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L’Italie et la peur du bide

Par Andrea Chazy
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L’Italie et la peur du bide

Face à l’Irlande du Nord ce jeudi (20h45) à Bergame, la Nazionale devra oublier les fiascos de 2017 et 2022 pour ne pas priver précocement ses supporters d’une troisième Coupe du monde de suite. Mais tout n’incite pas à l’optimisme exacerbé.

Pendant que le Brésil et la France s’offrent un remake de la finale de 1998 pour du beurre à Foxborough, dans les environs de Boston aux États-Unis, l’Italie, elle, va claquer des genoux une bonne partie de la soirée. De Turin à Palerme, les tifosis azzurri seront devant leur télé avec l’angoisse de tomber dans un nouveau précipice. Le monstre en question ? L’Irlande du Nord, 69e nation FIFA, une sélection au palmarès aussi vierge que le bodycount d’une bonne sœur. Vingt ans en arrière, ce combat tout sauf crépusculaire aurait sans doute été plié sans en faire toute une histoire. Francesco Totti, Alessandro Del Piero ou Andrea Pirlo auraient fait parler leur talent, leur justesse technique, leur classe pour offrir un succès sans encombre et dégager ainsi la route vers l’Amérique.

L’ascension débute à Bergame

Mais les temps ont changé. Les non-initiés ne connaissent même plus la majorité des soldats convoqués par le sélectionneur Gennaro Gattuso et il n’y a qu’à voir où se joue cet Italie-Irlande du Nord pour comprendre l’ampleur du chantier : à Bergame, dans le stade de l’Atalanta, qui compte seulement 25 000 places. Loin du Stadio Olimpico de Rome, loin surtout de San Siro et de Milan où la Nazionale a enchaîné les traumatismes depuis bientôt dix ans. Outre le premier barrage perdu en 2017 face à la Suède, brisant la série de qualifications automatiques de l’Italie en Coupe du monde longue de 60 ans, il y a eu récemment l’humiliation face à la Norvège d’Erling Haaland (1-4). Qui a accouché d’une deuxième place en phase de groupes de qualifications, encore. Une ultime confirmation, s’il y en avait besoin, que le calcio n’est plus l’élite du foot qu’il a été alors, annonciatrice d’un printemps où le doute est roi.

Pour tenter d’inverser cette dynamique cataclysmique pour tout un écosystème, Gattuso n’a pas pu compter sur l’ensemble des forces du football italien pour obtenir un mini-stage d’avant barrages. Tant pis pour le vécu commun, même si c’était loin d’être la seule source de stress de l’ancien chien de garde du Milan d’Ancelotti. En effet, le sélectionneur de 48 ans ne pourra compter ni sur Gianluca Scamacca, l’une de ses meilleures gâchettes, ni sur Federico Chiesa après lequel il a pourtant couru depuis des mois. Mais l’ailier de Liverpool, grand acteur du sacre à l’Euro 2021, a été jugé inapte par le staff médical azzurro, hors de forme. Outre les corps, il y a également quelques têtes à soigner. Celles de cadres intéristes, essentiels pour son ossature d’équipe, comme Nicolò Barella qui est loin de son meilleur niveau depuis le début de la saison et surtout Alessandro Bastoni qui a la tête dans le seau depuis sa simulation face à la Juve début février. Des exemples parmi d’autres d’une génération dévorée par la pression et les attentes d’un peuple qui en a marre de ne plus avoir son ticket dans le carré VIP du foot mondial.

« On a tout à gagner, eux tout à perdre »

Alors où sont les motifs d’espoirs ? Il y en a, heureusement. Intrinsèquement, l’Italie reste au-dessus de son adversaire du jour. Un scénario comme face à la Macédoine du Nord en 2022 paraît improbable, d’autant que cette fois elle semble avoir des cartouches offensives en meilleure forme : Mateo Retegui continue de planter en Arabie saoudite, Moïse Kean reste sur quatre buts lors de ses trois dernières apparitions en sélection et le prometteur Francesco Pio Esposito gagne en létalité au fil des semaines. Gattuso peut également compter sur la forme étincelante de Federico Dimarco, 15 passes décisives délivrées en 28 journées de Serie A, pour alimenter les artilleurs transalpins, un milieu de qualité avec Sandro Tonali et Manuel Locatelli, et plus globalement sur un public qui sera peut-être moins sévère si les siens galèrent à mettre cette foutue sphère au fond des filets.

Tu mérites de te qualifier pour l’immense passion que tu mets depuis toujours dans tout ce que tu fais, sur le terrain, en tant qu’entraîneur, dans la vie.

Marcello Lippi à Rino Gattuso

L’ancien coach de l’OM a même reçu les encouragements sincères de Marcello Lippi, patron de la Nazionale en 2006 lors du dernier sacre italien en Coupe du monde, qui l’a toujours considéré comme son meilleur apprenti : « Sur le banc, tu me ressembles beaucoup par ton caractère, tes relations avec les joueurs, ta vision. Tu me rappelles… Lippi. Tu mérites le meilleur. Tu mérites de te qualifier pour l’immense passion que tu mets depuis toujours dans tout ce que tu fais, sur le terrain, en tant qu’entraîneur, dans la vie. Bonne chance, cher collègue. » Prémonitoire ? Ce qui est certain, c’est qu’avant de toucher au but qui serait la fin heureuse d’une finale de barrages remportée à Cardiff face au Pays de Galles ou à Sarajevo contre la Bosnie-Herzégovine, il faudra déjà battre l’Irlande du Nord. Face à la presse, Michael O’Neill, le sélectionneur nord-irlandais, délivrait le meilleur diagnostic : « On a tout à gagner, eux tout à perdre. » Les Italiens hochent la tête : oui, c’est bien le souffle coupé qu’ils verront le mois d’avril arriver.

L’Italie sait à quelle sauce elle sera mangée en barrages

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