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Nambatingue Toko, un buteur pas comme les autres

Par Cyrus Mohammady--Foëx
7 minutes
Nambatingue Toko, un buteur pas comme les autres

Figure historique du Paris Saint-Germain, l’attaquant Nambatingue Toko s’en est allé ce mardi à l’âge de 73 ans. Premier Tchadien à être devenu professionnel en France, buteur originel du PSG en Coupe d’Europe, puis héros de ses premiers succès, le buteur avait tout d’un pionnier.

Élégamment vêtu, un homme à la silhouette longiligne inspecte avec émotion les gradins vides du Parc des Princes. Cela faisait des années qu’il n’y était plus retourné. Avec sa modeste retraite, il écoule désormais ses jours à Vallauris, petite ville colorée quelque part entre Antibes et Cannes. Avec le PSG, où il a connu les grandes heures de son ancienne vie de footballeur il y a bien quarante ans, il garde peu de liens. De temps en temps, c’est vrai, d’anciens coéquipiers viennent lui rendre visite quand ils passent dans le coin. Mais cette fois-ci, Nambatingue Toko a fait le chemin inverse. Invité par le club parisien pour une interview, le voilà donc qui foule la pelouse chatoyante du Parc. Comme il a dû évoluer, ce gazon, depuis le temps où l’ancien attaquant tchadien y baladait ses crampons. « Ça a complètement changé ici… Mais c’est très, très, très beau. Je suis tombé des nues, je ne le reconnais même plus », dit-il à l’équipe de PSG TV qui l’interroge.

Nambatingue Tokomon Dieudonné, de son vrai nom, est décédé ce mardi à l’âge de 73 ans. Il est à lui tout seul un morceau d’histoire du club parisien. Au cours de l’entretien, comme à chaque fois, on lui rappellera ses deux buts inscrits un jour de fin septembre 1982, en seizièmes de finale retours de Coupe des coupes face au Lokomotiv Sofia. Alors que les Parisiens ont perdu de peu la première manche en Bulgarie, Toko ouvre le score au Parc sur une offrande de Dominique Bathenay. Sans doute n’y pense-t-il pas sur le moment, mais voilà qu’il vient d’inscrire le tout premier but de l’histoire du PSG en Coupe d’Europe.

Les minutes passent, le Lokomotiv prend l’eau face aux assauts répétés du club de la capitale. Vient le temps de s’amuser : auteur du troisième but parisien, Toko, presque dos au gardien, claque un petit bijou de reprise de volée. Au journaliste de TF1 qui lui demande tout émerveillé si c’est là l’un des plus beaux pions de sa carrière, l’attaquant tchadien répond avec une gouaille inimitable : « Ben non ! Vous me connaissez, j’ai marqué des plus beaux buts que ça quand même… »

Grantatakan avant la lettre

En replongeant dans la boîte à archives, force est de reconnaître que Toko n’a pas tort : des buts, et des beaux, il en a inscrit un sacré paquet. Comme sous les couleurs de Valenciennes, dans un match de D1 face à l’AS Monaco, fin 1979 : alors que le ballon transmis par Dominique Vésir lui passe au-dessus, Toko tente audacieusement une volée du pied gauche, son mauvais. Pleine lucarne, victoire 1-0 des Nordistes. « C’est celui-ci, mon plus joli but », affirmait-il dans un entretien à Virage en 2018.

On me cite toujours comme joueur du Paris Saint-Germain, mais on ne dit jamais que j’ai joué à Nice, Strasbourg, Bordeaux…

Toko

Il faut dire qu’avant de conquérir les cœurs parisiens, le grantatakan version eighities a fait ses armes un peu partout dans l’Hexagone. « Personne ne sait en France que j’ai joué dans d’autres clubs ! On me cite toujours comme joueur du Paris Saint-Germain, mais on ne dit jamais que j’ai joué à Nice, Strasbourg, Bordeaux… » Disons-le, alors. Découvert au Yal-Tchad, club de la capitale tchadienne, Nambatingue Toko s’envole pour la France sur les conseils d’un coopérant français, ancien procureur général du pays d’Afrique centrale. Malgré un test non concluant à Grenoble, l’attaquant signe à Albi en D3, puis rejoint l’élite sous les couleurs de Nice, en 1975. « Sur le terrain, il a fallu s’adapter au foot européen. […] Depuis le Tchad, on ne s’imaginait pas que c’était aussi dur. […] À l’époque, il n’y avait pas la télé, pas d’image. On suivait les matchs sur France Inter. On n’avait aucune idée de la dureté physique dans les duels. »

