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Julian Quiñones et le Mexique, à la vie à l’amor

Par Mathieu Plasse, avec Javier Prieto Santos au Mexique
6' 6 minutes
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Julian Quiñones et le Mexique, à la vie à l’amor

Premier buteur de cette Coupe du monde, Julian Quiñones est devenu une figure de la sélection mexicaine qui recherchait un nouveau souffle dans une compétition organisée à la maison. Le zénith pour un gars ayant dû faire ses preuves dans tout le pays.

Les deux heures de cérémonie d’ouverture au mythique Estadio Azteca ont paru interminables. Qu’il s’agisse du défilé de pop stars latino-américaines qui ne touchent pas vraiment un autre public, ou d’Andrea Bocelli qui effectue sa 53e apparition dans un évènement en rapport avec le ballon. Tout cela pour enfin laisser place à l’hymne de la 23e édition de la Coupe du monde : « Dai Dai » de Shakira en featuring avec Burna Boy, un titre aussi fade qu’américanisé. Le peuple retiendra malgré tout le nom d’une personne originaire de Colombie. Plein d’énergie pour épauler Raúl Jiménez en attaque avec ses innombrables déplacements, Julián Quiñones a ouvert le compteur du Mondial 2026 avec une belle frappe entre les jambes de Ronwen Williams. Alors que les doutes sur El Tri étaient légion, notamment sur sa difficulté à construire une nouvelle génération de talents (voir So Foot no 237 de juin 2026), l’attaquant d’Al-Qadsiah n’a pas manqué de prouver sa valeur envers son pays d’accueil pour aider le Mexique à voir les seizièmes de finale.

Le titan de l’Atlas

Sans père à l’horizon, le petit Julián grandit à Magüí Payán, patelin du sud-ouest du pays, grandement ravagé par le narcotrafic. Un endroit comme beaucoup d’autres où l’on joue dans la rue. Dans son cas, dans des conditions des plus modestes : « Je me faufilais sur les terrains sans la permission de mes parents pour jouer toute la journée, racontait-il à ESPN. Parfois, je ne rentrais même pas déjeuner ; ils venaient me chercher, et je ne voulais pas quitter le terrain. Il arrivait que mon short se déchire, et ma mère devait le raccommoder pour que je puisse continuer à jouer. » Des terrains des plus boueux où il aura sûrement développé des jambes de feu, source de sa puissance.

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Pour sortir sa famille de la panade, le jeune avant-centre parvient à se faire repérer par le Futbol Paz, petit club de Cali, troisième plus grande ville du pays. L’académie a pour vocation d’aider les jeunes talents des régions les plus précaires, ayant connu Yerry Mina et Davinson Sánchez à l’adolescence. Il faut un certain mental pour se faire une place à cet âge-là, mais cela n’a jamais inquiété César Valencia, directeur du club : « Si l’on se penche un peu sur cette région-là, le Nariño, on constate qu’il y a beaucoup de difficultés là-bas. Mais il avait tout ce qu’il fallait, sur le terrain comme dans la tête. Un jour, Il a marqué 17 buts en un seul match ! Je ne sais pas combien de joueurs dans le monde ont réussi à faire ça », déclarait-il au micro d’Infobae Colombia.

Tout le monde sait que j’ai construit ma vie au Mexique, que je suis devenu connu grâce au Mexique. J’ai bâti toute ma carrière au Mexique. J’ai développé comme un amour impossible pour ce pays !

Julian Quiñones, ambiance Tristan et Iseult.

Ce projet de football et paix se voit salué par plusieurs clubs d’Amérique latine, notamment les Tigres. Alors que le club de Monterrey est déjà habité par la figure d’André-Pierre Gignac, voilà que les félins se jettent sur ce gamin à peine majeur. Il faut alors tout recommencer, s’adapter à un tout nouveau football alors que le petit doit aussi faire ses gammes au niveau professionnel. Des prêts en deuxième division, quelques matchs sous le maillot de la U… puis le déclic sous le maillot de l’Atlas. S’il verra sous ses yeux la tragédie du Corregidora contre Querétaro, l’attaquant colombien sera le fer de lance de cette équipe historique, brisant les 70 ans d’attente qui la séparaient d’un nouveau titre. Avec une quarantaine de buts au compteur, l’autre fanion de Guadalajara engrangera l’Apertura (championnat d’ouverture) 2021 puis la Clausura (championnat de fermeture) 2022. Chez lui, son nom se murmure pour devenir le successeur de Falcao et Carlos Bacca comme pointe des Cafeteros.

Fils spirituel de Pancho Villa

Pourtant, une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois pointe le bout de son nez. Alors que Nestor Lorenzo, sélectionneur de la Colombie à l’époque, le met dans sa shortlist, la fédération mexicaine (FMF) lui propose de se faire naturaliser. Le choix est cornélien. « Tout le monde sait que j’ai construit ma vie au Mexique, que je suis devenu connu grâce au Mexique. J’ai bâti toute ma carrière au Mexique. J’ai développé comme un amour impossible pour ce pays ! », clamera Quiñones. Il n’ouvre même pas la lettre que lui envoie son pays de naissance pour porter le maillot de la Tri. Certains ont emprunté la même voie en se cassant les dents, à l’image de Guillermo Franco et Rogelio Funes Mori, deux attaquants nés en Argentine souffrant de la concurrence avec Chicharito. Le seul qui a tiré son épingle du jeu restera Sinha, milieu offensif d’origine brésilienne trônant parmi les légendes de Toluca.

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Dans un pays au patriotisme aussi exacerbé que le Mexique, ce choix n’est pas forcément bien accueilli par le peuple. D’autant que la population afro-mexicaine, rassemblée dans l’État de Veracruz, reste assez invisibilisée. Malheureusement, le joueur passé par le Club América n’échappe pas à des vagues de racisme, qu’il s’agisse de montages nauséabonds le grimant en singe ou des cris de singe lors d’un déplacement contre les Chivas, grands rivaux de l’Atlas. Des incidents faisant penser à la manière dont Allan Saint-Maximin a quitté le pays.

Des Quiñones, il n’y en a aucun qui naît au Mexique.

Eugenio Villazon, directeur de l’académie de Pachuca

Au-delà de son parcours, son profil reste tout aussi unique, dans un pays préférant davantage les qualités techniques de ses jeunes pousses. Un point que souligne Eugenio Villazon, directeur de l’académie de Pachuca, seul club mexicain misant sur la formation : « Des Quiñones, il n’y en a aucun qui naît au Mexique. Nous sommes tous le produit d’un terroir, et tu ne retrouveras jamais sa puissance dans un de nos joueurs. On fait souvent passer des tests physiques chez nos jeunes, et les Sud-Américains sont génétiquement plus puissants que les Mexicains. C’est comme ça. Son physique, la coordination de ses gestes pour son gabarit et son QI football en font maintenant le facteur X de la sélection. » Meilleur buteur de la Saudi Pro League cette saison (devant Cristiano Ronaldo, oui oui !), il se pourrait bien que l’attaquant devienne cet été le symbole d’une minorité à laquelle il n’appartient même pas. La preuve irréfutable qu’il est attaché à son pays d’adoption.

Guillermo Ochoa va entrer dans la cour des très grands

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Propos d’Eugenio Villazon recueillis par Javier Prieto Santos.

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