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Lucas Libbra : « Cet été, j’avais décidé d’arrêter le foot, et puis l’AC Ajaccio m’a appelé... »

Propos recueillis par Chérif Ghemmour
6 minutes
Lucas Libbra : « Cet été, j’avais décidé d’arrêter le foot, et puis l’AC Ajaccio m’a appelé... »

Où en est l’AC Ajaccio, rétrogradé en septembre en Régional 2 ? L’attaquant Lucas Libbra, 30 ans et fils de Marc, raconte le parcours picaresque d’un ACA en voie de résurrection, leader de son groupe de 13 équipes, tout en servant quelques spécificités du foot amateur corse...

Alors, Lucas, où en est l’AC Ajaccio ?

Le week-end dernier, contre Ghisonaccia-Prunelli, c’était houleux… En Corse, c’est difficile de gagner à l’extérieur. On a fait 0-0, sur une pelouse impraticable, sous une météo dantesque et surtout avec une échauffourée au début de match. J’ai l’impression que les adversaires font le match de leur vie contre nous. Le ballon restait dans les flaques ! Et l’arbitre a fait continuer la partie… Il y avait beaucoup de monde, ça devait être une belle fête, mais ça s’est un peu fini dans le chaos. On prend quand même 2 points et c’est le plus important (en R2, victoire à 4 points, nul à 2 et défaite à 1, NDLR). Au classement, si Borgo gagne son match reporté on sera à égalité en tête. Borgo, c’est la réserve de la N2, ils ont une super équipe.

Tu joues régulièrement ? En fait, nous sommes neuf joueurs « mutés hors période » et seuls deux mutés peuvent jouer à chaque match, à la différence des mutés « normaux » qui ont signé avant le 15 juillet. Comme le club est reparti au mois de septembre, les licences n’ont été validées qu’au mois d’octobre, donc nous sommes neuf  « mutés hors période ». Je n’ai ainsi fait que 5 matchs cette saison. Je ne me plains pas, je joue à fond : on le savait dès le départ. Cette saison, pas question d’avoir d’états d’âme. On est là pour relever le club ! On est soudés.

Quand je vais acheter le pain, les gens m’interpellent, c’est incroyable ! Ils me voient comme un attaquant de l’ACA de Ligue 1, alors que non, je ne suis qu’un attaquant de R2.

Lucas Libbra

Comment ça se passe avec Andy Delort, Cédric Avinel et Riad Nouri ?

Avinel et Nouri avaient arrêté il y a deux ans, donc pas considérés comme mutés : ils jouent tout le temps et nous rassurent un max ! Avec Cédric en défense centrale, on n’a pris que 4 buts. Au milieu, Riad reste un super joueur, même à 40 ans. Andy, c’est un peu compliqué parce que c’est aussi un « muté hors période ». C’est handicapant parce qu’avec un Andy rien qu’à 50%, on aurait survolé notre championnat. Là, il n’a fait que 6, 7 matchs. On a un effectif d’une trentaine de joueurs, avec des anciens pros, des gamins de 15 ans, des gars qui ont arrêté le foot il y a 10 ans… Tout le monde est heureux et fier d’être là. Quand je vais acheter le pain, les gens m’interpellent, c’est incroyable ! Ils me voient comme un attaquant de l’ACA de Ligue 1, alors que non, je ne suis qu’un attaquant de R2.

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Quelle est ton activité professionnelle, au fait ?

Moi, je suis technicien en mesures d’empoussièrement. J’interviens sur les chantiers. Je fais des prélèvements d’amiante. C’est un peu dangereux, mais on se protège au niveau de l’équipement. Je fais beaucoup de route, mon secteur c’est toute la Corse. Le soir, je rentre et j’ai entraînement. Ça fait un rythme de vie assez soutenu. D’autres joueurs salariés ne peuvent carrément pas s’entraîner. On a trois entraînements par semaine plus un en option. Moi je ne peux en faire que deux.

