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Wasquehal ne tient plus qu’à un fil électoral

Par Jérémy Cassarino, à Wasquehal
6 minutes
Wasquehal ne tient plus qu’à un fil électoral

Dans le Nord, on sait encaisser les hivers rudes et le vent qui glace les os. Mais à Wasquehal, celui-ci a bien failli être fatal. Plombé par une dette abyssale estimée à plusieurs centaines de milliers d’euros et surveillé comme le lait sur le feu par la DNCG, le club est désormais suspendu à une échéance électorale imminente.

Dans cette ville de 20 000 âmes de la banlieue lilloise, le football est censé être le pouls de la cité, ce tissu social qui lie les quartiers. Mais aujourd’hui, cette pulsation est au ralenti. Au complexe Lucien-Montagne, les murs suintent encore la gloire d’un passé pas si lointain, mais qu’on peine déjà à imaginer. C’était le tournant du millénaire, entre 1997 et 2003. Les souvenirs de l’époque où Wasquehal tutoyait le ciel en Ligue 2, ferraillant avec Saint-Étienne ou le LOSC, ou affrontait le PSG en 32es de finale de Coupe de France se sont effrités. Aujourd’hui, le Jaune et Noir a terni, s’affichant à la 13e du groupe B de National 2. Bien avant cet hiver 2025, Wasquehal vivait déjà sur la corde raide avec la DNCG. Mais le réveil brutal a fini par sonner le 6 décembre 2025 avec la démission sèche du président Romain Petit.

Pour tenter d’éviter le naufrage immédiat, c’est une figure connue, Éric Decoudun, qui a été rappelée en urgence. Celui-ci avait déjà mené la barque nordiste entre 2019 et 2022. Un choix qui ne doit rien au hasard selon l’opposition municipale, qui décrit le chef d’entreprise comme « le bras droit de la maire » Stéphanie Ducret (divers droite), un exécutant fidèle chargé de piloter le projet jusqu’aux élections municipales le mois prochain (15 et 22 mars). Son diagnostic est pourtant sans appel : « Le club est en soins intensifs ». La situation est telle que le stade voit désormais défiler de nouveaux visiteurs : les huissiers de justice. Une valse triste qui confirme l’ampleur des impayés, alors qu’Éric Decoudun dénonçait publiquement des « montages financiers abracadabrantesques » hérités de la gestion précédente.

Des trous dans les poches

Pour saisir l’origine du malaise, il faut remonter à la fusion de 2017. Ce qui devait être une union sacrée s’est transformé, selon de nombreux observateurs, en une perte d’identité. Mais pour Benoît Tirmarche, élu d’opposition (LFI), le problème actuel est une urgence financière. D’après ses estimations, le déficit s’élèverait déjà « entre 400 000 et 500 000 euros ». Une somme colossale qu’il impute notamment à une gestion laxiste d’un club qui vit au-dessus de ses moyens. Un constat partagé par l’agent de joueurs proche du club, Alexandre Widiez, qui dénonce un train de vie déconnecté de la réalité. Il prend pour exemple le club d’Aubagne, leader du championnat, qui privilégie les allers-retours économiques, quand la direction de Wasquehal n’hésitait pas à réserver de « beaux hôtels » pour ses déplacements.

Un joueur est parti après trois mois et demi sans salaire et sans solde de tout compte.

Alexandre Widiez, agent en lien avec le club

Une gestion dispendieuse que l’agent attribue à des « dirigeants sans expérience », issus du commerce de prêt-à-porter – l’un d’eux « vendait des jeans avant d’arriver là » – et propulsés à la tête d’un club sans les compétences requises. Face à ce gouffre, la maire Stéphanie Ducret (Divers Droite) a une autre lecture des responsabilités. Si elle reconnaît la gravité de la situation, elle impute cette « dette abyssale » exclusivement à l’ancien président Romain Petit qui a, selon elle, « recruté, recruté, recruté et pas que des joueurs » bien au-delà des capacités financières du club.

