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Warren Zaïre-Emery : apprendre, attendre et prétendre

Comme à l'Euro 2024, Warren Zaïre-Emery est coincé entre deux mondes : celui des recalés et celui des heureux élus. Cantonné au statut de coiffeur du groupe bleu aux États-Unis, il est condamné à prendre son mal en patience, devant jongler entre implication et frustration. Un rôle pas facile à gérer mais qui ne doit pas le décourager pour autant.
Quel est le point commun entre Eliaquim Mangala, Rémy Cabella, Lucas Digne, Christophe Jallet, Morgan Schneiderlin, Adil Rami, Léo Dubois, Kurt Zouma, Wissam Ben Yedder, Benjamin Pavard, Ferland Mendy, Jonathan Clauss, Ibrahima Konaté et Warren Zaïre-Emery ? Tous ces athlètes de haut niveau (hors gardiens de but) ont été laissés à l’ombre du banc de touche pendant l’entièreté d’un tournoi international sous les ordres de Didier Deschamps en équipe de France. Avec la Coupe du monde en cours, ils pourraient potentiellement être rejoints par Lucas Hernandez, N’Golo Kanté… et Warren Zaïre-Emery. Si rien ne bouge, le gamin de Montreuil deviendrait donc le seul joueur de l’ère DD à faire le doublé.
Vis ma vie de réserviste
Que les listes comprennent 23, 25 ou 26 noms, le problème restera toujours le même : un groupe sera toujours régi par une hiérarchie, faisant le distinguo entre les titulaires indiscutables, les mecs qui peuvent s’inviter dans le onze, les soldats de la rotation et les types au bout du banc. Une société à l’échelle d’une équipe de foot. Les membres de la dernière classe citée, piliers de ceux qu’on désigne vulgairement comme « les coiffeurs », forment alors une masse informe, portent la chasuble comme une seconde peau, n’ont même pas à faire quelques talons-fesses pour rester à température, et peuvent remercier la FIFA d’avoir changé son protocole d’avant-match pour avoir le droit de fouler la pelouse en full kit. Des éléments de décor, pour parler cru. Plus tard, quand seront parus les récits de l’épopée tricolore (victorieuse ou non), on apprendra leur rôle en coulisse, leur travail de l’ombre, qu’ils soient ambianceurs de vestiaires, manieurs d’extincteur ou simples sparring-partners.
La frustration est légitime quand on ne joue pas. Mon rôle est d’expliquer mes choix pour ne perdre personne.
Didier Deschamps a toujours assumé la difficulté de gérer cet aspect managérial, préférant jouer la carte de la transparence avec la demi-douzaine de joueurs du second rang (et non pas de second rang). « La frustration est légitime quand on ne joue pas. Mon rôle est d’expliquer mes choix pour ne perdre personne », avait déclaré le sélectionneur lors du premier jour du rassemblement à Clairefontaine. C’est aussi raison pour laquelle il avait embarqué à l’Euro 2024 seulement 25 joueurs, au lieu des 26 autorisés. « Prendre trois joueurs supplémentaires (par rapport aux 23, la norme depuis 2002, NDLR), cela a des incidences sur la logistique, le management, à moins qu’on nous permette huit changements », détaillait-il à l’AFP, sans doute vacciné par l’édition 2021, celle dite du Covid, traversée en vase clos et avec trois extras sur les bras.

Yes WZE can !
Ça peut forcément paraître injuste quand on a cravaché toute une saison (toute une vie ?) pour décrocher cette fameuse convocation. Voir les portes d’un Mondial s’ouvrir à soi est forcément un accomplissement ; rester sur le palier suppose un ascenseur émotionnel. C’est exactement ce qu’est en droit de ressentir Warren Zaïre-Emery, talent aussi précoce que mature qui s’est vu délivrer ce sésame. Quand on est à tout juste 20 ans, double champion d’Europe, quadruple champion de France, plus jeune buteur de l’équipe de France depuis 1914 (à 17 ans et 255 jours contre Gibraltar) et titulaire dans le grand PSG de Luis Enrique, on ne devrait pas vous parler d’âge. Le coup de poignard était déjà violent au moment d’apprendre qu’il ne débuterait pas la dernière finale de Ligue des champions, après avoir tenu la barre au milieu et dépanné au poste d’arrière droit pendant toute la campagne, sort que le coach espagnol a reconnu être « très injuste ». Rester au sol et regarder les autres enchaîner les tours de manèges, surtout quand on aime ces sensations, crée forcément un ressentiment désagréable, et il s’en serait ému auprès de son cercle familial, d’après L’Équipe.
Franchement, il n’y a aucun souci, si vous voulez me mettre au goal, tant que je joue, c’est avec plaisir.
En public, le garçon garde sa réserve légendaire, visage fermé, en retrait sur les célébrations. Pour dérider WZE , il faut qu’un journaliste perturbe involontairement une conf de presse en s’écoutant un message vocal en haut parleur. Conférence durant laquelle il s’était refusé à faire des vagues, ce n’est pas le genre de la maison. « C’est toujours frustrant de ne pas jouer. Tout joueur espère avoir des minutes, mais on a une concurrence qui est très forte avec de très bons milieux, déroulait-il le 13 juin. Le coach m’a mis latéral gauche sur le dernier entraînement. Il est venu me voir, il m’a demandé si au contraire ça me dérangeait. Je lui ai dit : « Franchement, il n’y a aucun souci, si vous voulez me mettre au goal, tant que je joue, c’est avec plaisir ». » N’importe qui aspire à des responsabilités, n’importe quel compétiteur peut se mettre à sa place. Peu arriverait à se contenir.

Ce jeudi face au Maroc, malgré les délicatesses physiques d’Aurélien Tchouaméni, malgré le carton jaune de Manu Koné, il y a peu de chance de le voir sur la pelouse de Foxborough. Pourtant, il faudra se tenir prêt. Pour cette fois ou la prochaine. Il n’y a même pas de règle là-dedans : Lucas et N’Golo ont été champions du monde sur le terrain et se retrouvent au même point. Lucas Digne a longtemps rongé son frein pour disputer douze ans plus tard son premier match de phase finale. Le temps finit par récompenser les patients. « Be patient, don’t rush the process, comme dirait tonton Claude Makélélé. Stay patient, your moment will come, I’m certain of it. France needs you, and French football needs you. When your chance arrives, embrace it and enjoy every second. » L’été passera, avec zéro, une, trente minutes de jeu. Puis la suite arrivera, avec un nouveau sélectionneur, un nouveau groupe, une nouvelle hiérarchie, une nouvelle histoire. Et il faudra être là.
Pourquoi la plupart des joueurs du PSG galèrent avec leur sélection ?Par Mathieu Rollinger

















































