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Mohamed Ouahbi à la tête du Maroc : le fond et la formation

À l’occasion du match amical entre le Maroc et l’Équateur ce vendredi, Mohamed Ouahbi va faire ses débuts en tant que sélectionneur des Lions de l’Atlas. Le technicien belgo-marocain se retrouve sur le banc d’une équipe professionnelle à trois mois de la Coupe du monde 2026, après avoir consacré l’ensemble de sa carrière à la formation des jeunes joueurs. Un profil atypique pour une sélection en plein essor.
On parle d’un temps où la CAF n’avait pas besoin d’intervenir pour sacrer le Maroc. Le 19 octobre 2025, les Lionceaux de l’Atlas entraient dans l’histoire, en devenant champions du monde U20 grâce à leur succès face à l’Argentine en finale (2-0). Derrière cette génération talentueuse composée de Yassir Zabiri, Gessime Yassine et Othmane Maamma, se cache Mohamed Ouahbi, un formateur de métier. L’entraîneur de 49 ans guide les siens sur le toit du monde, avec un football basé sur des transitions rapides dans un 4-2-3-1 bien huilé. Ce titre mondial décroché au Chili permet au sélectionneur U20 d’être promu à la tête de l’équipe des moins de 23 ans, en décembre 2025, dans l’optique des Jeux olympiques 2028. Mais Mohamed Ouahbi n’aura jamais l’occasion de diriger les U23. Après la CAN 2025, Walid Regragui quitte son poste de sélectionneur de l’équipe A du Maroc, et la Fédération royale marocaine de football jette son dévolu sur le coach champion du monde junior, officiellement intronisé le 5 mars et lancé dans le grand bain ce vendredi contre l’Équateur.
Une passion au service de la formation
À la différence de son prédécesseur, Mohamed Ouahbi ne laisse pas derrière lui une carrière de footballeur au haut niveau. Né à Schaerbeek, dans la banlieue de Bruxelles, il s’éprend du ballon rond en suivant l’épopée des Lions de Badou Zaki jusqu’en huitièmes de finale de la Coupe du monde 1986, pendant que la Belgique d’Enzo Scifo atteint elle le dernier carré. Malgré cette passion, le Schaerbeekois décide de s’orienter vers l’enseignement et suit une formation d’éducateur. À la suite d’expériences dans des écoles, Mohamed Ouahbi découvre le rôle d’entraîneur au Maccabi Bruxelles, un club juif de la capitale belge. Cette aventure marque un tournant dans son parcours. « Le fait de travailler avec des jeunes, de préparer des séances d’entraînement, m’a beaucoup apporté. […] À cette époque, je n’étais pas très à l’aise devant un groupe, confiait Ouahbi au Bruxelles Bondy Blog en 2016. Quand je donnais cours au tout début, j’osais à peine ouvrir la bouche. Le Maccabi m’a vraiment aidé à m’affirmer ; c’est là que j’ai découvert le métier d’entraîneur. »
Mo est certainement l’un des coachs les plus à l’aise dans cette communication, dans cette manière d’aller chercher les jeunes là où ils sont, pour les amener là où il veut.
Les portes du prestigieux club d’Anderlecht s’ouvrent à lui en 2003, marquant le début d’une histoire de 18 ans dans la peau d’entraîneur des catégories jeunes du club. « Mo », comme on l’appelle au RSCA, forme des grands talents, à l’image de Youri Tielemans, Jérémy Doku, Adnan Januzaj, Charly Musonda Jr… Il s’est même mis à la disposition de l’équipe première en qualité d’entraîneur adjoint de Besnik Hasi, en 2015-2016. Chez les Mauves, Mohamed Ouahbi parvient à mettre à profit ce qu’il a appris au Maccabi : « Mo est certainement l’un des coachs les plus à l’aise dans cette communication, dans cette manière d’aller chercher les jeunes là où ils sont, pour les amener là où il veut », témoigne Jean-François Lenvain, ancien directeur de la cellule sociale d’Anderlecht en 2016, dans le portrait consacré par le média Le360.
« Il fait preuve de beaucoup de calme »
L’aventure de Mohamed Ouahbi à Anderlecht s’arrête en 2021. Dans la foulée, il rejoint le staff de Yannick Ferrera à Al-Fateh pour quelques mois. En mars 2022, il passe un nouveau cap avec sa nomination sur le banc des U20 du Maroc. Malgré des débuts difficiles, l’ancien d’Anderlecht garde la confiance de ses dirigeants, qui voient leur patience être récompensée. En quelques mois, les moins de 20 ans marocains enchaînent une finale de CAN et la victoire au Mondial junior.

Nasser Larguet, directeur technique national de l’Arabie saoudite, a eu l’occasion de rencontrer Mohamed Ouahbi lors de la Coupe du monde au Chili. « Il a été d’une grande gentillesse, très ouvert et très professionnel en m’accordant la venue à l’hôtel du Maroc », raconte l’ancien directeur de l’Académie Mohammed VI. « Il a appelé des joueurs que j’ai formés à l’AMF pour qu’ils viennent me saluer. Cela démontre le personnage à la fois professionnel et humain qu’il est. » Dans la lignée d’un Regragui fédérateur, lui sait aussi apporte de la sérénité à son groupe : « Pendant la Coupe du monde, j’ai vu qu’il faisait preuve de beaucoup de calme dans les périodes difficiles, ce qui lui permettait de faire un bon coaching. C’est quelqu’un qui donne la parole à ses joueurs et à son staff pour prendre les bonnes décisions au bon moment. »
La performance à tout prix
Au Maroc, les attentes autour de l’équipe nationale A sont devenues élevées après la qualification historique en demi-finales de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Alors qu’il devra prouver qu’il est tout sauf un intérimaire, Mohamed Ouahbi sera plus jugé sur les résultats que sur la qualité de jeu. « Avec les jeunes, nous travaillons sur deux objectifs : leur donner une carrière et faire de la performance, alors que chez les A, la performance est prioritaire », prévient Nasser Larguet.
🎙️Mohamed Ouahbi : « Ce sont avant tout des footballeurs avec leurs propres qualités. Je vais les manager comme je l’ai toujours fait. La seule différence, c’est qu’ils possèdent déjà un certain vécu, ce qui facilitera grandement le travail. 🇲🇦💪🏻»pic.twitter.com/XrbMgzKfGh
— FRMF Xtra (@FRMFXtra) March 5, 2026
La gestion d’un vestiaire rempli de joueurs de haut niveau représente le défi majeur du nouveau sélectionneur, habitué à diriger un groupe d’apprentis footballeurs. « En formation, il y a un travail tactico-technique important, et en professionnel, il faut gérer les états d’âme. Un coach n’a pas grand-chose à apprendre à des joueurs confirmés comme Achraf Hakimi, Yassine Bounou ou Brahim Díaz, si ce n’est de les mettre dans sa méthode pour aller chercher des résultats », estime l’actuel DTN du football saoudien. Le principal intéressé a assuré qu’il garderait sa méthode de management traditionnelle, lors de sa présentation officielle à la presse : « Je ne regarde pas le statut et l’âge, donc je vais continuer à manager comme je l’ai toujours fait. Il est clair que nous avons des joueurs avec une certaine expérience et je pense que ça facilitera les choses. »
Le Maroc met un gros coup de pression au SénégalPar Cheickné Traoré
















