C’est quoi les conditions d’entraînement ?

Les deux premiers mois, on n’avait pas de terrain fixe. On attendait qu’un terrain se libère à Ajaccio. Quand aucun n’était dispo, on allait faire des footings à la plage ! À partir de novembre on a eu notre terrain, le Doumé-Luciani, à côté du stade François-Coty laissé à l’abandon total. C’est un synthétique fantastique où on a tout gagné avec un super vestiaire et une salle de sport. On a aussi un kiné et un ostéo, comme des pros.

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Un mot sur le coach Anthony Lippini ?

C’est grâce à lui qu’on est là parce que c’est lui qui a repris le projet. Si ce n’est pas lui qui m’appelle, je ne rejoins pas l’aventure. Il a des vraies valeurs humaines. Il nous a appelés fin août alors que c’était le grand flou. On a fait la préparation en septembre sans savoir si on allait être réintégrés. La première journée, on était exempts. Deuxième journée, report et troisième match, l’adversaire joue en Coupe, donc report supplémentaire. Sauf qu’au bout de trois reports, on était statutairement évincés du championnat ! C’était chaud. Mi-octobre, on apprend que nos licences sont enfin validées et qu’on peut débuter en championnat, à Bonifacio ! On gagne 1-0 et ça a lancé l’aventure…

C’est un supporter qui nous conduit en déplacement dans le minibus de sa société et comme on ne peut pas tous y entrer, on ajoute deux, trois voitures, dont la mienne.

Lucas Libbra

C’est quoi ton parcours avant d’arriver à l’ACA ?

J’ai intégré le Pôle espoirs du CREPS d’Ajaccio puis le centre de formation de l’AC Ajaccio, et à 17 ans, j’ai atterri au Gazélec alors en National, où je signe en semi-pro. On monte en Ligue 2, mais la barre était trop haute, le club ne m’a pas gardé. Après l’AS Vitré en 2015, je suis allé tenter ma chance aux États-Unis à 20 ans, aux Sharks d’Hawaï, en foot universitaire (NCAA). Je n’ai fait qu’une seule saison parce que c’était 95 % d’études universitaires et 5% seulement de foot… Pas du tout ce qu’on m’avait vendu. Je suis rentré à Ajaccio en 2018 : c’était la fin de mon rêve de devenir footballeur. C’était l’heure de travailler, comme tout le monde… Je n’ai repris le foot qu’en 2020 au club de Bocognano en R1. À côté, j’ai bossé comme surveillant dans un lycée, j’ai géré un five et j’ai même été physionomiste au casino d’Ajaccio… Depuis quatre ans, je suis dans l’amiante. Cet été, j’allais sur mes 30 ans et j’avais décidé d’arrêter. Et puis Lippini m’a appelé : impossible de refuser… Et je n’ai rien regretté.

Vous touchez des primes ? Rien du tout ! Nos primes, ce sont nos équipements. Nos supporters bénévoles font des efforts monstres pour nous. Tiens : c’est un supporter qui nous conduit en déplacement dans le minibus de sa société et comme on ne peut pas tous y entrer, on ajoute deux, trois voitures, dont la mienne. Les supporters nous suivent partout en micheline, en ferry Ajaccio-Bonifacio, en bus, en voiture. Jusqu’à 200 personnes ! À domicile, ça monte à 2 000 fans. C’est énorme !

Vous avez l’impression d’écrire l’histoire ? C’est ce qu’on se dit parfois entre nous… En fait, on s’en rendra compte dans 30 ans, peut-être. Là, on est dans l’euphorie du truc. On fera partie de l’équipe qui a fait remonter le club parce que cette saison, on va très certainement accéder à la R1. Alors, oui : on écrit l’histoire. Mais est-ce qu’on se souviendra encore de Lucas Libbra, « le buteur » ? Ça me paraîtrait juste dingue.

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Propos recueillis par Chérif Ghemmour

Photos : AC Ajaccio.

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