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Si les estimations de l’opposition donnent déjà le vertige, la réalité décrite en interne est bien plus sombre. Alexandre Widiez est formel : « Si l’on ajoute le passif existant aux 300 000 euros nécessaires pour terminer la saison, on s’approche d’un trou global de 800 000 euros. » L’agent décrit un système à la dérive, où l’on use de « contrats d’apprentissage détournés » pour payer les joueurs à moindre coût via des « services civiques » par exemple. Les victimes ont un visage. L’agent cite le cas de Joris Revault, fils de l’ancien gardien professionnel Christophe Revault. « Il est parti après trois mois et demi sans salaire et sans solde de tout compte », raconte-t-il.

Plus grave encore : l’argent des familles aurait été mis ailleurs. Selon l’agent, les cotisations des parents ont servi à « combler les trous du budget de la National 2 » plutôt qu’à régler les licences auprès de la Ligue. Résultat : des dizaines de jeunes n’ont pas pu jouer le week-end. Les licences auraient désormais été payées. La mairie assure ne pas vraiment connaître l’ampleur de la situation. Interrogée sur ces enfants laissés sur la touche, la première édile assure n’avoir eu connaissance que d’un cas isolé, citant « une maman » venue l’alerter, et renvoie la responsabilité sur des « problèmes internes » au club.

Une campagne au centre du jeu

Mais pourquoi s’acharner à maintenir sous perfusion un patient en état de mort clinique ? Pour l’opposition, la réponse tient en une date : le 15 mars, premier tour des élections municipales. Alexandre Widiez est catégorique. L’agent affirme avoir conseillé à la maire le dépôt de bilan pour assainir la situation. Une option qu’elle aurait rejetée par peur de l’impact électoral. « Elle ne voulait pas de dépôt de bilan car, pour elle, ça faisait tache sur le bilan de la mairie », assure-t-il. Une analyse partagée par Benoît Tirmarche. L’élu insoumis pointe une volonté de « cadenassage du club ». Il assure que la mairie aurait refusé que le club passe en société (SASP), bloquant ainsi l’arrivée potentielle d’investisseurs privés en décembre. L’objectif ? Garder la mainmise sur l’institution via les subventions, quitte à naviguer à vue. Face à ces accusations de cynisme électoral, Stéphanie Ducret argumente. Contactée, elle réfute tout calcul. « Le dépôt de bilan, ça voudrait dire que le championnat s’arrêtait, notamment pour les équipes de jeunes », justifie-t-elle. Elle assure se battre pour sauver l’institution centenaire et ne pas laisser les licenciés sur le carreau en milieu de saison.

L’instabilité se ressent par petites touches : une logistique plus fragile, des projections à court terme, parfois un sentiment de bricolage.

Tony Akli, coach de l’équipe première

Loin de ces querelles de palais, une autre bataille se joue : celle du terrain. Là où les joueurs tentent de survivre malgré le chaos. Tony Akli, l’entraîneur, ne le cache pas : son rôle n’est plus le même. Il confie être devenu un « bouclier » pour ses hommes, un filtre indispensable « pour que les joueurs ne soient pas happés en permanence par les rumeurs, les inquiétudes financières ou les incertitudes institutionnelles ». Si le coach s’efforce de maintenir une bulle hermétique, la réalité matérielle finit toujours par revenir. « L’instabilité se ressent par petites touches : une logistique plus fragile, des projections à court terme, parfois un sentiment de bricolage », avoue-t-il. Pourtant, le groupe tient bon, soudé par une grande solidarité.

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Qu’est-ce qui les fait encore courir quand les salaires et l’avenir sont en pointillé ? Tony Akli parle de dignité, et n’hésite pas à utiliser des mots forts : « Oui, on peut parler de “mission commando”. Il y a quelque chose de fort à se battre dans l’adversité. Ce qu’on vit dépasse le sport. Il y a une dimension humaine qui est plus forte que tout. » Reste à savoir si cette dimension humaine suffira à sauver le club. En mars, les urnes rendront leur verdict. D’ici là, le club reste en sursis, maintenu en vie par la résilience de son vestiaire et de son staff. Mais au-delà de l’enjeu électoral, une question demeure : une fois la parenthèse politique refermée, la réalité comptable permettra-t-elle d’éviter une descente aux enfers ?

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Par Jérémy Cassarino, à Wasquehal

Tous propos recueillis par JC.

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