Petit à petit pourtant, le natif de Fort-Lamy s’y fait. Sur la Côte d’Azur, voilà qu’il gagne même son surnom : « Jean-Noël Huck [milieu de terrain de Nice entre 1971 et 1978, NDLR] m’a dit “On va t’appeler ‘Toko’, c’est plus facile à dire que Tokomon.” […] Tout le monde s’est mis à m’appeler comme ça. » Toko est né, et a l’avenir devant lui. Après une finale de Coupe de France perdue contre l’AS Nancy Lorraine de Michel Platini, unique buteur ce soir-là, l’attaquant tchadien s’en va promener ses grands abattis à Bordeaux, à Strasbourg, où il remporte le championnat, puis à Valenciennes. Dans la cité minière, Toko réalise une brillante saison. Suffisant pour que Francis Borelli, de passage dans le Nord pour l’occasion, propose au joueur de 27 ans de poser ses valises dans la capitale : « J’ai été tenté par l’aventure parisienne. Quelque part, cela ne se refusait pas ».

Visage des premiers sommets parisiens

Pourtant, le PSG n’a alors rien d’un mastodonte sur la scène nationale – et ne parlons même pas d’Europe. Mis à part un titre de champion de D2 acquis en 1971, l’armoire à trophées de ce Paris Saint-Germain du début des années 1980 est encore désespérément vide : « Nous étions une équipe moyenne, nous n’avions rien gagné. » Reste qu’aux côtés de Mustapha Dahleb, puis Safet Sušić à partir de 1982, l’attaquant tchadien se sait bien entouré. « [Ces deux-là], pour moi, c’est l’équivalent de joueurs de la dimension de Neymar ou Mbappé », disait-il au micro de PSG TV.

Peut-être mieux encore que Neymar et Mbappé, cette génération emmène le PSG vers ses premiers succès. Toko, lui, est de tous les bons coups. Comme souvent, il fait du Parc le théâtre de ses exploits. Comme ce soir de mai 1982, en finale de Coupe de France. Face à Saint-Étienne, le PSG joue sa toute première finale de Coupe de France, et disons tout de suite qu’il ne part pas franchement favori. Mais Paris tient le match, jusqu’à ce que Toko ouvre la marque en seconde période, d’un enchaînement contrôle de la poitrine, volée du droit d’une clarté absolue. Au bout de la nuit et de la première prolongation de l’histoire de la compétition, Paris finit par l’emporter aux tirs au but.

Simple exploit ? Pas vraiment, puisque Paris remet ça l’année suivante, cette fois-ci contre les Canaris : « Nantes avait remporté le championnat avec dix points d’avance, ils devaient gagner cette finale. Mais on a joué avec nos moyens. » À deux buts partout à dix minutes de la fin, Toko sort encore une fois du bois au meilleur moment. Sušić, déjà superbe buteur sur l’égalisation parisienne, transmet au buteur tchadien, qui trompe le portier nantais d’une frappe croisée. Comme un an plus tôt, François Mitterrand remet le trophée au capitaine parisien, Dominique Bathenay. Le PSG reste tout là-haut, Toko est au sommet de son art.

Tonton Toko

Après une ultime finale de Coupe de France perdue en 1985, l’attaquant, moins en réussite, s’en va jouer une saison pour le RC Paris voisin, puis raccroche définitivement les crampons. Sans rester loin de son club de cœur très longtemps : trois ans après la fin de sa carrière, voilà que Francis Borelli le rappelle, cette fois-ci pour rejoindre l’encadrement du club. Toko accepte et assiste de l’intérieur à l’éclosion du PSG version Canal+. Au sein du staff, le Tchadien est une figure de référence. « Paris, c’était comme une famille. Tous les joueurs blacks du club m’appelaient Tonton Toko. Ils pouvaient m’appeler quand ils voulaient, s’ils avaient des problèmes ou simplement pour parler. Parfois, quand un joueur était moins bien, Artur Jorge [entraîneur du club entre 1991 et 1994, NDLR] me disait : “Va lui parler” ou “Dis lui quelque chose.” […] C’était mon quotidien, ma vie. »

Quelque temps après le départ du président Michel Denisot, qui a été parmi les premiers à saluer la mémoire du Tchadien ce mardi, Toko s’en va à son tour, poussé vers la sortie par la nouvelle direction. Peu à peu, sa trajectoire s’éloigne de celle du club qu’il a vu grandir. Atteint par la maladie, Toko a vu son état de santé se dégrader au fil des années. Comme d’autres anciens du club, Luis Fernandez l’accompagne dans son ultime combat, lui rendant visite à l’hôpital et organisant une cagnotte pour le soutenir : « On ne pouvait pas le laisser tomber, on se devait de l’accompagner », disait-il à L’Équipe, la voix empreinte d’émotion. Quelques mois avant de partir, peut-être Nambatingue Toko a-t-il assisté de loin au cinquième et dernier but parisien en finale de Ligue des champions. Quarante-trois ans après son pion contre Sofia, voilà que la boucle était bouclée.

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