soulève une nouvelle fois le problème du harcèlement sur les réseaux et qui montre que le combat pour l’acceptation des femmes dans le sport est encore loin d’être gagné.

Après six ans passés à le couvrir à temps plein sur Bein Sports, voilà que Vanessa Le Moigne va quitter le monde du ballon rond, défaite par des internautes peu courageux et qui ont préféré lâcher leur frustration aux yeux de tous et avec véhémence. Sur Instagram, elle a ainsi annoncé lâcher l’affaire concernant le foot : « Merci le foot pour les rencontres… pour les beaux moments mais next. […] Fin de saison, j’arrête et maintenant je me sens libérée. La Ligue 2 n’a pas besoin de moi, mais je finis ce que j’ai commencé, et après je fais autre chose. S’il y a autre chose à faire. Merci d’éviter les panenka, je prendrai ça comme une provocation. »
Cyberharcèlement à outrance
Les twittos et autres lui reprochent notamment deux passages. Le premier, où elle s’adresse à Édouard Mendy en disant : « Édouard, félicitations, mais en même temps j’hésite à vous dire félicitations tellement ça a été… je vais vous laisser commenter tout ce qu’il s’est passé sur la fin. C’est limite dramatique en fait. » Le second, qui lui a valu d’être traitée d’amatrice ou d’incompétente, pour les plus polis, où elle demande au gardien sénégalais s’il y avait pu avoir une forme d’arrangement entre lui et Brahim Díaz avant le penalty. Des questions spontanées, à chaud, sous le coup du direct et même légitimes (la poser permet d’avoir une réponse mettant fin aux rumeurs, par exemple) à l’issue d’une rencontre hors du commun, au sens propre.
Dès le lendemain sur son compte X, Vanessa Le Moigne, déjà cible de cyberharcèlement moins de 24 heures après l’interview en question, s’est expliquée sur la séquence tout en la publiant intégralement pour la remettre dans « son contexte » où « on parlait maîtrise du match par l’arbitre et on sortait d’images violentes quand Édouard Mendy est arrivé ».
Sur le plateau de C à vous, elle a aussi confié qu’en « bord de terrain, on ne se sentait pas du tout en sécurité », à cause de tous les débordements qui ont eu lieu au moment de l’interruption de la rencontre. Une information à prendre en compte avant de la croire déconnectée d’une réalité qui ferait foi aux yeux de ses détracteurs, alors qu’elle a confié en story Instagram ne pas savoir à ce moment-là si « les deux jeunes (qu’elle avait) vu sortir en civière inanimés (étaient) en vie ».
Si ma question a pu blessé quelqu’un, je suis navrée. Notre travail est aussi de poser les questions qui dérangent, seule la réponse compte. Le ton venait du contexte : on parlait maîtrise du match par l’arbitre et on sortait d’images violentes quand Édouard Mendy est arrivé 1/2
— vanessa Le Moigne 🇫🇷🇩🇿 (@Vanessalemoigne) January 19, 2026
Sur X, la journaliste a ainsi concédé être « navrée » si sa question « a pu blesser quelqu’un », soutenant qu’elle était aussi là pour poser au besoin « les questions qui dérangent ». Une question sur le penalty peut-être trop naïve ou idéaliste pour certains, mais que nombreux ont pu se poser, même pour rigoler. En story, elle a d’ailleurs justifié ce point : « Je ne parle pas de football. Des supputations d’arrangements pour la “paix” circulent sur les réseaux. Je dois poser les questions et cette question-là sur le penalty pour que LA réponse de l’un des acteurs existe. »
Ohé, ohé, journaliste abandonnée
Soutenue par une majorité de consœurs, elle s’est aussi émue du peu de soutien de la profession : « Que les supporters ne comprennent pas, c’est OK. Mais mes amis, mes “pairs”, à l’affût de mon moindre fourchage de langue depuis des années… ils sont meilleurs visiblement. Sans aucun doute ! Je leur laisse la place. » Si l’Association des femmes journalistes de sport a publié un communiqué de soutien, rappelant notamment que le cyberharcèlement est un délit, il est vrai que les voix masculines pour la soutenir, sans même avoir à « cautionner » ses questions, n’ont sans doute pas été assez nombreuses.
Sa décision résulte surtout d’une tendance globale, l’épisode de la CAN ayant certainement plus été la goutte de trop qu’une grande première. Il est trop facile et lâche de tomber sur Vanessa Le Moigne pour une séquence de deux minutes, qui intervient au bout d’un mois de couverture du tournoi, avec professionnalisme et sincérité pour la journaliste qui n’a jamais caché sa passion pour la compétition et le foot tout court, alors qu’on la retrouve chaque week-end pour les matchs de Ligue 2.
La minute où la finale a basculé dans le chaos… Avec l’éclairage du désormais double vainqueur de la CAN Edouard Mendy. Interview dans son contexte c’est mieux! pic.twitter.com/IXMaLVwHgA
— vanessa Le Moigne 🇫🇷🇩🇿 (@Vanessalemoigne) January 19, 2026
Il y a deux choses à mettre en avant dans cette histoire : le sentiment d’impunité et la violence des réseaux sociaux qui peuvent avoir des conséquences importantes sur une personne qui n’a pas à subir un tel déferlement ; et bien sûr l’éternelle misogynie envers les femmes journalistes de sport, qui ne fait que renforcer un syndrome de l’imposteur largement documenté et qui ne devrait pas exister. Le droit à l’erreur est beaucoup plus fin, voire inexistant, à l’image de ce qu’a pu vivre la journaliste américaine Lynn Jones il y a une dizaine de jours, coupable selon les internautes et certains confrères d’une sortie de route pour… avoir soutenu Liam Cohen, l’entraîneur des Jacksonville Jaguars, après l’élimination de son équipe en play-off NFL. Marie Portolano avait largement sensibilisé sur le sujet avec son documentaire et son livre. Vanessa Le Moigne a seulement posé une question, elle a juste essayé de faire son métier et il est triste de voir la haine, la méchanceté gratuite et tout le reste prendre le dessus sur ce que devrait être le foot.
La rédaction de So Foot apporte tout son soutien à Vanessa Le Moigne.
Ces recrues qui pourraient égayer le mercato du PSGPar Julien Faure
























































